

Bordeaux se penche dignement sur son passé en ouvrant un espace permanent consacré au commerce atlantique, à la traite négrière, à l'esclavage et à leur abolition en 1848. Ce pan de l'histoire souvent ignoré ou occulté sort enfin des oubliettes
Portrait de la Princesse Rakoczi et de son négrillon (collections
Musée d'Aquitaine)
Cette année, Bordeaux a été choisie comme lieu officiel de la journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage décrétée en 2001 par le Sénat.
À cette occasion, le Musée d'Aquitaine crée l'événement avec l'ouverture dimanche d'un nouvel espace permanent consacré au thème "Bordeaux, le commerce atlantique et l'esclavage". L'exposition met en évidence l'importance de la traite négrière et les échanges avec les Antilles. Elle montre aussi comment ce commerce a assuré une part de la prospérité de tous les ports d'Europe de l'ouest pendant près de deux siècles.
Liverpool, où a été créé en 2008 le musée International de l'esclavage, a ainsi organisé 4.894 expéditions de traite. En France, si Nantes est le principal port négrier avec 1.714 expéditions, Bordeaux occupe la deuxième place, relativement loin derrière avec 419 expéditions pour 130.000 à 150.000 noirs déportés.
On estime aujourd'hui que 11 à 13 millions de noirs ont été déportés.
C'est par le port de la Lune et grâce à la Dordogne et la Garonne, que les produits venus des îles ont été redistribués dans toute l'Europe, contribuant fortement à l'enrichissement, à l'expansion démographique et à l'embellissement de la ville.
Au XVIIIe siècle, les armateurs bordelais privilégiaient le commerce en droiture, "moins risqué"que le commerce triangulaire dans lequel les produits de l'Aquitaine étaient directement échangés contre des denrées coloniales (tabac, café, indigo, sucre?) sans avoir à faire le détour par l'Afrique. "Pour Bordeaux, les revenus des denrées produites par les esclaves sont plus importants que la traite elle-même", explique François Hubert directeur du Musée d'Aquitaine.
Il n'est pas question pour autant d'innocenter l'Aquitaine qui reste complètement impliquée dans le système esclavagiste. Pour la réalisation de ce travail de mémoire, le plus difficile a été de rassembler les rares traces matérielles, car les esclaves étaient dépourvus de biens personnels. Les gravures léguées par le docteur Chatillon alors en poste aux Antilles, constituent les points forts de cette exposition.
Cartographies, éléments audiovisuels et images de synthèse donnent enfin une dimension plus émotionnelle. La question contemporaine sur les métissages et la diversité, est notamment traitée à travers le regard de deux artistes photographes bordelais et accompagnée par une création sonore.
Sylvie Forder. (www.lepetitjournal.com) mercredi 6 mai 2009
Exposition permanente ouverte à partir du 10 mai 2009
Musée d'Aquitaine. 20 cours Pasteur-33000 Bordeaux.
Tél : 05 56 01 51 00




































