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DANIEL BOURGEL - Entretien avec le directeur du nouveau campus franco-allemand

Par Lepetitjournal Berlin | Publié le 25/09/2014 à 22:00 | Mis à jour le 29/09/2014 à 03:14

Ancien professeur agrégé de langue, Daniel Bourgel occupe des fonctions de direction depuis plus de quinze ans. Proviseur du Lycée français de Berlin depuis 2013, il a dirigé précédemment le lycée français de Luxembourg, une cité scolaire en France et pendant 6 ans le lycée franco-allemand de Sarrebruck. Daniel Bourgel se réjouit de mettre son expérience au profit du lycée français de Berlin pour la deuxième année consécutive. Chef d'établissement du nouveau campus franco-allemand, réunissant l'école Voltaire (maternelle et élémentaire) comprenant un peu plus de 300 élèves et le lycée français (collège et lycée) dans lequel sont inscrits 900 élèves, Daniel Bourgel a accepté de répondre aux questions du Petit Journal de Berlin afin de nous expliquer le fonctionnement de ce campus mis en place depuis 2012, qui propose une scolarisation de la petite section à la terminale, ouverte aussi bien aux enfants français qu' allemands.

Lepetitjournal.com/Berlin - Le collège français est devenu depuis 2012 l'école Voltaire, pouvez-vous nous expliquer quels changements cela implique ?
Daniel Bourgel - L'AEFE (agence pour l'enseignement français à l'étranger), opérateur de l'état Français dépendant directement du ministère des affaires étrangères, a racheté deux établissements à la ville de Berlin, formant désormais l'école Voltaire. Celle-ci regroupe l'école maternelle, située dans la Lützowstrasse et l'école élémentaire, dans la Kurfürstenstrasse. Ce regroupement d'établissements au centre de Berlin constitue le campus franco-allemand qui scolarise dans des écoles homologuées de la petite section de maternelle à la classe de terminale.

Que signifie exactement "l'esprit de campus franco-allemand" ?
Cela signifie travailler ensemble dans une même réalité mais avec deux regards différents. Le lycée français est à la fois un lycée allemand, avec tout ce que cela implique (comme par exemple une sélection dès le CM2 des élèves allemands qui entrent au « Gymnasium ») et un établissement français, dans la philosophie du collège unique pour tous ; ainsi nous combinons au quotidien ces deux visions afin d'atteindre le même objectif ; accompagner chacun de nos élèves vers la réussite. Cela est possible grâce au formidable travail des équipes pédagogiques et grâce à l'expérience acquise par ce lycée, vieux de 325 ans. Cela implique donc une concertation permanente entre les deux administrations, entre les enseignants, une mutualisation de leurs compétences et une coordination quotidienne. C'est un réel challenge d'être professeur au lycée français !

Comment fonctionne le parcours scolaire au sein de ce campus ?
L'école Voltaire scolarise les enfants de la petite section à la 6e incluse. Et à partir de la 5e, les élèves de cette école intègrent automatiquement le lycée français (Französisches Gymnasium). Grâce à ce regroupement, un parcours scolaire français est offert aux familles de la maternelle jusqu'en terminale. Ce parcours s'adresse évidemment aux ressortissants français mais aussi, et c'est une mission majeure de l'AEFE , aux enfants des familles du pays d'accueil, donc les familles allemandes qui choisiraient l'enseignement français pour leurs enfants. Mais nous accueillons aussi d'autres nationalités francophones. L'école Voltaire et le lycée français sont les deux seuls établissements scolaires berlinois à avoir cette homologation permettant de délivrer le diplôme national du brevet en fin de 3e et le baccalauréat en fin de terminale.

Pouvez-vous nous dire comment le lycée français de Berlin s'organise-t-il sur la plan administratif?
Le lycée français est géré par une double administration, celle française avec l'AEFE et le ministère de l'éducation nationale, ce dernier nous permettant d'avoir l'homologation « lycée français » au même titre qu'un établissement secondaire situé en France dispensant le même programme et délivrant les mêmes diplômes, et d'un autre côté celle allemande soumise à la loi scolaire berlinoise. Il va de soi qu'il ne s'agit pas d'une juxtaposition des programmes et des contenus, mais d'une complémentarité voulue par nos autorités de tutelle respectives.
L'école Voltaire est par ailleurs dans la phase probatoire afin de devenir Ersatzschule (école reconnue par l'état allemand) signifiant que les élèves berlinois inscrits dans cet établissement répondent à la Schulpflicht (l'obligation scolaire). Quant au lycée, tous les élèves y passent le baccalauréat français, mais nous préparons également à l'Abitur allemand et à l'Abibac. Il ne s'agit pas non plus d'une juxtaposition d'examens et de diplômes, mais d'une reconnaissance réciproque car certaines épreuves du brevet des collèges comptent pour le MSA (mittlerer Schulabschluss) et certaines épreuves du baccalauréat comptent pour l'Abitur. Sinon nos élèves seraient constamment en train de passer des épreuves d'examen. Ce partenariat franco-allemand relève donc d'une coopération consensuelle que ce soit pour la reconnaissance des diplômes comme pour l'enseignement au quotidien.

Concernant l'enseignement, comment se déroule-t-il exactement ?
Nous avons trois classes correspondant à la « fünfte » et « sechste » Klasse qui s'adressent uniquement aux élèves allemands puisque pour eux le Gymnasium (collège et lycée) commence dès CM2. Au sein de ces trois classes, c'est donc le programme berlinois qui est enseigné avec des aménagements car à la fin de la 6e Klasse, ces élèves doivent être capables de suivre les cours intégralement en français dans les classes fusionnées du lycée français.
A partir de la classe de 5e (7. Klassen) nos 3 classes allemandes et les élèves de 6e de l'école Voltaire constituent 5 classes fusionnées et il n'y a donc plus de distinctions entre élèves allemands et français, ou d'autres nationalités. L'enseignement est alors assuré exclusivement en français, par tous les enseignants, français et allemands, qui sont plus de 100 au total.

Évidemment, nous nous adaptons aux contraintes, les classes sont donc constituées en fonction des niveaux en français et en allemand, de l'hétérogénéité, de la parité fille-garçon...Concernant la maîtrise des langues, nous avons mis en place cette année le cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) ce qui signifie que pour les cours d'allemand les élèves sont regroupés en groupes de compétences, ce qui garantit une meilleure lisibilité du niveau atteint et des progrès réalisés.

Le critère de sélection pour intégrer le lycée français se fait donc en fonction de la maîtrise de la langue française ?
Oui et non car pour certaines familles non francophones, le choix de notre système scolaire est motivé par l'apprentissage du français et par la rigueur de l'enseignement prodigué. Certains élèves ne parlent donc pas tous très bien le français à leur entrée au lycée et doivent travailler plus que d'autres pour rattraper le niveau. Lorsque les élèves ne viennent pas de l'école Voltaire, du système public français ou d'un établissement du réseau AEFE, nous faisons passer des tests d'entrée, comme pour toutes les écoles berlinoises, avec une forte valeur ajoutée sur la maîtrise du français.

Vous êtes directeur du lycée français depuis 2013, avez-vous en place une nouvelle ligne pédagogique depuis votre arrivée ?
Le lycée a 325 ans cette année. Cet établissement a donc une très longue histoire derrière lui. L'objectif lorsque l'on prend sa tête n'est pas de bouleverser son fonctionnement mais de développer ce qui a été mis en place ; s'adapter aux besoins nouveaux des élèves pour les amener vers la réussite et en faire des citoyens responsables. Bien évidemment, nous adaptons et mettons en ?uvre les réformes françaises et allemandes.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi l'école Voltaire requiert des frais d'inscription d'une certaine somme alors que le lycée français est quant à lui gratuit ?
L'école Voltaire fait partie du réseau AEFE et tous les établissements dépendant directement de ce réseau sont payants, puisque le coût de leur fonctionnement (immobilier, salaires des personnels, frais de fonctionnement..) est partagé entre  l'AEFE et les parents. Seuls les lycées franco-allemands de Sarrebruck, Fribourg et le lycée français de Berlin sont gratuits, parce qu'ils sont des établissements publics allemands, créés suite à des accords politiques entre nos deux états. Ce sont des exceptions dans le réseau des établissement d'enseignement français implantés dans le monde entier.
L'AEFE  a beaucoup investi dans ce campus, rachetant et réhabilitant d'abord les deux écoles de la Lützowstrasse et de la Kurfürstenstrasse pour 7 millions d'euros pour réunir au centre de Berlin un véritable campus franco-allemand, et investissant dernièrement 1,7 million d'euros supplémentaires pour la construction d'un restaurant scolaire sur le site de l'école Voltaire qui pourra aussi accueillir les personnels et élèves du campus. 

Est-il possible d'obtenir des bourses pour les parents dont les revenus ne permettent pas d'assumer ces frais de scolarité ?
Oui c'est une possibilité offerte aux familles françaises et c'est l'AEFE, donc l'Etat français qui apporte ces aides aux ressortissants français. Quand nous aurons validé le statut d'Ersatzschule, les frais de scolarité seront proportionnels aux revenus des familles et compensés par une subvention du land à l'école.

Vous organisez ce samedi la fête du lycée, pouvez-vous nous décrire le programme ?
Oui en effet, ce samedi à 12h commencent les festivités du 325e anniversaire du lycée avec la fête scolaire : un moment de convivialité avec restauration préparée par les parents, des animations et des stands proposés par les élèves, une brocante de livres et de jeux, un marathon musical, une course de solidarité, et bien d'autres surprises?Le jeudi 2 octobre auront lieu les festivités officielles du 325e anniversaire du lycée ainsi que l'inauguration du nouveau restaurant scolaire de l'école Voltaire. Les festivités officielles du 2 octobre seront réservées à la communauté scolaire et aux invités officiels, mais la fête du lycée ce samedi 27 septembre est ouverte à tous.

Propos recueillis par Anaïs Gontier (lepetitjournal.com/Berlin) vendredi 26 septembre 2014

Savoir plus :

Programme des festivités de ce samedi 27 septembre : 

http://www.fg-berlin.de/WebObjects/FranzGym.woa/wa/CMSshow/1305854

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