Comment passer de l’éco-anxiété à l’action ? À travers des ateliers collaboratifs basés sur les rapports du GIEC, La Fresque du Climat propose une autre manière de comprendre, débattre et agir.


Qu’est ce que l’ONG La Fresque du Climat ?
L’association s'articule autour d'un jeu de vulgarisation scientifique et d'intelligence collective. L’ONG a été créée par un professeur de l'Ecole des Mines et par ses élèves en 2015 pour rendre les informations sur le climat plus accessibles sous un format ludique. En effet, à cette période les informations diffusées sur le changement climatique étaient très anxiogènes, rendant le sujet à la fois omniprésent et difficile à appréhender.
Le principe central des ateliers de la Fresque est l’horizontalité : chacun est invité à contribuer activement, sur un pied d’égalité, à la compréhension et à la discussion des enjeux climatiques.
L'association est-elle très étendue ?
En 2018, l’association commence à se diffuser à l’international. Huit ans plus tard, près de 2,4 millions de personnes ont participé aux ateliers à travers le monde.
Parmi elles, environ 100.000 ont choisi, comme moi, de se former pour devenir animateurs, une opportunité systématiquement proposée à l’issue de chaque atelier.
La Fresque du Climat a aussi lancé un mouvement plus large : un véritable réseau s’est développé, avec par exemple la Fresque de la Biodiversité ou celle du Numérique. Au total, il en existe une centaine, même si elles ne sont pas encore toutes traduites en espagnol.
Ici à Barcelone on a mis en place un festivals multi-fresques à trois reprises, Le Mural Fest
Quel est votre rôle, ici, à Barcelone, pour La Fresque du Climat ?
Arrivé à Barcelone en 2015, j'ai connu l’association en 2018. A partir de ce moment-là, j'ai pris contact avec La Fresque qui était une organisation encore assez restreinte. Avec d'autres membres de l’association, on a ainsi commencé à traduire le contenu en espagnol. Et dans la foulée, je suis aussi devenu coordinateur de l'association.
C'est-à-dire que je dois rendre toutes les ressources accessibles dans la langue du pays mais aussi créer du contenu sur les réseaux sociaux. Tout cela afin de développer une communauté au niveau local.
Vos ateliers ciblent-ils un public en particulier ?
Non, pas spécialement ! L'association s'adresse à toutes les couches de la société : de la société civile aux organisations en passant par les universités et les écoles. Le but est de ne mettre personne de côté ; même ceux qui ne s'intéressent pas forcément au climat à la base.
Dans quel cadre les ateliers se déroulent-ils ?
Les ateliers s’appuient sur les rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Tous les 6 à 7 ans, ces experts mandatés par l’ONU publient des rapports extrêmement détaillés, pouvant atteindre plusieurs milliers de pages, ce qui les rend peu accessibles au grand public.
Les ateliers reposent sur le volontariat. Ils sont publics, totalement gratuits et ont lieu une fois par mois. À Barcelone, on les organise à APocApo, dans le quartier de Poblenou. C’est un lieu vraiment particulier qui ressemble davantage à un laboratoire vivant qu’à un simple espace de travail avec notamment une forêt installée à l’intérieur du bâtiment. Il peut aussi nous arriver d’intervenir dans les écoles pour sensibiliser et inclure les plus jeunes dans la question climatique.
Pouvez-vous résumer comment le jeu permet de se saisir des enjeux climatiques ?
L'atelier dure trois heures et se déroule en petits groupes. Les participants jouent d’abord avec les cartes, dont chacune correspond à un concept lié au changement climatique, basé sur des rapports du GIEC.
Ensuite, les participants font travailler leur intelligence collective pour réaliser une carte mentale grâce aux infos récoltées. Ils peuvent ainsi avoir une vision globale de ce qu’est le changement climatique.
Ils rendent ensuite leur carte plus lisible avec des blocs, des flèches, etc. Cela permet d'avoir un moment un plus plus calme, où les participants digèrent l'information. A l’issue de ce temps, On demande aux participants de nous dire ce qu'ils ressentent face à la crise climatique.
A ce stade de l'atelier, il y a pas mal d’anxiété face aux informations données et justement la deuxième partie tente d’y remédier : on réfléchit à ce qu'on peut faire, ensemble, pour atténuer la crise. Les groupes construisent des scénarios afin d’imaginer comment mieux sensibiliser à cette crise et encourager des changements à notre échelle.
Pour plus d'informations, vous pouvez cliquer ici .
Sur un tout autre sujet, comment l'utilisation de l'intelligence artificielle impacte-t-elle l’humain ?
Je suis aussi coordinateur de la fresque du numérique, c’est une fresque centrée sur l'impact de l'économie digitale (Internet, data centers, IA etc) sur le climat. Aujourd'hui, les émissions de carbone du numérique dans le monde, c’est autour de 4 % des émissions mondiales. Ça équivaut à toute l'aviation mondiale.
L'IA a un impact écologique indéniable, c’est sûr. En plus d'émettre du gaz à effet de serre, elle consomme aussi beaucoup d’eau car les centres de données doivent être continuellement refroidis pour éviter la surchauffe des serveurs. Même si l'intelligence artificielle a beaucoup de potentiel, elle tend à coûter plus qu’elle ne rapporte.
Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui se sentent impuissants face à la crise climatique, quand on sait que 10% des plus riches émettent 50% des émissions de CO2 ?
En effet, les inégalités liées au climat sont effarantes, peu importe les opinions politiques de chacun, on ne peut plus faire l'autruche. Il y a vraiment des inégalités gigantesques qui se reflètent dans l'impact écologique. Quand on fait un atelier, on essaye d’inciter les participants à aller un peu plus loin que les simples éco-gestes. Quand on parle de politique et de collectif, on arrive justement très vite sur ces histoires d'inégalités. Forcément, l’écologie doit être politique.
Pourquoi ne pouvons-nous pas réduire la crise climatique aux émissions de CO2 ?
C'est vrai qu'on entend beaucoup parler des émissions de gaz à effet de serre. C’est nécessaire, mais ce n'est pas suffisant. Si demain on arrête d'émettre du CO2, ça ne veut pas dire pour autant qu'on arrête par exemple la déforestation qui est pourtant le premier facteur d'extinction des espèces animales et végétales.
Quel message cherchez-vous à faire passer ?
Ce qu'on cherche à faire avec la fresque, c'est inviter les gens à avoir une vision plus large. L'écologie est encore trop perçue comme quelque chose de punitif, associé au “moins” : moins de viande, moins de voyages.. alors qu'en fait, c'est plutôt le contraire : ça pourrait aussi rendre les gens plus heureux.
Une étude menée sur 2.000 participants pendant 80 ans a notamment démontré qu’a partir du moment où une personne a atteint un certain seuil de revenus, ce n’est plus le confort matériel qui la comble mais les relations humaines.
L'idée, c'est qu'on s’épanouisse dans notre quotidien.
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