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Les incontournables de la Berlin Art Week 2026

Du 9 au 13 septembre 2026, la Berlin Art Week célèbre son quinzième anniversaire avec un vaste programme partout dans la ville, présenté en collaboration avec environ 120 musées, collections privées, espaces de projet, galeries, ainsi que la foire d'art Positions Berlin Art Fair. Comme il est un peu difficile de faire son choix parmi toutes les propositions, on vous présente une sélection de lieux et œuvres qui nous ont marqués, à ne pas manquer.

Lidia Lisboa - Tetas que deram de mamar ao mundoLidia Lisboa - Tetas que deram de mamar ao mundo
Lidia Lisboa - Tetas que deram de mamar ao mundo © Sandrine Ibanez
Écrit par Sandrine Ibanez
Publié le 11 septembre 2026

Haus der Kulturen der Welt (HKW) — Not All Travellers Walk Roads - Of Humanity as Practice

La 36e Biennale de São Paulo voyage, et arrive pour la première fois en Allemagne. Le titre vient d'un poème de Conceição Evaristo qui évoque des voyageurs qui ne suivent pas nécessairement les routes : certains mondes ne peuvent être atteints que par le silence de la poésie. Cette idée guide l'exposition.

Bonaventure Soh Bejeng Ndikung, son commissaire général, qui dirige aussi le HKW, fait un constat lucide. Le monde actuel va mal. Alors il faut réfléchir à la façon de coexister, de vivre ensemble. Et il écrit, dans son édito, que « le soleil n'a pas besoin qu'on l'appelle soleil pour briller ». Cette phrase va rester.

Sans prétendre détenir les réponses, l'exposition pose une question : en ces temps de violence, de discrimination, de déshumanisation, comment pratique-t-on l'humanité ? Si elle était un verbe, comment le conjuguerait-on ? Ndikung et la curatrice Alya Sebti ont posé la question à l'économiste Jacques Attali. Sa réponse : être en mouvement. Car la sédentarité fabrique des frontières, des murs et des catégories.

Alors on part explorer cette pratique de l'humanité, proposée par une trentaine d'artistes, guidés par Alya Sebti, qui transmet tellement d'émotion, et d'espoir aussi.

On retient, sur la façade et dans le foyer, Tanka Fonta qui imagine des conversations entre les humains et les plantes. Akinbode Akinbiyi, photographe nigérian installé à Berlin, qui a passé six semaines à traîner dans les rues de São Paulo et en rapporte de petits moments d'être ensemble. Ming Smith, dont le jazz a façonné la manière de photographier : dans chaque image, un mouvement que personne n'avait prévu.

 

María Magdalena Campos-Pons, Macuto
María Magdalena Campos-Pons - Macuto © Sandrine Ibanez 


Puis on avance. L'arbre de vie de María Magdalena Campos-Pons, dont on fait plusieurs fois le tour. Juliana dos Santos, qui souffle la poudre d'une fleur sur la toile humide et laisse l'eau et le temps finir le travail. Les crochets monumentaux de Lidia Lisbôa. Les seins qui ont allaité le monde, dit le titre. La Rocket Girl de Leiko Ikemura, cet âge où l'on quitte l'enfance, fragile et forte à la fois. Forensic Architecture, et les témoignages de celles et ceux qui vivent la dévastation provoquée par l'extraction sur les deltas. 

On a un peu le tournis. Beaucoup de choses qui remuent. Il faudra revenir.
 

Performances, concerts, visites guidées et conférences les 11, 12 et 13 septembre
📍Haus der Kulturen der Welt (HKW), John-Foster-Dulles-Allee 10, 10557 Berlin
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KINDL — Thu-Van Tran, Write As Beasts Scream at Night
 

Thu-Van Tran - Colors of Grey
Thu-Van Tran - Colors of Grey © Sandrine Ibanez
 


Thu-Van Tran explore les traces du colonialisme, de la guerre et de la violence sur les corps et les paysages. L'exposition présente notamment deux nouvelles séries issues de ses résidences à Rome et en Australie. Dans les peintures de Colors of Grey, les couleurs s'effacent progressivement pour laisser place au gris, évoquant la perte et la transformation. Des citrons ramènent un peu de nature, d’organique. Quant aux dessins de Trail Dust, ils s'inspirent des paysages australiens marqués par l'exploitation minière, les incendies et les interventions humaines. Trail Dust, c’était aussi le nom générique donné par l'armée américaine au programme de guerre chimique par herbicides mené pendant la guerre du Vietnam.

Des céramiques réalisées en Australie reprennent et transforment des objets du quotidien et de symboles autochtones. Thu-Van Tran prélève la terre et les pigments naturels sur place, façonne, puis confie la matière au feu, force de destruction mais aussi, ici, de transformation. 

 

KINDL — Kira Freije, Between Sunlight
 

Kira Freije, Between Sunlight
Kira Freije - Between Sunlight © Sandrine Ibanez 



Pour ses sculptures, Kira Freije part de fragments de corps : ses propres pieds et mains sont moulés dans l’aluminium, tandis que les têtes prennent la forme de masques réalisés à partir de personnes importantes dans sa vie. Ces humanoïdes métalliques sont vêtus de tissus anciens, récupérés ou trouvés en friperie.

Ses personnages semblent partager des moments ordinaires : allumer une cigarette à quelqu’un, regarder côte à côte par la fenêtre (des feux d'artifice ?)... L’artiste ne cherche pourtant pas à raconter leur histoire ni à expliquer précisément ce qu’ils font. Ils sont là, ensemble, dans des espaces indéfinis. 

 

KINDL — Mischa Kuball, boiler house

Dans l'ancienne Kesselhaus, qui a traversé plein d'époques, y compris les plus sombres, Mischa Kuball installe une série de miroirs qui tournent à différentes vitesses. Artiste conceptuel, il fait de la lumière son matériau de prédilection. Ici, il a conçu « boiler house », une œuvre pensée spécifiquement pour ce lieu. Les miroirs reflètent l'architecture, l'espace, captent et renvoient la lumière, et donnent une impression de ne plus savoir où l'on est, de perdre ses repères. Une rotation lente étire le vide, une rotation rapide le transforme en flashes fugaces.

Par une journée sans nuages, les miroirs attrapent le soleil et le redistribuent en taches de lumière mouvantes sur les murs. La nuit, l'œuvre prend une toute autre dimension, la lumière s'échappe vers l'extérieur, comme un lien entre le bâtiment et le quartier, le passé et le présent.

Vernissage des trois expositions le 12 septembre 2026 de 18 à 21 h
📍KINDL, Am Sudhaus 3, 12053 Berlin
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Passage at Hermannplatz — Carsten Höller, Fly on Amanita

 

Carsten Höller, Fly on Amanita
Carsten Höller - Fly on Amanita © Passage


Carsten Höller s’intéresse ici à la perception, aux substances psychoactives et aux mécanismes de l’addiction. Son installation vidéo montre une mouche interagir avec de la gelée d’amanite, un champignon connu pour ses effets hallucinogènes. La mouche semble progressivement « planer », avant de retrouver son état normal et de recommencer, avec ses pattes qui frétillent d’excitation.

La vidéo est une boucle sans fin : altération, retour à la normale, puis nouvelle altération. Une représentation aussi simple qu’absurde du cycle de l’addiction.
 

Vernissage le 11 septembre 2026 de 18 à 21 h
📍Passage, Station U Bahn Hermannplatz, quai U7 direction Spandau
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PalaisPopulaire — Lucia Tallová, Moving Clouds
 

Lucia Tallová, Moving Clouds
Lucia Tallová - Archives 2021-2026 © Sandrine Ibanez 


Le titre de l'exposition de Lucia Tallová (distinguée artiste de l'année 2026 par la Deutsche Bank) joue sur le double sens du nuage : le phénomène météorologique, insaisissable, et le cloud numérique où l'on archive aujourd'hui données et souvenirs, tout aussi hors de portée. Ironie assumée : l'exposition, elle, est entièrement analogique. Née à Bratislava et ayant grandi dans une Europe centrale en pleine transformation après la chute du rideau de fer, Lucia s'intéresse à ce qui reste des histoires personnelles et collectives.

Elle assemble meubles anciens, charbon naturel, vieilles photographies, pages de magazines et pierres ramassées le long du Danube à Bratislava. Une structure en bois, conçue spécialement pour le PalaisPopulaire, rappelle une salle d'archive : elle y accumule des pièces de 2021 à 2026, plutôt que de les exposer séparément sur socle. Une multitude de cadres contenant des collages, issus de vieux magazines de mode et de cinéma des années 1950 et de livres d'histoire de l'art chinés, remet les femmes au centre de leur propre histoire. Des colonnes cariatides, coupées et effondrées, portent des images de corps de femmes qui en ont marre de porter le poids sur leurs épaules. Et puis, de gigantesques peintures à l'encre de Chine et à l'acrylique noire, superposées en couches transparentes, dessinent des nuages. Montées sur une structure en bois qui roule, elles peuvent se déplacer. Moving clouds, littéralement.

Visites guidées en allemand et en anglais le 12 septembre 2026
📍PalaisPopulaire, Unter den Linden 5, 10117 Berlin
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Neue Nationalgalerie — Perform! Trisha Brown: Walking on the Wall

 

Trisha Brown: Walking on the Wall
Trisha Brown - Walking on the Wall © Sandrine Ibanez 


Trisha Brown a signé plus de cent chorégraphies et six opéras. Cette pièce, Walking on the Wall, créée en 1971, n'a pas pris une ride. Elle défie les lois de la gravité, casse les codes et étend le concept de danse en mettant en scène sept danseurs, harnachés et retenus par des cordes, qui se déplacent à l'horizontale le long d'un mur vertical. Performance, mouvement, chorégraphie : on oublie un instant l'exploit physique pour regarder les danseurs se mouvoir comme si c'était facile. À la Neue Nationalgalerie, la pièce prend un relief nouveau face à la façade de verre de Mies van der Rohe.

Une performance par jour du 9 au 13 septembre
📍Neue Nationalgalerie, Potsdamer Straße 50, 10785 Berlin
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Galerie Thomas Schulte — Kerstin Brätsch, Die Sein: Para Psychics Expanded (Excerpt)
 

Kerstin Brätsch, Die Sein: Para Psychics Expanded (Excerpt)
Kerstin Brätsch, Die Sein: Para Psychics Expanded (Excerpt) © Sandrine Ibanez 


L'installation occupe la vitrine et le corner de la galerie. Au sol, un immense revêtement vinyle reprend un motif d'abord conçu en mosaïque de pierre, elle-même issue de ses œuvres en stucco marmo, qui suivent la logique de ses peintures à l'huile sur Mylar transparent. On dirait des cellules colorées, vues au microscope. Le long des murs, trois grands panneaux de carton reproduisent, agrandis, des motifs empruntés à ces mêmes œuvres en stucco marmo, une technique séculaire imitant le marbre : des formes organiques et irrégulières, striées de bandes de couleur, comme des pierres semi-précieuses qu'on aurait coupées en deux, où l'on croit parfois deviner des visages.
Une petite sélection de dessins de la série Para Psychics (sur les cent que compte l'ensemble !) vient s'insérer au milieu des panneaux.

Il s'agit d'une véritable ode à la transformation, d'un matériau à l'autre, dans un mouvement perpétuel : de la peinture à la pierre, puis de la pierre à l'image à nouveau. On est quelque part entre le mandala et l'organisme vivant, émerveillé par tant de beauté et de complexité.


📍Galerie Thomas Schulte, Charlottenstraße 24, 10117 Berlin
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Schinkel Pavillon — Projections onto the East 

L'Est n'est pas un point sur la carte. C'est un écran sur lequel l'Europe projette ce qui l'arrange : l'envers rassurant de l'Occident, une identité plus "vraie", plus originelle ou au contraire, le décor de tous les dangers. Le projet Projections onto the East prend cet écart entre fantasme et réalité comme point de départ.

Les œuvres abordent de multiples lignes de fracture : la mémoire de la RDA, l'antisémitisme, les transformations post-socialistes, les tensions géopolitiques d'aujourd'hui.

Parmi les artistes présentés, on retrouve Maya Schweizer. Avec Suis son regard et observe et En parallèle (2026), elle revient sur l’Exposition coloniale internationale de Paris de 1931 et sur les représentations qu’elle a laissées derrière elle. Dans le Palais de la Porte Dorée, les fresques monumentales de Pierre-Henri Ducos de La Haille présentent une vision idéalisée de la colonisation. Pour Suis son regard et observe, l’artiste travaille avec des élèves d’une classe de philosophie de Champigny-sur-Marne et leur enseignant. Sur place, ils observent les fresques et questionnent ensemble les images, leur contexte et les violences qu’elles véhiculent. Avec parfois des doutes qui illustrent à quel point il est difficile de s'affranchir des représentations héritées de l’histoire européenne.


📍Schinkel Pavillon, Oberwallstraße 32, 10117 Berlin
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