

Soixante-dix ?uvres de l'artiste britannique d'origine indienne, Anish Kapoor, considéré comme l'un des plus grands sculpteurs vivants, sont exposées au musée Martin Gropius Bau jusqu'au 24 novembre.
(Anish Kapoor: Symphony for a Beloved Sun 2013 - Installation view: Martin-Gropius-Bau, 2013 - Photo: Jens Ziehe. Courtesy the artist. © Anish Kapoor / VG Bildkunst, Bonn, 2013)
Une exposition mélangeant des ?uvres anciennes et d'autres plus récentes, imaginée par Norman Rosenthal, commissaire de l'exposition, et mise en scène par Kapoor lui même comme un challenge inspirant, puisqu'elle joue avec l'architecture néo-renaissance du bâtiment mais aussi avec son histoire.
Au centre de l'exposition se dresse "Symphony for a Beloved Sun" (2013), une installation dynamique et énigmatique créée in situ par Kapoor. Quatre tapis roulants sortent du sol et des murs de l'atrium du musée pour s'élever vers un énorme disque rouge en transportant, à intervalles irréguliers, des blocs de cire qui tombent en débris sur le sol recouvert de lino. Une ?uvre en mouvement, en référence aux lithographies du constructiviste russe El Lissitzky et ode au sculpteur allemand Joseph Beuys, qui exposa dans le même atrium juste après la restauration du bâtiment en 1982.
Né à Bombay en 1954, Anish Kapoor vit et travaille à Londres depuis les années 1970. En 1991, il a reçu le prix Turner, plus haute récompense britannique aux artistes contemporains de moins de cinquante ans. Fidèle à un langage sculptural, il ne rentre pourtant dans aucune catégorie toute faite. Il utilise les matériaux les plus variés (pierre, acier, cire, pigment, PVC, miroirs, etc.), joue sur les volumes et la couleur qui a une importance primordiale dans son travail. Rouge sang, bleu presque noir. Chaque nouvelle ?uvre semble redéfinir sa relation avec la peinture, la sculpture et l'architecture.
A la fin des années 80, Kapoor sculpte dans la roche. " Wound ", une pierre ouverte en deux et remplie de pigments rouge. La couleur révèle et sublime la matière organique. Le titre de l'?uvre suggère bien sûr son sens mais laisse le spectateur libre de toute interprétation.
Dans son univers, figurent également de nombreux trous noirs. " Descent into Limbo " ?uvre qui l'a rendue célèbre en 1992 lors de la documenta IX, cercle de pigments foncés créant l'illusion d'un trou noir dans le sol est montrée au Martin-Gropius-Bau dans une nouvelle version.
(Anish Kapoor: When I am Pregnant, 1992 - Photo: Nic Tenwiggenhorn © Anish Kapoor / VG Bildkunst, Bonn, 2013)
Il joue encore et toujours avec notre perception quand il utilise les miroirs. Concaves ou convexes, ils tordent, déforment notre réalité. Dans " Vertigo " (2008) plusieurs perspectives apparaissent simultanément dans une seule réflexion. Ses ?uvres commencent à exister par le regard même du spectateur qui devient lui-même acteur.
La sculpture "When I am Pregnant? (1992), simple renflement courbe sur un mur blanc, reflète le long et complexe travail de l'artiste. Elle se moque aussi peut être de nos associations d'idées trop rapides. A tout ramener au familier, on ne se laisse plus surprendre par les choses.
Quand on arrive aux travaux faits à base de cire, le spectateur attentif ne verra plus que des objets en perpétuel changement. A cause de la malléabilité de la cire. " Stack " (2007) et " Shooting into the Corner "(2008-2009), canon qui tire des balles de cire rouge dans un coin de salle, sont des ?uvres spectaculaires qui mettent en scène le processus de création.
De l'autre coté de l'atrium on découvre des ?uvres plus récentes sculptées à base de terre, résine et ciment. Elles évoquent le corps. "Gethsemane" (2013) nous semble modelé comme une artère, impression renforcée par la couleur rouge intense et profonde qui évoque le sang.
Une installation PVC tentaculaire intitulée "The Death of Leviathan" (2011-2013) reprend là où l'artiste l'avait laissé dans le gigantesque ballon qui remplissait le Grand Palais à Paris en 2011. Contre toute attente le Léviathan mort de The Death of Leviathan n'est donc pas un monstre à visage humain. Il s'agit d'une forme grise, piteusement dégonflée sur le sol de trois salles. Elle ne prédit rien de bon pour l'avenir.
Une belle exposition qui, malgré des tonnes de matériaux, demeure légère et ludique. Elle nous plonge dans l'intimité d'un atelier. Celui d'Anish Kapoor.
(www.lepetitjournal.com/Berlin) vendredi 31 mai 2013
Article initialement publié sur vivreaberlin.com














































