

Créé pour le dernier festival d'Avignon, le Hamlet d'Ostermeier revient à la Schaubühne jeudi avec des sous-titrages en français. Une version burlesque et macabre aussi sombre que la terre qui recouvre la scène. Lars Eidinger y est grand en Hamlet replet et blasé
Hamlet d'Osteimeier, burlesque et macabre (© Arno Declair)
(Berlin) - On pourrait se suffire de cette scène-là. 20 minutes d'une ouverture époustouflante, burlesque, tragique, où se côtoient le sexe et la mort. Devant, la terre sombre recouvre toute chose. Au loin, très loin, la table de banquet célèbre des noces. Ostermeier s'évite les détours, débute son Hamlet par le remariage de la reine et un enterrement sous la pluie qui restera dans les mémoires du théâtre contemporain. Le muet l'emporte, à part ce "To be or not be"lâché en prélude, comme pour mieux s'en débarrasser.
Le jeu se réduit à cinq acteurs qui se partagent les rôles comme autant de nouvelles clés pour regarder la plus connue des tragédies shakespeariennes. Dans un jeu de double, le roi est aussi Claudius l'usurpateur, Gertrud est Ophélie. Seul Hamlet campe Hamlet. Et cela lui suffit bien à ce fils largué, inconsolable enfant confronté au machiavélisme, en proie à la folie, au chagrin. Le héros romantique est ici un dérangé clownesque, un inadapté maladif, qui préfère regarder le monde à travers l'objectif d'une caméra. Lars Eidinger éclate de talent dans ce registre d'enfant gâté, bouffi et haineux.
Mascarade de sexe et de mort
Avignon a vu son lot de grincheux : pas assez préparé, pas assez abouti. Depuis Ostermeier a eu le temps de retravailler. Avouez tout de même que des Hamlet comme ça vous n'en aviez jamais mangé ! Des acteurs qui n'ont pas peur de faire les clowns en mangeant la terre, de se filmer en déclamant des vers, de vous regarder en face, les pieds ancrés, le corps arc-bouté.
Loin des décors sobres et bourgeois habituels, le scénographe Jan Pappelbaum a choisi la terre pour célébrer cette mascarade de sexe et de mort. Cet humus qui recouvre les trois quarts de la scène semble nous rappeler l'essence d'un théâtre de matière, qui se suffit des mots, et du jeu. Le goût de ferrugineux de la boue arrive jusque dans nos bouches.
Dans l'Hamlet d'Ostermeier, on crie, on s'insulte, on fornique dans la boue, on crache, on boit, on baffre, on se travestit. Le directeur de la Schaubühne a choisi le burlesque, le grossier, la matière. C'est parfois racoleur, souvent formidable.
Stéphanie PICHON (www.lepetitjournal.com/berlin.html) mercredi 25 février 2009.
"Hamlet"de William Shakespeare. Adaptation de Marius Von Mayenburg. Mise en scène Thomas Ostermeier. Avec Lars Eidinger, Judith Rosmair, Sebastian Schwarz, Robert Beyer, Stephen Stern, Urs Jucker.
Jeudi 26 janvier, 20h, Schaubühne am Lehniner platz, 32 - Tarif : 38 euros.
Pour en savoir plus : http://www.schaubuehne.de
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