

Pour ce premier week-end d'Adventszeit, la neige était hier au rendez-vous. Cela n'a pas empêché un peu plus de 1.000 personnes de manifester pour montrer leur soutien au Yaam, l'antre du reggae à Berlin depuis 1994. Des enfants, des adultes de tout âge, des fans de reggae, du Yaam et plus largement d'une Spree Ufer (berges) investie par les lieux alternatifs plutôt que par des hôtels ou immeubles, ont bravé le froid pour faire marche jusqu'à la rotes Haus aux sons des djembés et autres percussions africaines.
Angela et son ami Markus présents à chaque manifestation pour soutenir le Yaam
"Même si nous ne réussissons pas à influencer la décision finale, l'essentiel est d'être présent et montrer que l'on ne souhaite pas que le Yaam disparaisse", explique Angelina, présente à la manifestation pour soutenir le Yaam mais aussi ses amis qui travaillent depuis quelques années au temple du reggae. Comme elle, de nombreux autres Berlinois ont signé la pétition pour sauver le Yaam et répondent présents à chaque manifestation organisée contre l'aménagement immobilier des berges de la Spree qui à terme causera la fermeture d'autres lieux alternatifs comme le Yaam.
Crée en 1994, le Yaam, qui signifie Young and African Arts Market, a réussi, jusqu'à aujourd'hui, à survivre à de nombreux déménagements forcés. Construit sur l'Eichenstrasse 3, où se situe l'actuel Arena, le centre de la culture africaine à Berlin, est passé ensuite, entre autre, par la Cuvrystrasse avant de trouver son bonheur sur les berges de la Spree. L'endroit rêvé pour y installer une plage avec transat, bar extérieur, terrain de volley et y organiser de nombreux évènements culturels aussi bien pour les plus jeunes que les adultes. Mais depuis octobre 2012, l'avenir de ce lieu convivial et multiculturel est menacé. Ortwin Rau, directeur du Yaam et Kreuzberger depuis 25 ans, a reçu un courrier l'enjoignant de plier bagages, d'ici à fin décembre. Cette lettre a été rédigée et envoyée par le propriétaire du terrain, Urnova, une entreprise immobilière espagnole. "Cette agence est complétement fauchée, du coup elle cherche à vendre à de gros investisseurs. Tout cela n'est qu'une question d'argent", commente une manifestante. C'est en effet le plan prévu par Urnova, qui a acheté le terrain il y a quatre et qui souhaiterait vendre les 8.900 m2 de la stralauer Platz 35 à des constructeurs immobiliers. A la place du Yaam pousseraient alors, bureaux, appartements et hôtels. Un projet immobilier comme tant d'autres qui menace tous ces lieux alternatifs construits sur les bords de la Spree. Le célèbre Bar 25, après une longue bataille, avait dû fermer ses portes à la fin de l'été 2011.
De par sa force d'organisation d'évènements mais également sa présence dans les manifestations culturelles les plus importantes de la ville, tel que le Karnaval der Kultur, le Yaam est devenu une institution pour la capitale allemande. "Je ne suis pas particulièrement fan de reggae, mais le Yaam est tellement un lieu extraordinaire, pour les enfants et adultes. L'aménagement réalisé fait de cet endroit un enclos dans Berlin où l'on peut venir se relaxer, écouter de la musique, ou encore jouer à différents sports", confie une quinquagénaire qui travaille dans un centre de jeunesse. L'annonce de sa fermeture a également soulevé de nombreuses questions quant à l'avenir de Berlin, qui attire ses touristes notamment grâce à son côté alternatif et underground. Qu'est-ce que les bateaux touristiques qui naviguent tout l'été sur la Spree donneront à voir à leurs clients d'ici à quelques années ? se demandent les chanteurs réunis dans une vidéo de soutien au Yaam.
Fort du soutien adressé par Franz Schulz, le maire du quartier Kreuzberg-Friedrischshain, Ortwin Rau se bat pour défendre ce qu'il a construit et, depuis l'automne 2012, des discussions sont en cours afin de pouvoir trouver un lieu où reloger l'équipe du Yaam. Mercredi dernier ; le directeur a annoncé, lors d'une conférence de presse, que le temple du reggae avait réussi à obtenir un court délai supplémentaire pour le déménagement, c'est-à-dire 10 jours de plus, mais aussi qu'ils pourraient éventuellement investir l'ancien Maria am Ostbahnhof en 2014, rebaptisé Magdalena. Une solution possible qui a été trouvée en accord avec les gérants du lieu situé sur le Schillingbrücke.
Ces bonnes nouvelles n'empêchent pas les fans du Yaam de rester mobilisés et de tenter d'obtenir un délai encore plus long. C'était une des raisons de leur présence à la manifestation d'hier mais à travers celle-ci, beaucoup ont également voulu monter qu'ils n'acceptent pas l'évolution "capitaliste" que prend Berlin. Même s'ils ont conscience que leur combat sera difficile, voire impossible.
Anaïs Gontier (www.lepetitjournal.com/Berlin) lundi 3 décembre 2012
Photos et vidéo 1 : Damien Sayer








































