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Le lieu fait le lien

Par Donatella Foletti-Ranjan | Publié le 03/05/2019 à 18:21 | Mis à jour le 20/06/2019 à 20:12
Photo : Aquarelle d'Apnavi Makanji de l'exposition Soil as witness - Memory as wound
Apnavi Makanji

Samedi passé, j’ai testé l’atelier d’écriture Earth Bound: A creative writing workshop (Le lien à la Terre: un atelier d’écriture créatif) à la Galerie d’art TARQ, animé par le Pomegranate Workshop. L’atelier m’a inspiré car il était en relation avec l’exposition actuelle Soil as witness - Memory as wound (Le sol comme témoin - La mémoire comme blessure) d’Apnavi Makanji. Parfois il suffit d’un mot, d’une sonorité, d’une vague intuition, comme un souvenir lointain, pour être inspirée par un lieu, une activité. 

 

Je m'active donc un matin en train jusqu’au quartier de Colaba, par 32 degrés celsius, ressenti 39 et 67 pour-cent d’humidité. Quand j’arrive, je trouve toute une équipe de motivés : 14 motivées et 2 motivés pour être plus exacte, et une ambiance détendue. L’animatrice nous donne d’abord quelques petits exercices sur le sujet du soil (le sol, le pays, la terre) pour s’échauffer le poignet et les neurones, aiguiser sa sensibilité, découvrir son vocabulaire. Chacun partage ses trouvailles, ou pas, on est libre de se révéler ou de rester cois. 

 

Le but de l’atelier est de réfléchir à la notion de sol dans son sens le plus large, englobant ainsi la terre entière autant que la maison, l’environnement et nos identités, l’écologie, la mémoire, les frontières et la notion de domicile. En tant que francophone à Bombay et par hasard, de la même « étrangeté » que l’artiste exposée, voilà un lien géographique que je fais tout de suite. En effet, Apnavi Makanji est une artiste indo-suisse qui passe le plus clair de son temps à nager dans le Léman, si l’on en croit son profil instagram. Nous partageons donc la même passion pour ce lac ! Dans ma tête, me viennent alors deux paysages : 

  • Le Lavaux avec ses vignes étincelantes, son ouverture sur l’eau fraîche et pure du Léman.
  • La vue aérienne Google maps de Bombay, plate, jaune pâle et grise, avec la mer tout autour. 

 

Deux lieux tout différents mais liés par mon vécu et dont l’identité tient beaucoup à leurs points d’eau respectifs. Tous deux, grâce à l’horizon qu’ils offrent, ont le pouvoir de calmer leurs habitants.

 

Nous nous plongeons donc dans nos souvenirs personnels, expériences et imagination et songeons à la notion de sol et de ce qu’il évoque en nous. Quand je regarde de la terre, je vois a little piece of peace (un petit bout de paix). Je l’entends toute graveleuse et sèche qui s’effrite entre mes mains, ou lisse, glissante et boueuse sous mes pieds. Je la respire comme une promesse, un plein d’énergie qui nettoie mes poumons tout en vidant mon esprit de ses soucis. Je la sens, humide et fraîche, plus confortable qu’un matelas, ici depuis toujours, et qui restera là, bien après moi. Permanence, le début et la fin de toute chose vivante. 

 

Dans l’exposition, nous pouvons sentir des échantillons de terres piochés à différents endroits, à partir desquelles l’artiste a créé ses oeuvres. Je m’attends à de bonnes odeurs, comme dans mes souvenirs, et à une variété de senteurs. Mais je suis surprise par l’acidité de ces extraits. De très légères nuances entre les pots mais toujours cette même odeur âcre et forte qui prend le dessus. Je compare ce ressenti avec les aquarelles accrochées. Rien à voir. La terre est lourde, humide, parfois moisie. La peinture est légère, aérienne, sèche tout en restant naturellement aquatique. Je pense donc que le sol, de différents endroits, ne peut pas être transporté, déplacé, enfermé. La nature fragrante ne peut être confinée à ces espaces restreints, ces vitres dégoulinantes, enfermantes, ces cloisons qui ne laissent pas la terre respirer. Le lieu et son ressenti particulier est unique et intransposable. 

 

Au contraire, cette aquarelle volatile et aérée prend tout son sens et sa juste place, virevoltante dans l’écru du papier. Elle est libre et légère dans l’espace, comme nos pensées sujettes aux changements, comme nos souvenirs, chaque jour remodelés. Deux couleurs : un brun terreux, brou de noix, structuré, riche. Et un bleu turquoise, foncé puis transparent, comme une vague qui lèche la pierre, soudaine, singulière et insaisissable. Deux teintes qui se répondent, ressemblance des formes, des directions. L’aérienne surplombe la plus terrienne, le sol et l’eau, l’eau et le sol, frontières floues, identités fortes. 

 

Ce que j'ai vu dans les lavis d’Apnavi Makanji est justement ce tout qui constitue la vie, de l’infiniment petit à l’infiniment grand : des arbres, des objets volants, des plantes et des feuilles, des baleines, des poumons et des reins, d’autres organes, des continents, des nuages, des ailes et des plumes. Tout est là, entre le sol et l’eau, devant nos yeux, surface imbibée d’impressions, nous nageons loin, loin d’ici, au confluent de flots profonds, entre la mémoire et l’imagination. Nous sommes chez nous, sur Terre, je suis chez moi, dans mon Léman revivifiant.

 

Apnavi Makanji aquarelle
Aquarelle d'Apnavi Makanji de l'exposition Soil as witness - Memory as wound

 

 

L'exposition Soil as witness - Memory as wound (Le sol comme témoin - La mémoire comme blessure) d’Apnavi Makanji se termine samedi 4 mai.

Galerie d'art TARQ : F35/36 Dhanraj Mahal, C.S.M. Marg, Apollo Bunder, Colaba, Mumbai, Maharashtra 400001

 

 

Donatella Foletti-Ranjan

Donatella Foletti-Ranjan

Je suis une graphiste, née à Lausanne. Avec ma palette d’images et de mots, je raconte des histoires réelles et rêvées.
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