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BIRMANIE – La plage de Ngapali, un paradis en sursis

Ouverte au tourisme depuis 1995, la plage birmane de Ngapali est un paradis qui a été longtemps épargné des hordes de visiteurs, notamment en raison de la politique autarcique de la junte militaire au pouvoir depuis près de 50 ans. Cette perle de la baie du Bengale est néanmoins en train de se développer rapidement, mettant en danger la préservation de son atmosphère actuelle

Une masse de touristes pourrait bientôt troubler la tranquillité des plages de Ngapali (photo Flickr/Stefan Fussan)

Ouverte au tourisme depuis 1995 et située sur le côté du golfe de Bengale, à l'ouest de la Birmanie, la plage de Ngapali est un vrai paradis à l'eau cristalline turquoise. Epargnée en raison de la politique autarcique de la junte militaire, peu de touristes s'y aventurent, préférant fouler le sable des autres stations balnéaires bondées de la région, comme celles de Thaïlande.
"J'ai vu beaucoup de plages, mais celle-là est vraiment exceptionnelle", s'enthousiasme Hugh Minielly, Canadien à la retraite de 69 ans, en regardant avec sa femme le coucher du soleil sur le Golfe du Bengale. "Je cherchais quelque chose comme Goa, et c'est Goa sans les routards", ajoute-t-il, en référence à la célèbre station balnéaire indienne.
Et pour cause : la Birmanie est l'un des pays les plus cloisonnés du monde, dirigé depuis un demi-siècle par des militaires dictatoriaux. La plus célèbre opposante, la lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, a appelé il y a plusieurs années au boycott du tourisme.
Du coup, les plages birmanes échappent aux radars des tours-opérateurs. Et les rares qui s'y aventurent ne tarissent pas d'éloge sur la nourriture, le sourire des Birmans, la beauté des paysages? et l'absence de touristes. Ils n'étaient en effet que 300.000 en 2010 en Birmanie, contre 16 millions en Thaïlande, selon l'organisation professionnelle régionale Pata (Pacific Asia Travel Association).

Goa, Phi Phi, Phuket, Boracay?victimes du tourisme de masse

La quête d'une mystérieuse plage de rêve était au coeur du scénario du film La Plage, tourné en 1999, avec Leonardo DiCaprio Mais l'île thaïlandaise de Koh Phi Phi où a été tourné le film, est desservie chaque jour par des bateaux bondés de touristes, à l'image des plages du continent jadis paradisiaques et aujourd'hui "abîmées" par leur succès.
Autre exemple : Goa en Inde. Pendant des années, cette ville s'est ainsi érigée en symbole de la fête en bord de plage. Bière fraîche, musique, excès en tous genres. Aucune limite. Mais la surpopulation, les trafics divers de la mafia russe et des attaques violentes sur des étrangers ont fragilisé son image. Et en 2009, elle est sortie des dix premières destinations d'Inde.
Phénomène similaire à Boracay, aux Philippines, dont le sable blanc semble perdre son charme. "C'est trop dense, trop commercial. C'est devenu Phuket", dénonçait l'an dernier le secrétaire philippin au Tourisme Alberto Lim, en suggérant aux touristes de privilégier des îles moins développées.
Des alternatives telles que l'île de Palawan, dans l'ouest de l'archipel, se veulent plus respectueuses de la nature. Mais avec clientèle exclusive et prix prohibitifs. "Il est important de s'assurer que les plages et tout ce qui entoure les hôtels sont bien protégés" des dégâts du tourisme, estime Kris Lim, de l'organisation Pata. "Nous voulons voir des îles plus belles que jamais dans vingt ans".

Ngapali, "la destination émergente" en 2011
L'objectif est le même à Ngapali, où la quiétude authentique est un atout à préserver. Mais la Birmanie s'ouvre. Et même si le nombre de touristes est faible, il a déjà augmenté de 30% entre 2009 et 2010. Après sa libération en novembre, au terme de sept ans de résidence surveillée, Aung San Suu Kyi a invité les voyageurs individuels à y venir, tout en bannissant le tourisme de masse.
Les amateurs savent que lorsque les vannes s'ouvriront, leurs sites préférés seront menacés, comme celui de la plage de Ngapali qui se trouve à seulement 45 minutes d'avion de Yangon. Le magazine britannique Wanderlust a déjà fait de la Birmanie "la destination émergente" en 2011. Une prévision que partage Antonio Dappozzo, le directeur italien du luxueux hôtel Sandoway de Ngapali. Ce dernier sait aujourd'hui qu'il sera "difficile" de préserver son atmosphère. L'année dernière, il n'y avait que "le bruit des chars à boeufs". "Maintenant, on entend beaucoup plus le bruit des voitures".
(http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html avec AFP) vendredi 29 juillet 2011

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