Samedi 4 décembre 2021
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Elections consulaires Inde 1ère circonscription : Français d’Asie du sud

Par lepetitjournal.com Bombay | Publié le 27/10/2021 à 01:01 | Mis à jour le 27/10/2021 à 01:01
Francais asie sud

Le 7 novembre 2021, tous les Français résidant en Inde et inscrits sur les listes électorales sont appelés à voter pour élire les conseillers des Français de l'étranger et les délégués consulaires pour une durée de cinq ans. Pendant la campagne électorale, la rédaction présente chaque jour le candidat en tête d'une des quatre listes pour lesquelles les Français sont appelés à voter. L'ordre d'apparition des candidats est celui du tirage au sort effectué par l'Ambassade de France en Inde le 5 octobre 2021.

 

Aujourd'hui, voici la liste Français d'Asie du Sud menée par Mme Chantal Forler.

 

La candidature de Chantal Forler

Pouvez-vous vous présenter brièvement et expliquer la raison de votre candidature ? Vous présentez-vous pour un parti ou en indépendant ?

Mes parents étaient français, leurs familles étaient installées en Algérie depuis plusieurs générations. Je suis née à Nancy lorsque mon père y faisait ses études de médecine. Juive côté maternel, catholique côté paternel. Nous sommes restés en Algérie après l’indépendance, jusqu’en 1967 ; c’était une période heureuse, sans la moindre animosité. En 1981, j’ai fondé l’Alliance française à Ahmedabad avec mon mari qui y faisait des études de sanskrit. L’actuel Premier ministre, M. Modi, en a été membre jusqu’à notre départ en 1990. Nous avons travaillé dix-sept ans à Delhi. Depuis 2008, nous vivons à Bombay. 

 

Cela fait donc quatre décennies que j’exerce mon métier dans cette circonscription, et que j’œuvre bénévolement pour mes compatriotes en difficulté, en souffrance physique ou psychologique. Je crois avoir bien incarné les valeurs de la République, car on a cru bon de me décerner la Légion d’honneur pour mon travail.

 

Élue pour la première fois en 2014, j’ai assumé la vice-présidence du Conseil consulaire de notre circonscription, hors le Sri Lanka. Je suis aujourd’hui la seule candidate femme en tête de liste, la même liste « Français d’Asie du Sud » sur laquelle j’ai été élue en 2014 ; ce fait atypique mérite d’être mentionné. J’ai bénéficié du gros carnet de contacts de mes prédécesseurs et, comme eux, je suis libre et indépendante. Ceux qui importent ce sont mes compatriotes de la circonscription. On l’a encore vu lors de cette crise du COVID : l’affiliation politique s’avère totalement inutile quand il s’agit d’aider.

 

La mission d'un conseiller des Français de l'étranger

Que représente pour vous la mission principale d’un conseiller des Français de l'étranger ?

La France a été la première nation, en 1947, à donner une représentation nationale à ses ressortissants établis à l’étranger. Depuis cette époque, la mission des conseillers est restée la même : d’une part, représenter et défendre les intérêts de leurs électeurs auprès des pouvoirs publics ; d’autre part, être disponible et efficace quand on est sollicité par un membre de la communauté. Peu de politique et beaucoup d’humain. L’élu est donc l’équivalent d’un conseiller régional. 

Mais qui dit mission, dit statut et moyens. Ceux-ci ont évolué au fil du temps, notamment avec les grandes réformes de 1982, de 2000 puis 2006. Le conseiller avait un vrai statut d’élu, doté de moyens financiers adéquats, avec un périmètre d’action clairement délimité et compris de tous, notamment de l’administration consulaire.

 

En 2013, M Hollande a engagé une réforme qui ne figurait pas dans ses promesses électorales et qui allait défaire un demi-siècle d’avancées. Dépouillés de notre statut, interdits de porter les insignes républicains, avec des moyens financiers divisés par 9, nous avons été réduits à accomplir notre mission tant bien que mal dans un flou administratif complet.

 

Symbole de la réforme Hollande de 2013, le Conseil consulaire où siègent les élus est présidé d’office par un fonctionnaire, vestige d’un système qu’on croyait définitivement enterré depuis la fin de l’Empire ! Si le gouvernement actuel n’a pas fait grand-chose pour les Français de l’étranger, il faut lui reconnaître la décence d’avoir annulé cette grossièreté juridique.

 

La liste Français d'Asie du sud

Comment avez-vous constitué votre liste ?

Comme tous les Français d’Algérie, je suis une déracinée. Les problèmes d’expatriation, je connais. J’ai donc fait appel à des gens qui résident depuis plusieurs années dans la circonscription, des hommes et des femmes de caractère, qui ont du vécu, qui sont dévoués, disponibles, venant d’horizons différents, et dont les Français seraient fiers s’ils les représentaient.

 

Les besoins des Français résidant en Inde

Quel est selon vous le plus grand défi auquel font face les Français résidant en Inde aujourd’hui ?

La pandémie actuelle, sans aucun doute, d’autant plus qu’elle n’est pas finie. Une période inédite avec des conséquences incalculables pour tout le monde : familiales — le couple, les enfants, les malades — ; professionnelles, en particulier les petits entrepreneurs ; et institutionnelles — les Alliances, les écoles françaises. On a vu des investissements réduits à néant. Des carrières brisées. De nombreux compatriotes sont rentrés en France, qui ne reviendront pas. Il y a ceux qui tiennent encore, mais vraiment par le bout du fil. Ceux qui sont rentrés en métropole ont dû affronter le parcours du combattant pour bénéficier des avantages sociaux les plus élémentaires.

 

Le gouvernement n’a rien fait pour les Français de l’étranger alors qu’en France c’était littéralement « open bar » pour tout le monde. Une enveloppe de 50M a été annoncée, mais, en fin de compte, seulement 5M ont été déboursés. Notre circonscription a obtenu quelques dizaines de milliers d’euros. Grâce au concours de la Société de Bienfaisance - créée, je le rappelle, il y a 35 ans par le très regretté Francis Wacziarg, Nane Coffrant et moi-même -, nous avons pu pérenniser l’activité professionnelle de certains compatriotes jusqu’à ce jour, mais pour combien de temps encore ? Nous vivons un véritable gâchis dont on ne voit encore ni la fin ni l’étendue.

 

Je constate aussi une paupérisation grandissante de notre réseau d’influence qui a commencé bien avant le COVID : chute des effectifs et des moyens consulaires ; fermeture inconsidérée du consulat au Népal ; vente des résidences iconiques à Katmandou et au Sri Lanka (actifs de valeur qu’il eut fallu vendre à la Caisse des Dépôts !) ; l’abolition de la gratuité scolaire à partir de la seconde ; des écoles et plusieurs maillons du réseau culturel sont sous continuelle perfusion, etc. Faute de stratégie, on s’en remet au système D : « ça tiendra bien encore un an ! ».

 

Le programme de Français d'Asie du sud

Pouvez-vous nous détailler les grands axes de votre programme pour ces élections ?

Comprenons d’abord le contexte. Les Affaires étrangères sont le domaine réservé du Président. Objectivement, la représentation des Français de l’étranger a progressé sous tous les présidents : Valéry Giscard d’Estaing (Caisse des Français de l’étranger), François Mitterrand (élection au suffrage universel et douze sénateurs), Jacques Chirac (création de l’Assemblée des Français de l’étranger, avec un président élu en son sein et non plus le ministre des Affaires étrangères) et Nicolas Sarkozy (rémunération des Conseillers, gratuité à partir de la seconde, députés des Français de l’étranger.)

 

M. Hollande, on l’a vu, a fâcheusement inversé cette tendance en rabaissant le rôle et les moyens des élus.

 

Ceci pour dire que les programmes électoraux, aussi bien intentionnés soient-ils, ne sont que des paroles en l’air, des attrape-nigauds sinon une forme d’imposture. Les gouvernements passent, l’administration et de nombreux élus restent. L’administration a ses réseaux d’influence, le conseiller a les siens. Il nous faut donc travailler en bonne intelligence. Enfin, il y a ce qui reste propre au conseiller, à commencer par son expérience et sa connaissance, acquise au fil des années, des dossiers de la circonscription. Ce n’est pas rien, c’est une condition de son efficacité. Et bien sûr, être toujours disponible, compréhensif, digne de confiance, et de bon conseil.

 

L'importance du vote

Pourquoi est-il important pour les Français de l’étranger de prendre part à ces élections consulaires ?

Autrefois, les têtes de liste étaient issues des associations, l’UFE (créée en 1927) ou l’ADFE-Français du Monde (créée en 1980). Les candidats avaient un passé, un itinéraire. Vous remarquerez que cette fois-ci il n’y a ni liste UFE, ni liste ADFE. En leur ôtant l’autonomie financière, la réforme de 2013 a poussé les candidats dans les bras de ‘sponsors’ de tous bords. Ils changent de parti comme au mercato du foot !

Laissez-moi vous donner l’exemple de la CSG-CRDS. Souvenez-vous, en 2013, le gouvernement avait décidé d’appliquer la CSG-CRDS aux Français de l’étranger sur leurs revenus du patrimoine et des produits de placements perçus en France. En 2015, la Cour de Justice de l’Union Européenne a débouté le gouvernement (CJUE affaire C-623/13/2015) – en lien ici, décision confirmée en 2019 par le Conseil d’État — en lien ici

Quand la CJUE et le Conseil d’État déclarent qu’une loi est inique, on est en droit de s’attendre à ce que le gouvernement l’abroge. Pas du tout ! Le gouvernement s’est dit : je n’ai pas le droit de taxer les Français dans l’Union Européenne, cependant rien ne m’empêche de continuer à taxer les autres!  C’est ainsi que nous, expatriés hors UE, continuons d’être taxés sur nos revenus patrimoniaux français. Scandaleux et humiliant. 

Cette mesure est d’autant plus insoutenable que des députés des Français de l’étranger ont voté cette loi. Oui je sais, ils l’ont fait «  la mort dans l’âme ». Justement, moins les élus garderont la langue dans leur poche comme de bons petits soldats et mieux ils rempliront leur mission qui est de représenter les intérêts de leurs électeurs. Plus nous serons nombreux à voter, mieux nos gouvernants nous prendrons en compte. Ce ne sont donc pas des « axes de programme » qu’il faut, mais une colonne vertébrale !

 

 

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