Depuis le 20 juin, le C/O Berlin présente ses deux nouvelles expositions photographiques et visuelles. "The Lure of the Image" regroupe les travaux de 14 artistes autour des phénomènes visuels, avec des montages, des vidéos, des installations. "Walter Schels" est quant à elle une rétrospective du travail photographique de l'artiste éponyme, du portrait à la photo de rue, en passant par ses travaux expérimentaux.


Walter Schels : 16° Fische . Retrospective
Le C/O Berlin présente jusqu'au 2 septembre la première rétrospective berlinoise de Walter Schels, photographe allemand né en 1936 à Landshut. Avant de tenir un appareil photo, il travaillait comme décorateur de vitrines à Barcelone, Genève et Toronto. C'est à New York, dans les années 1960, qu'il commence vraiment à photographier, d'abord les gratte-ciels et les rues de Manhattan, puis les visages. De retour en Allemagne en 1970, il se fait connaître par ses portraits frontaux en noir et blanc, fond neutre, lumière plate : Joseph Beuys, Andy Warhol, Angela Merkel, le Dalaï Lama, mais aussi des animaux, des centenaires, des nouveau-nés et des personnes en fin de vie dans des hospices. Il reçoit le World Press Photo Award en 2004. Plus de trois cents œuvres sont réunies ici, dont une large part de travaux expérimentaux menés en parallèle de son œuvre documentaire depuis les années 1960 et jamais montrés jusqu'à présent.

À 90 ans, Walter Schels reçoit enfin sa première rétrospective berlinoise au C/O Berlin. Plus de trois cents œuvres couvrent près de sept décennies d'un travail qui se partage entre deux pôles apparemment opposés : une photographie documentaire rigoureuse et une pratique expérimentale qu'il menait en parallèle, souvent en secret, et qu'on découvre ici pour la première fois dans sa pleine ampleur. On entre dans l'exposition par son travail autour de la photographie de rue en Amérique. Un travail qui, depuis les années 1960 à New York, expérimentait avec la double exposition, le photomontage, la solarisation, les Polaroids ratés qu'il gardait parce que les erreurs lui semblaient plus intéressantes que les réussites.

Ensuite, on rentre dans une des parties majeures de sa carrière : les portraits, format monumental, fond neutre, lumière plate. Schels cherche ce qu'il appelle lui-même le "réglage d'usine par défaut" du visage, l'expression d'avant le sourire. Son travail autour de la transidentité et des personnes impactées est exposé, mais aussi celui autour de Warhol, Joseph Beuys, qui sont photographiés comme si la célébrité n'existait pas. Les animaux ont aussi droit à leurs propres portraits. Photographiés avec la même rigueur frontale que ses portraits humains : un mouton vous regarde comme si vous étiez l'intrus dans le cadre.


The Lure of the Image : quand l'image nous manipule
The Lure of the Image pose une question simple mais déroutante : comment les images qui circulent en ligne nous attirent, nous trompent, nous contrôlent ? Les quatorze artistes réunis ici dans l’exposition ne répondent pas directement. Fils Instagram, filtres de beauté, mèmes, captures pixelisées de forums complotistes, vidéos ASMR, autant de formats du quotidien numérique devenus ici matière à exposition. Le résultat est une traversée un peu étourdissante entre reconnaissance et malaise, où on finit par regarder différemment les images qu'on ingère chaque jour sans s'en rendre compte.
Certaines œuvres sont massives et immersives, d'autres très petites voire même discrètes. On passe d'une salle rouge tapissée de milliers d'images générées, à des photographies minutieusement composées de collages et de montages. L'exposition cherche à rendre visible ce qu'on regarde quotidiennement mais ce qu’on ne voit plus.

© Malo TREHIN
Zoé Aubry, #Ingrid, 2022
Des centaines d’images tapissent les murs, des couchers de soleil, des fleurs, des paysages lumineux, des aurores boréales. Ces images sont celles qui ont remplacé sur internet les photos du corps mutilé d'Ingrid Escamilla Vargas, une jeune femme mexicaine assassinée par son mari en 2020 et dont les photographies, volées par des autorités corrompues, avaient été publiées à la une de plusieurs journaux. Le mouvement de solidarité en ligne avait alors entrepris de noyer ces images dans un flot d'images positives, rendant ainsi les recherches sur son nom impossibles à détourner. Zoé Aubry a collecté et archivé ce geste collectif. C'est l'une des œuvres les plus fortes de l'exposition.


Jenny Rova, A MILF DREAM, My Matches on Tinder, 2024
Dans la salle d’à côté, des photocollages faits main intriguent et nous invitent à nous approcher pour comprendre ce que l'on voit. Jenny Rova s'est inscrite sur Tinder après une longue relation, et a rapidement compris que son profil était catégorisé dans une niche très précise du désir masculin en ligne. Elle a choisi de jouer avec cela au lieu de le subir, en adaptant sa présentation pour attirer précisément ce public-ci, puis en collectionnant les matches obtenus pour en faire des collages. Les corps s'assemblent de façon improbable et les décors se mélangent. On réfléchit, et on repart avec une légère gêne sur les façons dont les gens peuvent se mettre en scène pour plaire à des inconnus sur un écran.


➔ Retrouvez tous les détails des expositions et des évènements associés sur le site du C/O Berlin.
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