Mardi 24 novembre 2020

Confinement en Inde : des touristes français partagent leur expérience

Par lepetitjournal.com Bombay | Publié le 09/06/2020 à 19:59 | Mis à jour le 17/06/2020 à 20:38
Photo : @partir en combi
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En vue de partager avec la communauté sur les impacts du confinement en Inde, la rédaction vous propose des témoignages de personnes aux profils divers. 

Cette semaine, nous donnons la parole à des touristes français qui se sont retrouvés bloqués en Inde suite à la mise en place du confinement et à la fermeture des frontières : Claire et Edouard, partis en tour du monde en Combi Volkswagen, racontent leur confinement à la frontière indo-birmane et leur retour mouvementé vers la France, Cathy et Patrick en voyage dans le sud de l’Inde expliquent comment ils se sont installés et vivent à Goa en attendant la fin de la crise.

Les propos de ces témoignages n’appartiennent qu’à leurs auteurs et ne reflètent pas le vécu ou les opinions de la rédaction. Ils dépendent de chaque situation particulière telle que vécue par les protagonistes, leurs ressentis à ce moment là, dans des situations parfois angoissantes, et ne doivent pas être généralisés. Il y a autant d’opinions que d’histoires vécues : nous essayons de rendre compte de la pluralité des voix en cette période inédite.

 

Claire et Edouard, autour du monde en Combi VW

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Nous sommes Edouard et Claire, des Marseillais mariés depuis 6 ans. Depuis septembre 2019, nous voyageons autour du monde dans notre Combi VW de 1979. Notre périple en Inde a commencé début janvier par quelques jours à Bombay. Puis notre road trip s’est poursuivi vers le nord en visitant le Gujarat, le Rajasthan, Agra, Delhi, puis nous avons traversé le Népal d’Ouest en Est pour rentrer à nouveau en Inde, vers Siliguri. Nous sommes montés dans le Sikkim puis descendus en direction du Manipur. Après quelques jours à Imphal, puis au lac Loktak, nous devions passer la frontière pour traverser la Birmanie avec un groupe de voyageurs et un guide début mars.

 

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Jaipur

 

Mais, la veille du rendez-vous à la frontière, nous tombons en panne en pleine montagne sur la route de Moreh. On rate alors notre guide. Pendant la réparation du Combi, une charmante famille d’Imphal nous accueille et nous fait découvrir son quotidien.

Une semaine plus tard, nous reprenons la route, mais sans prévenir, le 10/03 l’Inde ferme ses frontières sous nos yeux ! Les agents indiens essaient de nous faire sortir du pays malgré tout, mais les autorités birmanes nous refusent l’entrée bien que leur côté de la frontière ne soit pas officiellement fermé ! 

Nous passons quelques jours sur place, en espérant que la frontière réouvre. Sous la protection des militaires, nous campons avec un couple franco-uruguayen sur leur terrain. 

 

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Le camp militaire de Moreh

 

Au bout de quelques jours, nous sommes témoins d’actions menées par des commandos armés, puis viennent les émeutes des habitants, qui se retrouvent démunis sans le commerce birman. Ces événements nous empêchent de quitter Moreh qui est alors sous couvre-feu.

Nous attendons patiemment sans possibilité de repartir en arrière. Un soir les autorités du Manipur débarquent en pleine nuit pour nous emmener « en lieu sûr ». Nous refusons l’ordre de partir soudainement, sans précision, et négocions pour finir notre nuit. 

Le 20 mars, après une dernière tentative échouée de négociations entre les services d’immigration Indiens et Birmans, nous sommes placés en quarantaine.

A ce moment-là, nous sommes cinq, nous deux avec notre Combi, le couple franco uruguayen et un espagnol, tous les trois cyclistes, et comme nous habitués à camper.

 

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A la frontière à Moreh

 

Nous enchaînons plusieurs lieux de quarantaine, avec le point commun d’être sales, vides et sans eau courante, mais nous nous adaptons.

Notre présence en ville dérange, nous avons interdiction de sortir, et les agents du gouvernement nous fournissent quelques vivres. 

 

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En quarantaine à Moreh

 

Jusqu’au 11 avril, nous cherchons des solutions pour sortir de cette situation, nous avons tous pris la décision de rentrer en Europe, mais comment ? Nous ne sommes pas autorisés à nous déplacer, il nous faut des permis spéciaux, il n’y a pas d’avion ni de train, le Combi est retombé en panne, il n’y a pas d’agence de location de voiture ouverte…. Nous ne voyons pas d’issue. 

Nous sommes tous en relation avec nos ambassades, qui ne peuvent rien pour nous. Jusqu’à ce que l’ambassade d’Espagne nous propose un plan de rapatriement pour rejoindre Delhi par la route : trois jours de taxi de Moreh à Siliguri, puis trois jours de bus avec d’autres touristes de Siliguri à Delhi. De la pure folie au premier abord, traverser un pays en crise en plein lockdown ! 

Conscients des risques et du coût, nous choisissons de tenter l’aventure, qui sait quand l’aéroport d’Imphal réouvrira…

Les trois jours de taxi se déroulent plutôt bien. Sur la plupart du trajet, les voitures d’escorte se relaient, l’organisation est assez impressionnante.

Un soir dans une guest house, la rue commence à se remplir de voisins mécontents de notre présence, les étrangers ne sont plus les bienvenus en Inde… Puis la TV et la police s’en mêlent, la situation est tendue, mais pas violente, nous pouvons finir notre courte nuit… Suite à cet épisode, les journalistes nous attendent à chaque poste de contrôle, mais les autorités prévenues de notre arrivée nous facilitent le passage. 

Puis, depuis Siliguri, nous attaquons les trois jours de bus. La route est longue, nos chauffeurs se relaient pour rouler presque non-stop ! Les attentes à certains postes de contrôle et les erreurs d’itinéraire nous on fait perdre presque 10 heures, mais nous arrivons enfin à Delhi !

C’est avec émotion que nous prenons le vol Delhi-Helsinki, le 18 avril ! Nous arrivons à Paris le jour même, et le lendemain en Bretagne où nous sommes restés jusqu'à la fin du confinement !  

Nous espérons revenir en Inde au plus vite pour retrouver notre Combi et poursuivre notre voyage ! En attendant nous allons sillonner la France avec notre Austin Mini cet été ! 

(Photos : Claire et Edouard)
 

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Cathy et Patrick, en attente à Goa

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La mousson à Arambol, Goa

 

Arrivés à Mumbai le 5 février, nous avons commencé par un tour de l'Inde du sud pour faire connaître à ma collègue de voyage, qui visite le pays pour la première fois, quelques points remarquables.

Nos étapes : Hampi, Mysore, Bylakuppe (c'était pour le jour de l'an tibétain), Bangalore, Pondichery, Auroville, Madurai, Kollam et pour finir l'ashram d'Amma, qui était pour moi une longue étape de méditation et d'ayurveda. Je la suis depuis 6 ans maintenant et je fais partie des équipes qui la reçoivent en France.

Début mars, le jour où nous nous sommes présentés devant l'ashram, l'entrée a été interdite aux nouveaux arrivants par crainte de la Covid-19.  En liaison avec les autorités sanitaires du Kerala, Amma a décidé du confinement strict de l'ashram.

Nous sommes donc montés à Fort Kochi en se disant que les choses allaient se tasser. Nous n'avions que peu d'informations sur l'étendue de l'épidémie. Une semaine après en voyant que les choses se tendaient et, voulant éviter les lieux de rassemblement des touristes au Kerala (Varkala, Kovalam...) nous avons décidé de nous rendre plus au nord à Kumily, sachant que c'était peu fréquenté. Nous y sommes restés seulement 3 jours car les contrôles commençaient et les relations avec les Indiens changeaient.

 

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Un artiste devant sa fresque à Fort Kochi

 

Notre retour étant prévu le 5 mai, nous avons décidé de remonter tranquillement vers Mumbai, nous étions début mars, nous ne sentions pas encore trop de pressions en tant qu'étrangers. Les choses se sont précipitées lorsque nous sommes arrivés à Ooty dans le Tamil Nadu, où nous avons galéré pour trouver des chambres. 

Tout commençait à fermer, dans la rue, les regards étaient plus durs vis-à-vis des blancs, comme si nous étions des porteurs potentiels et les seuls responsables de la Covid-19. Nous avons trouvé des chambres pour une nuit, mais, le lendemain, tous les transports étaient arrêtés. 

Nous avons alors décidé de précipiter un peu les choses et de remonter vers la côte du Karnataka (Gokarna) pour voir comment cela allait évoluer. Les frontières inter-Etats commençaient à fermer et notre taxi a été arrêté à un check point médical à l'entrée du Kerala. Nous avons du sortir du taxi pour monter dans une ambulance qui a filé toutes sirènes hurlantes en direction de l'hôpital public de Manjeri. Deux heures d’attente plus tard après un contrôle de nos passeports, rassurés de voir que nous étions en Inde depuis le 5 février, les médecins nous ont laissé partir, sans aucune prise de température, aucun examen, mais en prenant des selfies ! 

Nous sommes ensuite remontés rapidement pour nous poser dans un endroit plus désert en attendant notre date de retour sur Toulouse. Arrivés aux portes de Gokarna, impossible d'y entrer, la ville était fermée. Retour dans l'état de Goa, à Arambol, que je savais vidée d'une bonne partie des touristes. Nous y sommes depuis le 19 mars, dans une guesthouse que je connais depuis 2016. 

 

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Le ramassage de coquillages, Arambol, Goa

 

Le confinement a été très dur au départ au point de vue approvisionnement, nous avons subi tout de suite la journée volontaire de confinement où tout, y compris les restaurants, a été fermé sans que nous puissions acheter quoi que ce soit. Le lendemain, commençait le vrai confinement sans que les rideaux des magasins ne se lèvent. 

Nous avons passé deux jours sans rien manger puis la propriétaire a pris conscience que nous étions comme elle et a partagé ses repas avec nous. 

Les ravitaillements au début étaient rares, les gens se sont précipités sur les produits de base et il n’y avait pas de réapprovisionnement. Nous n'avons pas de cuisine, nous sommes donc dépendants de celles des restaurants qui veulent bien ouvrir. 

L'ambiance était pesante, le "take away" a été balbutiant durant 3 semaines, pas ou peu de lumière dans les rues et l'impression d'être en faute parce qu'on cherche ou on attend de quoi manger. 

 

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Les vaches qui respectent la distance sociale ! Arambol, Goa

 

Maintenant, et étant en zone verte, les magasins sont ravitaillés et entre 7h et 19h, nous pouvons vivre ailleurs que dans nos chambres !

Notre statut d'étrangers considérés comme de potentiels porteurs de la Covid-19 a changé vis-à-vis des Indiens. On ne nous ignore plus, on ne s'écarte plus sur notre passage, on n'entend plus à notre passage "corona" !

De plus, la propriétaire, me connaissant, est plus "ouverte" et elle n'a pas fait de ségrégation stupide. Aujourd’hui encore, elle continue à nous offrir des plats goanais.

Nous sommes dans un petit quartier catholique et les habitants nous voyant depuis 2 mois 1/2 dans le coin, se sont rapprochés de nous, des liens se sont créés malgré la barrière des langues. Hier, encore nous étions invités à dîner chez eux. 

 

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La guest-house en version mousson, Arambol, Goa

 

Nous avons, depuis le début, évité de déroger aux règles de confinement et nous avons tenté le plus possible de nous intégrer dans leur paysage. C'est payant ici, surtout en entendant les témoignages contraires subis par les autres touristes, même dans l'état de Goa. Les Goanais sont de plus fiers de leur statut et de leur force pour réussir à être zone verte. L'accueil s'est refroidi durant 1 mois 1/2, mais en restant confinés, nous avons évité certainement beaucoup de situations tendues. 

Depuis 2016, j'ai principalement tourné dans l'Inde du sud, d'Ouest en Est. Le Maharashtra, Goa, le Karnataka, le Tamil Nadu et le Kerala sont les états dans lesquels j’ai passé du temps. 


 

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Une petite fille peureuse devant Lakshmi, Pondichéry

 

L'Inde nous donne d'autres bases de réflexion, de points de vue et nous fait prendre conscience de nos chances et de nos échecs de société. L'histoire de l'Inde est riche, les références et paradoxes apportent une réflexion sur notre propre vie et notre existence dans une société basée sur l'argent et l'appât du gain, le prix de notre "bien-être" et les valeurs qui nous semblent indispensables d'avoir pour nous sentir bien. 

La Covid-19 vient en rajouter un peu et en Inde cela prend d'autres proportions. 

Personnellement, le but principal de ces voyages en Inde est d'être à Amritapuri dans l’ashram d’Amma durant 2 mois. 

Notre retour sur Toulouse (via Paris) ayant été annulé, nous attendons l'échange de notre billet pour retourner dans nos maisons. Nos économies ne nous permettent plus de racheter un billet qui coûte le double de ce que nous avons payé, pour un dépôt à Paris, et après ? 

Inscrits sur le fil d’Ariane, les propositions sont du même ordre avec la problématique de rentrer dans le Maharashtra, nous sommes à 600 km de l'aéroport de Mumbai. Les prix exorbitants pour traverser la frontière et aller à l'aéroport nous font attendre la fin du confinement et la reprise du trafic aérien international, à moins qu'Air France réponde à la 30aine de messages que nous lui avons adressé, pour nous faire partir avant sur une des rotations qui subsistent malgré le confinement. Pour décrocher un billet c'est plus dur qu'au loto. Et nous, c'est l'échange que nous souhaitons. 

Sinon, il reste les côtes du Yémen ou d'Oman en face de nous... À la nage.

(ndlr : Cathy et Patrick ont obtenu un billet de retour pour la France pour le samedi 12 juin)

 

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Arambol, Goa

(Photos : Patrick)



 


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1 Commentaire (s)Réagir
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Lotus36 sam 13/06/2020 - 19:43

Bonjour, je suis tres etonnee du fait que le fond de solodarite mit en place par l ambassade et la societe de bienfaisance ne vous ai pas aider a payer vos billets de retour! C est pourtant bien ce qu il m ont repondu quand je leur ai demande a quoi servait l aide financiere (200 millions d euros pour les francais de l etranger dans le monde ), " Desole mais tous le budget est destines a aider les touristes bloque en Inde!! On on se demande vraiment ou est passe cette aide financiere?!

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