Ouvrir une épicerie française à Barcelone en seulement deux mois : c'est le pari relevé par Marine Pannaud avec Casa Gal·la. Dans cette interview, elle partage son expérience, ses conseils et sa vision d'un commerce de quartier tourné vers les habitants.


Est-ce que vous pouvez vous présenter, ainsi que votre parcours ?
Je m'appelle Marine Pannaud, j'habite à Barcelone depuis cinq ans et, il y a six mois, j'ai ouvert une épicerie française, Casa Gal·la.
J'ai fait une école de commerce, puis j'ai travaillé dans le secteur alimentaire. J'ai passé six ans dans la grande distribution chez Mondelez, où j’ai occupé différents postes, notamment cheffe de secteur, responsable de catégorie et responsable d'enseigne.
Une fois installée à Barcelone, j'ai rejoint Ankorstore, une marketplace B2B qui met en relation marques et commerçants indépendants. L'objectif était de simplifier leur quotidien et de faciliter leurs échanges.
Finalement, ces deux expériences étaient assez complémentaires. J'avais envie de réunir tout ce que j'avais appris et tout ce qui me plaisait dans ces deux univers pour créer ma propre boutique. Depuis mon arrivée à Barcelone, c'était un projet que j'avais en tête. Je cherchais vraiment un local dans Gràcia, parce que c'est un quartier où les commerces de proximité sont très vivants et où les habitants ont l'habitude de faire leurs achats.
Entreprendre à Barcelone ne m'a jamais fait peur. C'est une ville très cosmopolite, avec un écosystème entrepreneurial très dynamique.
Pourquoi avoir choisi Barcelone pour entreprendre ?
En réalité, je n'ai pas choisi Barcelone. Je suis venue m'y installer pour suivre mon mari, qui est lui-même entrepreneur. C'est son travail qui nous a amenés ici.
À ce moment-là, j'ai rejoint Ankorstore , où j’ai travaillé quelques années, puis que j'ai quitté il y a un peu plus d'un an. C'est à ce moment que je me suis dit que c'était le bon moment pour me lancer.
Honnêtement, entreprendre à Barcelone ne m'a jamais fait peur. C'est une ville très cosmopolite, avec un écosystème entrepreneurial très dynamique. On y trouve aussi bien de grandes entreprises que des PME et de nombreux indépendants. Le statut d'auto-entrepreneur est également bien développé, ce qui facilite les démarches.
Donc je ne suis pas venue à Barcelone avec l'idée d'y créer une entreprise, mais le fait d'être à l'étranger, en Catalogne, n'a jamais été un frein. Au contraire, je me suis sentie dans un environnement favorable pour me lancer.
L'idée de Casa Gal·la est née d'une opportunité. Je me suis rendu compte qu'il y avait une vraie place pour une épicerie proposant des produits français de qualité à Barcelone.
Comment est née l'idée de Casa Gal·la ?
L'idée de Casa Gal·la est née avant tout d'une opportunité. Je me suis rendu compte qu'il y avait une vraie place pour une épicerie proposant des produits français de qualité à Barcelone. Ce sont des produits qui plaisent à tout le monde : Catalans, Français expatriés, touristes.
Le quartier de Gràcia a aussi beaucoup compté dans cette réflexion. C'est un quartier où l'on trouve de nombreux commerces de spécialités étrangères qui fonctionnent bien. Ça m'a confortée dans l'idée qu'une épicerie française pouvait également y trouver sa place.
Je savais aussi que plusieurs épiceries françaises avaient déjà ouvert à Barcelone et que certaines avaient fermé. Mais cela ne m'a pas découragée. Au contraire, j'ai essayé de comprendre pourquoi. J'ai échangé avec certains de leurs fondateurs, j'ai observé ce qui fonctionnait dans les commerces qui existaient encore, aussi bien les épiceries françaises que les autres épiceries étrangères. C'est en réunissant toutes ces observations que je me suis sentie prête à me lancer.
Est-ce que vous avez rencontré de grosses difficultés lorsque vous avez commencé à monter votre projet ?
Oui, il y a eu beaucoup de difficultés. Quand on se lance dans l'entrepreneuriat, il y a énormément de sujets à gérer en même temps, donc le plus compliqué est de savoir prioriser.
Dans mon cas, il y avait aussi un vrai équilibre à trouver entre l'intuition et la méthode. J'ai visité le local en octobre et j'ai ouvert début décembre. Tout s'est donc fait en seulement deux mois, ce qui est très rapide. Dans ces conditions, il faut forcément faire confiance à son intuition, mais une intuition qui est nourrie par l'expérience.
Bien sûr, il y avait aussi beaucoup d'inconnues : les démarches administratives, les travaux, la logistique, les fournisseurs… Mais je pense que mon expérience professionnelle m'a donné une base très solide. Elle m'a permis de distinguer les décisions qui nécessitaient une vraie analyse de celles pour lesquelles je pouvais simplement faire confiance à mon expérience et avancer.
Qu'est-ce que le plus gros avantage et le plus gros inconvénient d'avoir un commerce à Barcelone ?
Je dirais que le plus gros avantage, c'est qu'il y a très peu de concurrence sur mon activité.
À Barcelone, il existe quelques épiceries françaises, mais très peu avec le même positionnement que Casa Gal·la. Ça me permet de me différencier.
L'inconvénient, finalement, c'est le revers de cette faible concurrence. Comme je suis assez seule sur ce marché, je n'ai pas vraiment de point de comparaison direct. Il n'y a pas d'autre boutique similaire à observer pour voir comment évoluent les attentes des consommateurs.
Du coup, je dois construire mes propres repères. J'analyse beaucoup mes chiffres et je discute énormément avec mes clients. Leurs retours sont précieux et me permettent d'ajuster en permanence mon offre. Aujourd'hui, je gère l'entreprise seule. C'est un vrai défi.
Concernant votre clientèle, s'agit-il principalement de Barcelonais ou plutôt de Français installés à Barcelone qui cherchent à retrouver des produits de chez eux ?
Ma clientèle est majoritairement catalane. Aujourd'hui, je dirais qu'environ 70 % de mes clients sont des Catalans, 20 % sont des Français installés à Barcelone et les 10 % restants sont des touristes ou des clients d'autres régions d'Espagne qui commandent via mon site internet.
Le défi du quotidien, c'est de passer d'une langue à l'autre ! Je travaille en français, en espagnol et en anglais. Je comprends aussi le catalan et je prends des cours pour mieux le parler. C'est important pour moi de continuer à m'intégrer dans le quartier et de pouvoir échanger avec mes clients dans leur langue.
Est-ce que les réseaux d'entrepreneurs vous ont aidée dans la réussite de votre projet ?
Oui, pas mal. Je me suis intéressée à différents réseaux d'entrepreneurs. Je ne suis pas encore arrêtée sur ceux que je rejoindrai durablement, mais j'ai déjà participé à plusieurs événements et rencontré beaucoup de personnes. Ces échanges m'ont énormément apporté.
J'aime beaucoup m'entourer, que ce soit d'entrepreneurs ou de commerçants qui ont déjà créé leur activité. Ils peuvent partager leur expérience, me donner des conseils et des retours concrets sur les problématiques que je rencontre.
D'ailleurs, l'un des meilleurs conseils qu'on m'ait donnés quand je me suis lancée, c'est de ne pas hésiter à demander de l'aide. Quand on entreprend seul, on porte énormément de casquettes et on ne peut pas être expert dans tous les domaines.
Aujourd'hui, je m'appuie autant sur des réseaux d'entrepreneurs que sur mon entourage professionnel. Ce sont souvent des personnes qu'on me recommande et qui ont des compétences complémentaires aux miennes.
Et ce réseau est assez varié. Il y a bien sûr des Français, mais aussi des Catalans et beaucoup d'autres entrepreneurs étrangers qui, comme moi, ont créé leur entreprise à Barcelone. C'est très enrichissant, parce que chacun apporte un regard différent.
Avez-vous toujours eu cette fibre d'entreprendre ?
Oui, j'ai toujours eu cette envie d'entreprendre. C'était quelque chose qui me trottait dans la tête depuis longtemps, mais je n'avais jamais trouvé LA bonne idée. À un moment, je me suis dit que je n'aurais peut-être jamais l'idée révolutionnaire.
Finalement, je me suis rendu compte que ce n'était pas forcément ça qui comptait. Casa Gal·la n'est pas un concept révolutionnaire. En revanche, c'est un projet qui répond à un vrai besoin et qui est encore assez unique à Barcelone.
Donc, lorsque j'ai trouvé cette idée, je n'ai pas hésité très longtemps. Je savais que j'avais les compétences pour la concrétiser et lui donner toutes les chances de réussir.
Des projets pour la suite ?
À court terme, mon objectif est de développer davantage l'activité B2B, c'est-à-dire la vente aux entreprises.
En Espagne, il est très courant d'offrir, en fin d'année, des paniers garnis ou des cadeaux aux salariés. C'est une tradition bien ancrée et j'aimerais que Casa Gal·la puisse proposer ce type d'offres. C'est un projet que je développe dès maintenant pour être prête pour la fin de l'année.
À plus long terme, pourquoi pas ouvrir un deuxième point de vente à Barcelone. La boutique n'a que six mois, mais elle fonctionne déjà très bien, donc c'est une idée que j'ai en tête. J'aimerais rester dans un quartier avec une vraie vie de proximité, comme Gràcia, ou peut-être Poblenou ou Sant Antoni. Ce sont des quartiers où vivent à la fois des Barcelonais et des expatriés.
Ce qui est important pour moi, c'est que Casa Gal·la ne soit pas une boutique tournée vers les touristes. Bien sûr, ils sont les bienvenus, mais ce n'est pas ma clientèle principale. Mon objectif est avant tout de m'adresser aux habitants de Barcelone et de devenir un commerce de quartier.
Un petit mot de la fin ?
Casa Gal·la, c'est un petit coin de France à Barcelone.
Une boutique qui propose des produits français de qualité pour toutes les occasions : pour les familles, les amis, mais aussi pour les entreprises, que ce soit pour offrir un cadeau, organiser un événement ou célébrer un moment particulier.
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