

La photo fête ce mois-ci et pendant quelques semaines son festival européen. Berlin est évidemment de la partie, avec près de 139 expositions dans toute la ville sur le thème "Jamais vu auparavant ". Mode, Berlin dévastée ou autoportraits décalés, 3 itinéraires choisis
La manifestation est née à Paris en 1980. Tous les deux ans, un mois entier est consacré à la photographie sous toutes ses formes. Depuis 2004, le Mois de la photo a pris une dimension européenne. Rome, Vienne, Moscou, Bratislava, Luxembourg et Berlin s'y sont ralliés. Dans la capitale allemande près de 139 expositions ont été organisées. Des grands panoramas du Berlin d'après-guerre aux photos disparates du collectif Klub foto, du Martin Gropius Bau aux entrepôts géants de Wedding, regards croisés sur un événement qui quadrille Berlin.
Sandra Bennett, twelve year old, Rocky Ford, Colorado, August 23, 1980. Photograph Richard Avedon © The Richard Avedon Foundation
Richard Avedon au Martin Gropius Bau
L'expo mastodonte de ce mois de la photo, avec celle de la collection Agnès B au C&O, c'est la rétrospective Richard Avedon, qui avait déjà fait sensation à Paris, au Jeu de Paume. 250 images du photographe de mode, disparu en 2004, ont été réunies pour la première grande rétrospective. Etonnamment, on y observe peu de photos de mode, si ce n'est les débuts pour Harper's Bazaar ou Vogue, et ce merveilleux cliché de la mannequin Dovima en robe Dior, semblant danser au milieu des éléphants du cirque d'hiver. L'exposition met surtout en avant le talent de portraitiste d'Avedon, cette manière unique de donner à voir des visages dans ce qu'ils ont de plus humain, quitte à en souligner les imperfections. Fond blanc, film noir et blanc, détails jusqu'au fond des pupilles qui brillent. Qu'il photographie Charlie Chaplin quittant l'Amérique de Mc Carthy, Marilyn Monroe songeuse ou ces visages anonymes du fond du Colorado, Avedon plonge son regard dans une Amérique aux dimensions multiples. Mention spéciale berlinoise avec la salle consacrée aux photos très grand format de son reportage à la Porte de Brandebourg pour la première Saint-Sylvestre réunifiée, la nuit du 31 décembre 1989.
Jusqu'au 19 janvier 2009, Martin Gropius Bau, tous les jours sauf le mardi, 6-8 euros. www.gropiusbau.de

Berlin grand format à la Berlinisische Galerie
Le regard suit sur 25m les immeubles d'une rue entière à Friedrichshain. Nous sommes en 1950, les immeubles portent les stigmates de la guerre, dans la rue on aperçoit de vieilles femmes en noir, des enfants. Peu d'hommes. Quelques ouvriers sur un échafaudage branlant. Berlin Est, années 50, un photographe, Tiedeman, procède à un lent travail d'archives des immeubles berlinois, sous la commande du gouvernement de la DDR. 1.500 clichés pris avec un appareil grand format qui rappellent le vide, la démolition, et l'espoir de la reconstruction d'une ville ravagée. De l'autre côté du mur, l'?il du visiteur tombe sur Potsdamer Platz après la guerre, avant le mur, avant le terrain vague, avant les immeubles high tech. Unter der Linden, les stades en construction, les banlieues de Treptow, les rues dévastées de Prenzlauer Berg, la Schöhnauser Allee.... Pour nous les rendre dans un format gigantesque, et dans une qualité parfaite, le photographe berlinois Arwed Messmer a scanné tous les vieux négatifs et reconstitué des panoramas, sans défauts, géants. Comme si on y était. L'exposition "So weit kein Auge reicht- Berliner Panorama-Fotografien aus den Jahren 1949-1952" explore les champs de l'histoire d'une ville bouleversée par le cours du XXe siècle. Du moins sa partie orientale.
A voir également dans le cadre du mois de la photo, l'expo Hans Robertson, photographe installé à Berlin dans les années 30, et "Mutations II Moving Stills".
Du 2 novembre au 16 février 2009, Berlinische Galerie, tous les jours sauf mardi, 3-7 euros, www.berlinischegalerie.de

Patchwork contemporain aux Uferhallen
La Uferstrasse à Wedding devient le lieu de tous les possibles artistiques. Dans d'anciens entrepôts, les Uferhallen offrent un espace démesuré à cinq expositions photos, que rien ne relie a priori si ce n'est l'ancrage contemporain. Il y a les autoportraits géants de Suzanne Kraus, pris dans un drôle d'objet qui trône au milieu des entrepôts. Sa chambre noire a cette particularité qu'on peut y entrer et s'y photographier soi-même. Il en ressort des portraits noir et blanc tout en longueur, qui portent ce charme ancien du bougé, du grain, du pas tout à fait net. Le collectif KlubFoto explore le thème "Privat"dans une longue série inégale de 77 images prises par autant de photographes. Chacun y livre sa vision, en couleur. Drôle, trash, poétique, décalé, opaque. Reporter sans frontière propose une sélection de photos de reportage qui, pour la plupart, portent leur regard vers l'est. Enfin dans cette même Ostitude, le photographe Andreas Müller-Pohle a effectué un long voyage le long du Danube, posant son appareil photo au milieu de l'eau et saisissant en même temps que les paysages et les eaux boueuses du fleuve, ses taux de nitrate, de potassium ou de phosphate. Accrochées ainsi sur un mur sans fin, les 70 photos donnent l'impression d'un long voyage en apnée au c?ur de l'Europe Centrale.
Expositions jusqu'au 31 décembre, Uferhallen, tous les jours sauf le lundi, 2-3 euros. www.uferhallen.de
Stéphanie PICHON (www.lepetitjournal.com/berlin.html) jeudi 4 décembre 2008
Pour plus de renseignements sur les expositions du mois de la photo http://www.mdf-berlin.de/
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