Dimanche 9 août 2020

A la découverte des groupes tribaux indiens : les Santhal

Par Isabelle Bonsignour | Publié le 18/06/2020 à 01:01 | Mis à jour le 18/06/2020 à 01:01
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Depuis une vingtaine d'années, en France et ailleurs en Europe, on peut découvrir l’art tribal indien au travers d’expositions consacrées à un ou plusieurs artistes. Cet art peut prendre plusieurs formes, mais c’est surtout sous la forme picturale qu’il est parvenu en Occident. Chaque ethnie ou tribu (adivasi en hindi) possède ses propres techniques et styles de représentation liés à ses traditions et à sa culture. 

 

Aujourd’hui, la rédaction vous présente les Santhal avec l’assistance de Christian Journet de l’association Duppata.

 

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Une peinture sur rouleau chantée par le peintre troubadour

 

Les Santhal, un des grands groupes tribaux du nord-est de l’Inde

Les Santhal font partie du groupe des Munda. Ils sont originaires de l’Est de  l’Inde  dans l’actuel état du Jharkhand. Leur insurrection en 1855 fut l'une des plus importantes de l'époque de la colonisation britannique. Affirmant avoir reçu du dieu "Thakur" l'ordre de délivrer les Santhal de leurs oppresseurs, leurs deux chefs "Sidhu" et "Kanhu" affrontèrent l'armée britannique avec 10 000 combattants, armés seulement d'arcs et de flèches. La rébellion fut durement matée. 

Main d’œuvre docile et bon marché, ils ont par la suite activement participé à la construction des voies ferrées et à l’implantation du thé dans la région de Darjeeling. La population s’est progressivement dispersée sur une bonne partie de l’Est et du Nord de l’Inde (Etats du  West Bengal, du Jharkhand, de  l’Orissa et du  Bihar).

Les Santhal comptent parmi les groupes ethniques les plus importants de l’Inde (plus de 4 millions d’individus). Leur langue, le santali, d’origine austro-asiatique est en voie de disparition. Il ne s’agit pas d’une langue écrite même si des tentatives de script ont été initiées au XXe siècle. 

 

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Une peinture de Moni Mala, une peintre Santhal devant sa maison

 

A la périphérie de chaque village, le "bosquet sacré" est le lieu de nombreuses festivités en l’honneur des esprits. Les principaux rituels et festivals sont liés aux cycles de l’agriculture et de la vie de chacun (naissance, puberté, mariage, décès). Ces festivités sont l’occasion de consommer beaucoup de bière de riz. Les prêtres, coordinateurs de rituels et médecins, pratiquent aussi la divination. 

Les Santhal sont réputés pour leur habileté dans la chasse à l’arc. Malgré l’interdiction de la chasse sur l’ensemble du territoire indien, quelques villages continuent cette pratique à l’occasion de grands festivals. 

Aujourd’hui, les Santhal vivent essentiellement de l’agriculture. La musique, la danse et le chant tiennent une part importante dans la vie sociale. Les principaux instruments de musique sont le "tumdak" et le "tamak" (percussion) et le "tiriao" (flute).

 

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Les Santhal vénèrent principalement "Maran Buru". Il est à l’origine du mythe fondateur des Santhal et de leurs clans : "Avant que n’apparaissent les premiers hommes, la terre n’existait pas, il n’y avait que l’océan sur lequel apparurent 2 cygnes. Maran Buru créa un îlot d’herbes pour qu’ils puissent procréer. Ils y firent un nid et la femelle couva deux œufs. Deux êtres naquirent de ces cygnes : Pilchu Haram et Pilchu Budhi. La terre fut créée par le ver de terre qui l’a maintenue au-dessus de la surface de l’eau. Maran Buru leur offrit une hutte et de la bière de riz. L’enivrement provoqua en eux l’illusion qu’ils n’étaient pas frère et sœur et ils firent l’amour. De Pilchu Haram et Pilchu Budhi naquirent 7 garçons et 7 filles qui furent élevés sous la protection de Maran Buru. Il expliqua comment leurs enfants feraient l’amour par paire (selon l’ordre de naissance) sous l’effet de l’illusion. Les garçons partirent dans la forêt pour y chasser, les filles pour y cueillir des herbes. Maran Buru provoqua la rencontre autour d’un puits naturel. Pour faire oublier qu’ils étaient parents entre eux, Maran Buru provoqua l’illusion et les deux ancêtres purent alors les marier, l’ainé avec l’ainé, et ainsi de suite dans l’ordre des naissances. De ces mariages sont nés les clans et les sous-clans…"

 

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Les peintres Santhal, les “Patua”

Les "Patua" prétendent être l’un de ces clans, le clan des peintres. Peintres, chanteurs et narrateurs, devrait-on dire puisqu’ils vont de villages en villages, de familles en familles, chanter de longues histoires dessinées sur de long rouleaux de feuilles de papier cousues les unes aux autres qu’ils déroulent devant leur auditoire.

 

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Moni Mala présentant une peinture du grand maître assis

 

Parmi les "Patua", les "Jadu Patua" (littéralement "peintre magique") ont une mission aussi singulière que sacrée. Ils détiennent des petits bouts de papier sur lesquels figurent des illustrations de personnages de différentes apparences : hommes, femmes, jeunes, âgés, grands, petits… mais, particularité commune : aucun de ces personnages ne possède d’yeux ; seules les orbites sont dessinées. Lorsqu’un décès survient dans une famille, celle-ci invite un "Jadu Patua", puis elle sélectionne l’illustration la plus proche du défunt. Au cours des funérailles, le "Jadu Patua" dessine l’œil manquant… Dès lors, le défunt pourra rejoindre les esprits des ancêtres…

 

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Des illustrations funéraires, les "Jadu Patua"

 

Hors les cérémonies rituelles, les "Patua" proposent maintenant des peintures sur papier de tailles plus adaptées à la demande moderne. Ce sont toutefois généralement des peintures réalisées selon  un format très étroit. Autre singularité : l’arrière de la peinture est doublé d’une pièce de sari afin de lui conférer une meilleure solidité.

Les histoires peintes sont autant d'inspirations religieuses (hindoue, musulmane, ou catholique) que profane. Parmi ces histoires profanes, certains rouleaux illustrent les grands mythes comme celui de la création du monde, des faits historiques ou des catastrophes naturelles…

 

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4 rouleaux Patua

 

Les peintres "Patua" connus

Toutes ces peintures sont réalisées à partir de pigments naturels. Moni Mala, une des principales peintres, cultive  en permanence  autour de sa maison, toutes les graines, toutes les fleurs, toutes les écorces, tous les fruits qui, pilés ou mixés, lui apporteront la large palette de couleurs dont elle tient à disposer.

Christian Journet raconte : “Un jour où j'étais dans la maison de Moni Mala en train de regarder ses peintures, je lui demandais d'où provenaient les couleurs si vives qu'elle utilisait. Elle me répondit :  ce sont des pigments naturels. Comme j’avais l'air de ne pas la croire, Moni Mala m’a pris par la main, m’a entraîné dehors, a ramassé des fruits et des feuilles autour de sa maison et a créé sa palette devant moi !” Photo prise sur le vif :

 

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La palette de Moni Mala devant chez elle

 

Les thèmes de prédilection de ses peintures concernent souvent la préservation de l’environnement et la lutte des femmes pour leur émancipation. Elle écrit et elle compose ses propres chansons. 

 

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Moni Mala, en train de chanter l’histoire de la peinture

 

Un couple de peintres, Joydeb Chitrakar et Moyna Chitrakar ont exposé au National Crafts Museum à Delhi fin 2018. 

 

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Joydeb Chitrakar et Moyna Chitrakar devant leurs œuvres

 

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Isabelle Bonsignour

Directrice de la publication et responsable éditoriale. Expatriée au long cours et fervente lectrice du site lepetitjournal.com, elle a rejoint l’équipe en créant l’édition de Bombay.
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