Ce lundi matin, la place de la Sagrada Família n’était pas envahie par les touristes, mais par des centaines d’enseignants et de personnels éducatifs venus manifester pour réclamer de meilleures conditions de travail.


Ces grèves massives, parfois qualifiées d’historiques, touchent désormais l’ensemble de l’enseignement public espagnol. Rien qu’en 2026, 17 journées de mobilisation ont déjà été convoquées à travers le pays.
Salaires trop bas, classes surchargées : pourquoi les enseignants craquent
Ces mouvements traduisent un malaise profond et durable au sein du corps enseignant espagnol. En cause : des salaires jugés insuffisants face à l’explosion du coût de la vie et à une charge de travail toujours plus lourde. Beaucoup dénoncent une rémunération qui ne reflète ni les responsabilités du métier, ni la complexité croissante des missions confiées aux enseignants.
Le deuxième point de friction majeur est la surcharge des classes. L’actuelle répartition dépasse souvent les seuils recommandés, rendant l'enseignement difficile.
Enfin, la précarité du métier reste au cœur des revendications, en particulier dans le secteur de la petite enfance (0-3 ans). Ces professionnels, souvent considérés comme de simples éducateurs plutôt que comme des enseignants à part entière, dénoncent un manque de reconnaissance malgré leur rôle essentiel dans le développement des enfants.
Privés du statut de fonctionnaire et de grilles salariales protectrices, beaucoup enchaînent les contrats courts et les emplois précaires, avec des rémunérations souvent jugées trop faibles.
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Communautés autonomes : le nerf de la guerre
Le salaire des enseignants varie fortement d’une communauté autonome à l’autre. Les syndicats dénoncent des écarts importants : selon le syndicat CSIF, un professeur peut gagner en moyenne jusqu’à 500 euros de moins par mois selon la région dans laquelle il exerce.
Cette disparité s’explique par le fonctionnement très décentralisé du système éducatif espagnol. Ce sont les communautés autonomes qui fixent une partie des compléments salariaux, gèrent le recrutement, définissent les langues d’enseignement et déterminent le budget réellement consacré à l’éducation.
À Barcelone, devenue l’un des épicentres de cette colère sociale, les tensions se cristallisent autour du manque de moyens. Dans une région où la demande de places en maternelle et en primaire a explosé, les enseignants dénoncent un manque de ressources financières pour faire face à l'afflux d'élèves, sachant que la Catalogne est la communauté autonome où les enseignants sont le moins bien rémunérés selon l’UGT( 2024).
Pour ne rien arranger, le dialogue entre les pouvoirs publics et les enseignants semble aujourd’hui dans l’impasse. L’absence de réponses concrètes du gouvernement central et des exécutifs régionaux, malgré des mois de revendications, a progressivement radicalisé le mouvement : blocages routiers, manifestations massives dans les centres-villes et journées de grève à répétition se multiplient.
L’« Accord de pays pour l’éducation », signé en avril 2026 entre le gouvernement central et les deux principaux syndicats nationaux, devait pourtant apaiser la situation grâce à plusieurs concessions. Mais le texte a produit l’effet inverse. Dans plusieurs régions, il a été perçu comme un compromis insuffisant, voire comme une trahison des revendications de terrain.
Des syndicats régionaux influents, comme USTEC-STEs en Catalogne ou ASPEPC dans la Communauté valencienne, ont ainsi pris leurs distances avec l’accord, estimant qu’il ne répondait pas aux réalités locales.
Un fossé s’est alors creusé entre les grandes centrales syndicales nationales, favorables à l’accord, et les organisations régionales qui poursuivent la mobilisation. De nombreux enseignants ont eu le sentiment que leurs revendications spécifiques avaient été sacrifiées au profit d’un compromis politique national, alimentant encore davantage la colère et la poursuite des grèves.
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