Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 janvier 2018
Le Martin Gropius Bau accueille la première grande rétrospective consacrée au photographe Evgueni Khaldei, surnommé le Capa russe. Gros plan sur le parcours d'un photographe partagé entre reportage et propagande, dimension artistique et patriotisme
Drapeau soviétique flottant sur le Reichstag, Berlin, 1945
"Le drapeau soviétique flottant sur le toit du Reichstag". L'image est certainement plus connue que son auteur, qui n'a jamais accédé vivant à la notoriété et a vécu jusqu'à la fin dans son petit studio-atelier de Moscou. Un drapeau russe flotte au-dessus de Berlin en ruines. Nous sommes le 2 mai 1945. Trois soldats figurent sur le toit du Reichstag, l'un d'entre eux tient le drapeau. Le photographe a trouvé un angle, tourné vers la Pariser Platz, qui rend compte d'un Berlin en flammes et en ruines. Cette scène a servi tous les journaux de la Russie de l'époque, avant de faire le tour du monde. On sait aujourd'hui qu'elle a été largement mise en scène, puis retouchée. De fait c'est la veille que les soldats russes prennent le Reichstag. Aucun photographe n'est présent. Quand Khaldei arrive le 2 mai, il a fabriqué un drapeau rouge avec un tailleur russe et demande à trois soldats de venir prendre la pause sur le toit du Parlement incendié. La photo sera ensuite retouchée par ses soins, le ciel noirci et dramatisé, le drapeau gonflé, et surtout les trois montres sur les bras d'un des soldats, signe manifeste des pillages et des vols, effacées. A l'époque le ciseau et le photomontage sont des pratiques courantes lorsque l'on travaille pour les médias russes. Ce qui n'enlève rien au talent de Khaldei qui fut le témoin privilégié de la seconde guerre mondiale et de l'URSS des années 50 et 60. De ses propres mots, Khaldei utilisait la retouche, pour renforcer la réalité, jamais pour la modifier.
Hermann Göring, Nuremberg, 1946
De Berlin à la Sibérie Khaldei commença sa carrière chez la célèbre agence TASS avant d'en être écarté en 1948 parce qu'il était juif. Par la suite il travaillera par intermittence pour l'agence et pour la Pravda. Armé de son Leica il a sillonné l'URSS pour y photographier avec emphase et humanité ses travailleurs, ses paysans, ses usines, ses écoles ou ses ports. L'exposition, dont tous les photographies sont issues de la collection de Ernst Volland et Heinz Krimmer, rend hommage à un photographe certes pris dans le système soviétique mais dont le regard humain rend une réalité de l'époque.
Les photographies de Khaldei sont étroitement liées à l'histoire de Berlin et de l'Allemagne. Photographe officiel de l'avancée de l'armée russe de 1941 à 1945, il arrive dans une Allemagne exsangue, fige les images de la défaite, Berlin en ruines, les visages ravagés des prisonniers, la maigreur des habitants berlinois. Encore là aux procès de Nuremberg, il braque Göring plus spécialement, qu'il considère comme le grand criminel nazi après Hitler. La dernière photographie de sa carrière, c'est encore à Berlin qu'il la prend. Au mémorial soviétique de Treptower Park, en 1994, Khaldei assiste au départ des dernières troupes russes de Berlin. Dernière image d'une vie consacrée à son pays et la photographie. Stéphanie PICHON. (www.lepetitjournal.com/berlin.html) vendredi 11 juillet 2008
Evgéni Khaldei, L'instant marquant. Une rétrospective, jusqu'au 28 juillet, Martin Gropius Bau, entrée 3-5 euros. Plus de renseignements sur le site de l'exposition www.chaldej.de