Dimanche 19 septembre 2021

Le Maharaja Ranjit Singh, un Sikh précurseur en matière d'éducation

Par lepetitjournal.com Bombay | Publié le 30/11/2020 à 01:01 | Mis à jour le 08/12/2020 à 10:34
Photo : La statue du Maharaja Ranjit Singh à Amritsar @Bernard Gagnon
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Le jour de la pleine lune du mois de novembre, les Sikhs célèbrent l’anniversaire de Guru Nanak, le fondateur de leur religion (lire notre article : Qui est Gourou Nanak, dont les sikhs célèbrent aujourd’hui les 550 ans). A l’occasion de cet anniversaire (551 ans en 2020), la rédaction présente le Maharaja Ranjit Singh, fondateur de l’empire sikh et promoteur de l'éducation des femmes et des populations rurales.

 

Le Maharaja Ranjit Singh a uni les chefs de guerre du Pendjab et bâti le puissant empire sikh. Réputé pour ses prouesses militaires et ses compétences administratives, il est également connu comme le propriétaire du diamant de Kohinoor et celui qui a fait recouvrir de feuilles d'or le temple Sri Harmandir Sahib à Amritsar, aujourd'hui appelé le temple d’or.

Mais, peu d’ouvrages mentionnent les réformes sociales du Maharaja Ranjit Singh et, en particulier, les mesures progressistes qu’il a prises dans le domaine de l’éducation. L'empire qu'il a fondé n'avait pas de tradition d'apprentissage et l'éducation était limitée aux membres de la classe royale et aux riches. L’institution la plus importante était la Mian Wadde da Madrasa, une école traditionnelle attachée au mausolée du chef religieux Mian Wadda à Lahore. Ouverte des siècles avant le début de la domination sikh, elle n'était destinée qu'aux fils de la royauté, des aristocrates et des riches et dispensait une éducation coranique.

 

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Le Maharaja écoutant la lecture du livre sacré des Sikhs devant le temple d’Amritsar

 

Un système d’enseignement initialement religieux

Avant l’empire sikh, les établissements d’enseignement existants au Pendjab étaient des madrasas créées sous la domination moghole. Le Maharaja Ranjit Singh continua la tradition et finança de nombreuses madrasas sous son règne. 

Par ailleurs, il favorisa l'établissement d’écoles traditionnelles qui se concentraient sur les langues sanskrit et gurmukhi (punjabi). Des écoles spécialisées en commerce et relations économiques, les Mahajani, destinées aux classes marchandes furent aussi ouvertes ainsi que des écoles d'artisanat professionnel dans lesquelles étaient enseignés la peinture de miniatures, le dessin,l'architecture et la calligraphie. 

En avance sur son siècle, le Maharaja soutint aussi la création d’écoles pour filles et sa femme, Moran Sarkar, ouvrit deux madrasas à Lahore. Une modeste école pour filles fonctionne encore dans les locaux de la mosquée qui faisait auparavant partie du palais de Moran Sarkar. 

 

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L’entrée de l’école pour filles fondée par la femme du Maharaja

 

A l’instar du Maharaja, les couches aisées de la population de l’empire sikh apportèrent un soutien financier aux établissements d’enseignement permettant ainsi un développement du système éducatif local. Le chercheur et voyageur britannique, Gottlieb Wilhelm Leitner, auteur de l’ouvrage History of Indigenous Education in the Punjab: Since Annexation And In 1882 indique : “Au Pendjab, même le chef de guerre le moins scrupuleux ou le préteur d'argent le plus avare rivalisent avec le petit propriétaire foncier en fondant des écoles et en récompensant les savants. Cela leur permet de faire la paix avec leur conscience. Il n'y a pas de mosquée, de temple, de dharamsala qui n'ait pas d'école attachée.


 

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Les débuts d'une éducation laïque

Alors que les premières institutions étaient en grande partie religieuses, le Maharaja a reconnu la nécessité de fournir une éducation laïque. Il a ainsi développé dans les écoles religieuses existantes de son royaume, l'enseignement des langues, l'étude de la grammaire, de la littérature, de la philosophie, de la rhétorique, de l'astronomie, du droit, de la logique, de l'arithmétique et de la géométrie. 

Le rapport du district de Lahore (1860) indique qu'à la veille de contrôle du Pendjab par les britanniques (1849-1850), la capitale Lahore comptait à elle seule 576 écoles avec 4 225 élèves inscrits. Il ajoute que dans tout le Pendjab, il y avait au moins 330 000 étudiants apprenant la littérature orientale, le droit oriental, la logique, la philosophie, la médecine dans les langues perse, arabe et sanskrit dans de nombreuses institutions à travers le royaume. De plus, il y avait à Lahore 18 écoles pour filles qui fournissaient un enseignement professionnel, en langues et en mathématiques et étaient affiliées à des institutions hindoues, musulmanes et sikhs. 

 

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Prise de notes à la cour du Maharaja

 

L’éducation des populations rurales

Le Maharajah Ranjit Singh avait à son service des généraux militaires français de l’armée vaincue de Napoléon, quelques Italiens, des médecins hongrois et d’autres ressortissants étrangers avec lesquels il a passé de longues heures à discuter. 

L’historien et journaliste Majid Sheikh affirme que ce sont les généraux français de Ranjit Singh qui le poussèrent à introduire le punjabi comme langue d’enseignement. Il déclare : “Ranjit Singh a ordonné de compiler le Punjabi Qaida (livret pour débutants) et a rendu obligatoire pour chaque fille de le lire avant son mariage. En conséquence, le Pendjab avait un taux d'alphabétisation de 64%, le plus élevé en Inde à cette époque.

C’est par les femmes et la distribution du Punjabi Qaida que le Maharaja a promu l’apprentissage de la lecture et de l'écriture dans les zones rurales du Pendjab. 

 

La «chute» du système éducatif du Pendjab

Malheureusement après la mort du Maharaja Ranjit Singh en 1839, le Pendjab connut une grande instabilité qui permit à la Compagnie britannique des Indes orientales de prendre le contrôle des territoires de l'empire sikh. En 1849, à la suite des deux victoires britanniques lors des guerres anglo-sikhs, l’empire fut transformé en une colonie.

Ce fut un coup de grâce au système d'apprentissage fondé par Ranjit Singh. Le nouveau gouvernement britannique interdit l’enseignement des langues classiques comme le persan et le sanskrit qui furent remplacés par l'ourdou et l'anglais et mit un terme à tout financement des écoles religieuses traditionnelles qu’il accusait de délivrer des enseignements non scientifiques diffusant des modes de pensée anciens et dépassés. Les subventions ne furent désormais accordées qu'aux écoles et collèges gérés par des directions européennes dont le Government College de Lahore.

 

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Le Government College de Lahore fondé par les Britanniques - @Shahzaib Damn Cruze

 

Cela sonna aussi le glas du programme Punjabi Qaida. Le gouvernement colonial confisqua les livrets et lors de la révolte sanglante de 1857 contre la Compagnie britannique des Indes orientales, les derniers livrets furent brûlés. 

Gottlieb Wilhelm Leitner, qui fut le directeur du Government College de Lahore et un des fondateurs de l'université de Lahore, affirme dans son ouvrage History of Indigenous Education in the Punjab: Since Annexation And In 1882 que : “malgré les meilleures intentions, les fonctionnaires les plus dévoués et un gouvernement généreux, le système éducatif du Pendjab a été paralysé, contrôlé et pratiquement détruit par l’introduction du système britannique“. 

 

 

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