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Témoignage : J’étais au Sri Lanka le dimanche de Pâques

Par Isabelle Bonsignour | Publié le 02/05/2019 à 20:00 | Mis à jour le 03/05/2019 à 11:50
Photo : La ville de Colombo
Sri Lanka Colombo attentats de Pâques

Nous habitons depuis deux ans et demi à Mumbai et sur une décision de dernière minute, nous sommes partis au Sri Lanka pour 5 jours la semaine de Pâques. Plusieurs amis nous avaient recommandé de faire un voyage dans cette île semblable à l’Inde du Sud mais aussi très différente... C’est un peu une version de l’Inde en moins peuplée et plus touristique. 

 

Ce fut 5 jours de découverte d’endroits magnifiques dans le sud de l’île dont la vieille ville de Galle et son fort bâti par les Hollandais. Les plages sont belles, les vagues font de gros rouleaux et la végétation de l’intérieur ressemble vraiment à l’image de la jungle tropicale telle qu’on se l’imagine.

 

Sud Sri Lanka Paques 2019
Sud du Sri Lanka

 

Le dimanche de Pâques, en rentrant de la plage pour une dernière baignade avant de quitter l’hôtel, nous avons appris avec horreur que plusieurs bombes avaient explosé près de Colombo. A ce moment-là, les informations n’étaient pas encore très détaillées et personne ne savait s’il y avait des victimes. Etant dans le sud de l’île, nous ne nous sommes pas inquiétés outre mesure. 

Un peu plus tard, le chauffeur qui devait nous emmener à l’aéroport vint nous retrouver à l’hôtel plus tôt que prévu pour nous informer que trois églises avaient été attaquées pendant l’office de Pâques ainsi que trois hôtels de luxe à Colombo. Etant lui-même catholique et pratiquant dans un des lieux touchés par les attentats, il était cependant soulagé parce que sa famille avait assisté à la messe de Pâques la veille au soir et était donc saine et sauve. Nous fûmes nous aussi contents pour lui malgré ces tristes nouvelles pour le pays.

Puis, l’agence à laquelle nous avions eu recours pour la location du véhicule et du chauffeur nous a ensuite contactés pour nous conseiller de rester à l’hôtel et de partir pour l’aéroport très en avance parce que la police locale avait commencé à mettre en place des contrôles stricts.

Notre vol étant peu avant minuit, nous avions encore beaucoup de temps devant nous et nous avons déambulé dans la rue principale d’Hikkaduwa pendant un petit moment. La vie avait l’air tout à fait normale. Petit à petit, plus d’informations ont commencé à arriver sur le déroulement des attentats, puis le gouvernement a annoncé la mise en place d’un couvre-feu immédiat et un peu plus tard, le blocage des réseaux sociaux. 

C’est alors que nous avons décidé de partir pour l’aéroport afin de permettre au chauffeur de rentrer chez lui rapidement. Même si cela ne nous semblait pas une idée judicieuse, les aéroports étant des endroits de grande concentration de gens et donc une cible de premier choix pour un attentat, nous ne voulions pas retenir le conducteur de la voiture trop longtemps. 

Heureusement, le sud du Sri Lanka est relié à Colombo par une autoroute toute neuve semblable à une autoroute européenne et bien différente des rares “highways” de Mumbai. Le trafic sur la route était tout à fait fluide, la seule indication de la situation de crise étant la fermeture de l’aire de repos et restauration et la queue à la station service. 

Quand nous avons quitté l’autoroute pour prendre la route menant à l’aéroport, nous nous sommes aperçus que tous les rideaux des boutiques et échoppes sur notre chemin étaient descendus et que les rues étaient assez vides. Le couvre-feu était déjà en place ! Mais, les quelques personnes marchant sur les bas-côtés n’avaient pas l’air inquiètes. 

Ce n’est que lorsque nous sommes arrivés sur l’embranchement desservant l’aéroport que nous avons compris pourquoi le gouvernement et les compagnies aériennes avaient demandé aux voyageurs d’arriver plus de 4 heures en avance. Il nous a fallu plus d’une heure pour faire l’avant dernier kilomètre. Toutes les voitures étaient contrôlées et fouillées par l’armée un kilomètre avant l’entrée du terminal puis repartaient pour déposer pratiquement tout de suite après leur cargaison. Les passagers continuaient à pied sur les derniers 200 mètres en trainant leurs bagages. De plus, la pluie avait décidé de s’inviter et une forte averse de mousson s’est abattue sur la route. Heureusement, nous étions encore dans la voiture à ce moment là !

Devant l’entrée du terminal, une foule de voyageurs chargés et assis sur leurs bagages attendaient calmement.  Après un moment de doute, nous avons compris que c’étaient des passagers venant d’arriver qui attendaient un moyen de locomotion. 

Plusieurs portes de l’aéroport avaient été ouvertes et devant chacune d’elles s’agglutinaient des passagers en partance. Juste après être entrés, hommes, femmes, enfants et bagages étaient fouillés minutieusement par le personnel de la sécurité de l’aéroport. Le hall menant aux comptoirs d’enregistrement était envahi par les voyageurs attendant que ce soit l’heure de déposer leurs valises. Une deuxième fouille des passagers et des bagages était effectuée avant l’accès aux comptoirs. 

Nous avons, par chance, trouvé une place dans la salle de restauration rapide au dessus du hall d’arrivée pour attendre comme tout le monde que ce soit notre tour de passer à l’enregistrement. Les gens étaient assis un peu partout mais l’ambiance était calme. Aucune inquiétude n’était perceptible. 

Finalement, lorsque l’enregistrement de notre vol a enfin commencé, nous avons à nouveau patiemment fait la queue devant le comptoir de Sri Lankan Airlines puis à l’immigration et nous nous sommes retrouvés dans le hall des départs bien plus vaste et moderne que celui de l’arrivée. Là aussi, il y avait foule mais toutes les boutiques et les cafés étaient ouverts contrairement à ce que nous avions cru suite à l’annonce du couvre-feu. L’aéroport fonctionnait à plein régime, les passagers, étant arrivés très en avance, avaient tous faim et soif et du temps pour consommer. Mais, tout était calme. 

C’est à ce moment que nous nous sommes aussi rendus compte que nous recevions certains des messages des réseaux sociaux mais que nous ne pouvions pas répondre. Facebook, Messenger et WhatsApp, entre autres, étaient bloqués. Surprenant de recevoir les messages dans une conversation de groupe sans pouvoir y participer !

Lorsque nous avons enfin embarqué, le pilote a annoncé que le vol était en retard et que s’il n’obtenait pas un créneau de décollage avant 15 minutes, il ne pourrait pas atterrir à Mumbai car les pistes fermaient à 3 heures du matin dans le cadre de la maintenance annuelle. Etonnement de tous les passagers qui, finalement, étaient trop fatigués pour réagir. 

Heureusement, nous avons pu décoller in extremis et avons atterri à Bombay à 3 heures du matin juste avant la fermeture des pistes. Ce n’est que lorsque nous sommes sortis de l’aéroport de Mumbai que nous avons appris que la police et l’armée du Sri Lanka avaient trouvé en fin d’après-midi un engin explosif sur la route menant à l’aéroport et l’avaient désamorcé. 

Soulagement à posteriori mais profonde tristesse pour les Sri Lankais qui se retrouvent à nouveau dans une situation de tension extrême alors qu’ils allaient bientôt fêter les 10 ans de paix dans leur pays. 

 

 

 

 

isabelle bonsignour

Isabelle Bonsignour

Directrice de la publication et responsable éditoriale. Expatriée au long cours et fervente lectrice du site lepetitjournal.com, elle a rejoint l’équipe en créant l’édition de Bombay.
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