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MEUH, le graffeur français qui bombe Beyrouth

Par Cassandre Beylot | Publié le 29/09/2019 à 18:52 | Mis à jour le 29/09/2019 à 18:25
Photo : ©Elizabeth Fitt
Meuh, graffeur, français, beyrouth, Pierre de Rougé,

L’artiste urbain arpente les rues de la capitale libanaise et taggue ses murs avec des messages d’espoir colorés. 

 

Pierre, alias MEUH en référence au meuglement de la vache, taggue depuis l’âge de 15 ans. C’est un ami qui l’initie à cet art à Paris. « Je n’avais pas d’argent. Le graff m’a ouvert les portes d’un monde dans lequel je n’avais pas besoin d’argent pour m’amuser », explique-t-il.  Il crée un crew - équipe de graffeurs - le RBK, et pratique ce qu’il appelle le « vandalisme pur ».
 

Il voyage ensuite en Angleterre, en Colombie et au Cameroun pendant quelques années. Dans ces pays, il fait des études d’histoire et de journalisme. Il met le graffiti entre parenthèses sauf lors de son passage en Amérique du Sud.
 

Ses voyages l’amènent ensuite au Liban, où il débarque en septembre 2013 à l’âge de 25 ans. « Depuis longtemps, j’avais envie de venir dans ce pays en tant que journaliste pour mettre à l’épreuve les clichés traditionnels véhiculés par les médias occidentaux sur le Liban », raconte-il.
 

Très vite, il fait la connaissance de plusieurs graffeurs à Beyrouth avec lesquels il se lie d’amitié et qui l’encourage à reprendre le graffiti. « Je m’y suis remis 48 heures après être arrivé à Beyrouth où on trouve des graffs partout, et aussi parce qu’on peut en faire en plein jour », confie le graffeur, qui monte avec ses nouveaux amis l’extension libanaise de son crew parisien.
 

Au Liban, aucune loi n’interdit formellement le graffiti. Le graffeur passe alors du « vandalisme pur » à une démarche plus axée sur l’esthétique, la composition et la couleur.
 

À l’aide de plusieurs bombes de couleurs, c’est surtout le lettrage qu’il travaille. Il taggue son pseudo MEUH ou encore HOPE, quatre lettres qui forment un mot simple à la résonnance universelle. « J’écris HOPE sur les murs parce que c’est terrible d’être dans un pays où autant de gens ont perdu espoir en leur propre pays », estime-t-il. Au bout de six ans, MEUH fait partie des murs. Certains de ses amis le considèrent même comme un graffeur libanais.
 

Ce qui est illégal au Liban, c’est d’écrire des messages pour ou contre un parti politique ou un groupe religieux. Meuh et son crew RBK opte pour des slogans plus implicites et poétiques tel que « Old Beirut Matters » (le vieux Beyrouth compte), à l’instar du graffeur libanais Kabrit qui graffe « Down with the throne » (à bas le trône).
 

L’histoire du graffiti au Liban remonte à la guerre civile. Les milices tagguent leurs emblèmes et leurs slogans sur les murs. Au début des années 2000, un graffeur libanais d’origine grecque, FISH, ouvre la voie d’une nouvelle génération de graffeurs aux messages dépolitisés. A partir de 2006, date de l’offensive israélienne sur le Liban, « plusieurs jeunes graffeurs commencent à descendre dans la rue », explique Meuh. Une deuxième génération fait son apparition avec notamment Eps, Spaz, Exist, Moe, Kabrit, et Quetzal, qui sont tous des amis de Meuh. Plus connus, les Ashekman, Yazan Halwani ou Jad el Khoury alias Potato Nose, font eux aussi partie de cette deuxième génération. « Sur une trentaine de graffeurs que compte la scène libanaise, moins de la moitié exercent de manière professionnelle », estime MEUH.
 

Parallèlement à son activité de graffeur qui lui prend 50% de son temps, Meuh écrit pour l’Agenda Culturel et joue les guides touristiques depuis la création de son Beirut Graffiti Tour en 2015.
 

Beyrouth est une ville en éternelle reconstruction où beaucoup de bâtiments sont abandonnés. Une véritable aubaine qui fait de la capitale libanaise un terrain d’expression unique pour cette génération de graffeurs. « Beyrouth est devenue la capitale du graffiti dans le monde arabe, c’est indéniable », affirme Meuh. Le Liban se démarque d’autres pays du Moyen-Orient comme l’Iran ou la Palestine, où le graffiti est présent, mais politisé et fermement réprimé. « Certains grands graffeurs étrangers qui sont venus à Beyrouth nous disent qu’ils n’ont jamais vu des villes comme cela depuis les années 90 », souligne le graffeur.
 

Meuh et son crew investissent tous les quartiers de la ville. Systématiquement, ils bénéficient du soutien de la population qui les encourage à recouvrir les maux de la guerre, dans les quartiers populaires. « Les gens ont l’impression qu’on s’intéresse enfin à eux, que leur quartier devient spécial et qu’ils ne sont pas complètement oubliés », raconte Meuh.
 

Entre ses amis chrétiens, chiites, sunnites et druzes qui graffent avec lui et les habitants, un dialogue se crée, autant de petits moments de partage que le Français affectionne. « C’est un des aspects les plus positifs de ce qu’on fait (…) Evoluer avec des Libanais de différentes confessions dans différents quartiers peut avoir un impact, même minime. C’est un rapprochement intercommunautaire, salutaire dans ce pays », juge le graffeur.
 

Pour le Français qui a débarqué au pays du Cèdre par simple curiosité il y a presque six ans, le Liban a été une vraie révélation. « Ce pays a changé ma vie. Sa scène graffiti, certes, mais pas seulement. Il y a aussi la manière dont j’ai été accueilli, la résilience des gens et la culture ».

 

Compte Instagram : https://www.instagram.com/meuh_rbk/

 

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Photos : ©Elizabeth Fitt

 

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