Édition internationale

Carole Delga : « Les Pyrénées doivent être un pont, pas une frontière »

En déplacement à Barcelone le 18 février à l'occasion des Prix Pyrénées, la présidente de la Région Occitanie défend une coopération transfrontalière plus ambitieuse avec la Catalogne. Mobilité étudiante, santé, liaisons ferroviaires, Traité de Barcelone… Face aux blocages politiques et aux tentations de repli, Carole Delga plaide pour une Europe concrète, portée par la jeunesse et les territoires. Rencontre.

Carole Delga Carole Delga
@Leo Arcangeli - Region Occitanie / Carole Delga.
Écrit par Vincent GARNIER
Publié le 1 mars 2026

Le Prix Pyrénées a mis en lumière des projets concrets de coopération (mobilité, santé transfrontalière, éducation). Comment jugez-vous aujourd’hui l’avancement réel de ces projets entre l’Occitanie et la Catalogne depuis votre dernière rencontre avec les acteurs catalans ?

Le Prix Pyrénées montre que la coopération se construit sur des projets concrets : mobilité, santé, éducation… Aujourd’hui, nous voyons des avancées réelles grâce à notre Accord bilatéral avec la Generalitat de Catalunya et à notre coopération au sein de structures telles que l’Eurorégion Pyrénées-Méditerranée (avec les Îles-Baléares en plus) ou encore la Communauté de Travail des Pyrénées. Elles permettent de créent un cadre pour élaborer des projets pour nos jeunes, nos entreprises et toutes les forces vives qui font ensuite vivre cette coopération au quotidien ! L’Ecole IDEM Barcelone, que j’ai eu la chance de visiter et qui est soutenue par la Région et l’Europe pour son campus au Soler dans les Pyrénées-Orientales, en est un exemple : des étudiants venus d’Occitanie y étudient et rêvent de travailler, vivre et créer sans frontière. La jeunesse est notre moteur pour rapprocher nos territoires et créer de nouvelles opportunités. Notre responsabilité, c’est de faciliter et d’amplifier ces échanges. 


Lors de votre intervention sur la cérémonie, vous avez évoqué la transformation des Pyrénées « d’une frontière en un pont » pour les échanges économiques et humains. Quels sont, selon vous, les obstacles institutionnels ou pratiques majeurs qui ralentissent encore cette intégration ?

Oui, c’est une réalité. Les projets de coopération se heurtent encore aujourd’hui à des différences juridiques, administratives ou culturelles. Le GECT Eurorégion, créé il y a 16 ans, a permis de lever certains blocages et de rendre possibles des initiatives concrètes. Le Traité de Barcelone (13 janvier 2023), ratifié par la France en mai 2025 mais pas encore par l’Espagne, illustre la persistance de certains freins : des partis, dont l’extrême droite espagnole, refusent qu’un ministre français ou espagnol participe à quelques Conseils de l’autre État, invoquant une perte de souveraineté. Pourtant, ce traité serait un véritable levier : il permettrait d’œuvrer pour simplifier la vie des transfrontaliers, faciliter la reconnaissance des diplômes, harmoniser les règles fiscales et sociales et fluidifier concrètement tous les échanges économiques, culturels et éducatifs entre nos territoires… Il faut reconnaitre que s’opposer à ce traité est synonyme de repli. 


À Barcelone, vous avez rencontré Salvador Illa. Pouvez-vous nous dire quelles ont été les principales priorités abordées ensemble en matière de coopération transfrontalière et quels engagements concrets en ressortent ?

Avec Salvador Illa, nous avons confirmé nos dossiers stratégiques. D’abord, la mobilité étudiante : permettre à nos jeunes d’étudier, travailler et vivre entre Occitanie et Catalogne doit devenir une réalité encore plus forte. Mais au-delà, tout le développement économique et culturel repose aussi sur des connexions ferroviaires fiables.

La LGV Montpellier-Perpignan est cruciale pour nos voyageurs et pour le corridor méditerranéen, y compris sur le plan de la défense européenne. Mais il est tout aussi urgent de recréer une liaison TGV Toulouse-Barcelone moderne et performante : son absence freine échanges, compétitivité des entreprises, mobilité professionnelle et entrepreneuriat. Nos capitales doivent enfin être reliées dans des conditions dignes de l’Europe.

C’est pourquoi nous avons notamment interpelé la SNCF et la RENFE, chacun sur son périmètre. Notre partenariat avec la Generalitat est clé pour porter ces dossiers auprès de nos deux États et de l’Union européenne. Relier nos territoires et fluidifier les échanges, voilà notre engagement. Je dois en reparler prochainement avec Jean Castex. 

 

Dans un contexte européen marqué par des tensions géopolitiques et des défis économiques, comment percevez-vous le rôle des territoires transfrontaliers comme l’Occitanie et la Catalogne dans la construction d’une Europe plus intégrée et solidaire ?

Le rôle des territoires transfrontaliers c’est de renforcer la solidarité, la compréhension mutuelle, l’ouverture à l’autre et donc aussi de combattre le nationalisme. Mieux se connaître, c’est accepter nos différences et faire obstacle au repli sur soi. Ce n’est pas un hasard si VOX bloque encore la ratification du Traité de Barcelone : ce parti incarne l’ignorance et le rejet de l’autre. Avec la Catalogne, nous créons et soutenons des projets concrets, visibles et utiles pour nos populations. La remise du Prix Pyrénées par la Chambre de Commerce de France en Espagne symbolise cet engagement : la coopération économique, culturelle, éducative et sanitaire et sociale doit être tangible, bénéfique pour nos jeunes, nos territoires et pour toute l’Europe. 

 

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