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Stéphane Malsagne : «Ne jamais abandonner le Liban, un thème constant»

Par Hélène Boyé | Publié le 21/11/2017 à 15:35 | Mis à jour le 22/11/2017 à 14:02
Malsagne salon

Dans le cadre du Salon du Livre francophone de Beyrouth, l’historien français a présenté son ouvrage « Sous l’œil de la diplomatie française - Le Liban de 1946 à 1990 », édité aux éditions Geuthner.

 

Ce livre présente une histoire du Liban de 1946 à 1990 à travers le regard des ambassadeurs de France en poste à Beyrouth. Pourquoi avoir choisi cette grille de lecture ?

Je travaille depuis plusieurs années sur le Liban, et j’avais l’idée d’un ouvrage sur l’histoire du pays, mais à travers un prisme nouveau qui n’avait pas été étudié jusque là, celui des diplomates. Les diplomates ont été des importants acteurs de terrain et les témoins directs et extrêmement influent des principaux faits de l’histoire libanaise depuis son indépendance en 1943. J’ai travaillé sur les archives diplomatiques françaises jusqu’à la fin de la guerre civile. Sans ces archives, l’historien que je suis n’aurait pas pu écrire ce livre.

 

Cet ouvrage ressemble à un journal de bord de la vie quotidienne à la Résidence des Pins…

Ce n’est pas qu’un journal de bord d’ambassadeurs. C’est en réalité une histoire du Liban de l’indépendance jusqu’à la fin de la guerre. Les différentes carrières, rôles et missions de ces ambassadeurs  s’inscrivent dans ce cadre chronologique. Le pari était de faire comprendre comment la France a été un pays avec lequel le Liban s’est construit et a noué des interactions extrêmement puissantes, tant sur les plans de la coopération économique, culturelle, militaire et scientifique.

 

Les ambassadeurs sont les porte-voix de la diplomatie française à l’étranger. Ont-ils une marge de manœuvre sur le terrain à leurs actions ?

C’est une question centrale. Les ambassadeurs sont d’abord les relais de la politique définie en haut-lieu, par les ministères, l’Élysée et le Quai d’Orsay. Mais dans la pratique, certains connaissent parfaitement le terrain libanais, prennent des initiatives, nourrissent des relations très étroites avec des personnalités locales, devenant ainsi des facilitateurs particuliers de la mise en place de la politique de la France et de la défense des intérêts français au Liban.

Néanmoins, dans certains cas, leur marge de manœuvre peut être limitée. Au moment de l’affaire des otages français du Hezbollah au milieu des années 80, les ambassadeurs étaient assez impuissants sur le terrain des négociations avec les preneurs d’otages. Paris a utilisé un autre canal, celui des émissaires parallèles qui, eux, ont très peu de contacts avec l’ambassade de France à Beyrouth. Ils sont envoyés par le ministère de l’intérieur, court-circuitant l’action des diplomates français qui s’en plaignent. On ne peut donc pas tirer de conclusion générale.

 

Cela dépend-il de l’ambassadeur ?

Certains ont particulièrement marqué leur histoire. Armand du Chayla (1946-1952) a laissé une empreinte historique. C’est lui qui a fait de la Résidence des Pins ce lieu de mondanités qui perdure aujourd’hui. J’appelle cela la « diplomatie des cocktails » dans mon livre. Il était très attaché au maintien de l’influence culturelle de la France dans un contexte où la concurrence anglo-saxonne dans les années 50 se faisait déjà sentir au Liban.

Le départ des ambassadeurs sont toujours des moments déchirants. La presse publie souvent dans ces moments des articles dithyrambiques  ou élogieux. On reconnait globalement leur mérite, leur courage et leurs efforts pour concilier les parties chrétiennes et musulmanes.

Le pari était de faire comprendre comment la France a été un pays avec lequel le Liban s’est construit.

Paul Blanc, ambassadeur au Liban entre 1987 et 1889, a laissé une marque très forte. Il a exercé dans des conditions périlleuses au moment où le cycle de la violence devenait terrible. Le courage de cet ambassadeur a beaucoup impressionné une grande partie des milieux libanais qui ont vraiment insisté auprès du quai d’Orsay pour qu’il reste, mais le Quai d’Orsay ne voulait pas maintenir les ambassadeurs au Liban plus de deux ans pour des raisons de sécurité, notamment depuis l’assassinat de Louis Delamare en 1981.

 

À travers la succession de ces différents ambassadeurs, voyez-vous une cohérence de la diplomatie française ?

Il y a, tout d’abord, les thèmes classiques que l’on trouve dans tous les discours des ambassadeurs : le maintien de l’intégrité du Liban dans ses frontières de 1920, l’indépendance, la défense des intérêts culturels, le soutien financier à l’Université Saint-Joseph ou l’Hôtel-Dieu, le maintien de la présence culturelle française. L’idée de ne jamais abandonner le Liban est un thème constant.

Mais on trouve aussi certaines incohérences dans la diplomatie française au Liban. Ce qui frappe, c’est toute la rhétorique sur le maintien des institutions, le respect de la Constitution. Par exemple, cette dernière dit que le président libanais est élu pour un seul et unique mandat de 6 ans. Pourtant,  la France aurait bien aimé que certains chefs d’Etat libanais restent plus longtemps à leur poste, comme pour Fouad Chehab (1958-1964), ou à l’inverse, que le mandat des présidents élus durant la période de tutelle syrienne soit prolongé. La France fait surtout en fonction de ses intérêts.

 

Que représente l’ambassade de France à Beyrouth pour un diplomate ?

C’est un poste qu’on sait dangereux quand on est diplomate. Quand on se voit proposer Beyrouth, on sait que ce n’est pas facile. Les diplomates se sentent honorés par cette proposition. Je n’ai pas d’exemple de diplomates qui aient refusé Beyrouth, considéré comme un poste prestigieux au Moyen-Orient.

Il y a les relations spéciales et historiques entre la France et le Liban, et il y a cette forme d’excitation de servir dans une région instable. Plus que le goût du risque, c’est le sens de l’Etat qui les anime avant tout.

Beyrouth est proposé au milieu ou en fin de carrière.  C’est le cas de Paul-Marc Henry (1981-1983) qui a publié un ouvrage en 1984, « Les jardiniers de l’enfer », dans lequel il raconte son expérience au Liban. Christian Graeff (1985-1987) venait de Téhéran, comme l’ambassadeur actuel Bruno Foucher. On ne propose pas Beyrouth à des personnes inexpérimentées, il faut avoir roulé sa bosse.

Beaucoup ont servi au Moyen-Orient avant d’arriver au Liban. Avant 1990, il y avait très peu d’arabisants. Dans la période post-indépendance, Paris a envoyé à Beyrouth des compagnons du général De Gaulle. Louis Roche (1955 -1960) était le responsable de la Radio libre à Londres.

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Hélène Boyé, directrice de la publication de LPJ Beyrouth

Hélène Boyé

Co-fondatrice et directrice de publication LPJ Beyrouth. Expatriée depuis plus de 17 ans au Liban, atteinte de « libanolose », mon seul désir, faire connaitre le Liban sous un autre regard.
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