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Generalitat catalane : Puigdemont peut-il être élu Président ? 

Par Vincent GARNIER | Publié le 21/01/2018 à 21:56 | Mis à jour le 21/01/2018 à 22:02
Photo : Creative Commons SANDRA LÁZARO http://www.eldiario.es/catalunya/politica/Puigdemont-declaracion-independencia-reversible-diferido_0_694331028.html
Carles Puigdemont

Creative Commons SANDRA LÁZARO http://www.eldiario.es/catalunya/politica/Puigdemont-declaracion-independencia-reversible-diferido_0_694331028.html

Suite aux élections du 21 décembre dernier et de la majorité obtenue par le bloc indépendantiste (70 députés sur 135), la Catalogne n'y voit pas forcément plus clair quant au cap qui devrait être pris par ses dirigeants. Ni même sur qui seront, de fait, ces futurs dirigeants.


A commencer parce que peu d'indices permettent actuellement de deviner le nom du futur Président de la Generalitat. Si on sait que c'est a priori la candidature de Carles Puigdemont qui devrait être proposée ce lundi au vote par le bureau du nouveau Parlement, puisque les deux principaux partis indépendantistes, ERC et JxCat se sont accordés sur la question, les modalités de l'éventuelle investiture de ce dernier restent soumises à bien des doutes.

 

Roger Torrent saura-t-il mettre de l’eau dans son vin pour apaiser les tensions ?

 

L'élection de Roger Torrent, 38 ans, député ERC de Gérone, à la présidence du bureau, a constitué une première étape vers la proposition d'une candidature indépendantiste. Le bureau, c'est l'organe chargé de diriger le Parlement catalan, d'organiser le travail parlementaire mais aussi, et la mention est loin d'être anecdotique dans le contexte actuel, d'interpréter le règlement du Parlement. Décrit comme une personne aux fortes convictions politiques mais capable d'ouverture, Roger Torrent saura-t-il mettre de l’eau dans son vin pour apaiser les tensions ?

 

Car Carles Puigdemont, actuellement exilé en Belgique, va devoir défendre sa candidature face aux députés, comme le veut le règlement. Or un retour dans le pays de l'ex Président de la Generalitat est de façon quasi certaine synonyme d'incarcération immédiate. L'idée défendue par son parti d'une présidence à distance pourrait capoter si le président du bureau suit l'avis des "letrados", ces "Sages" du Parlement, qui ont déjà fait savoir qu'une investiture télématique n'aurait à leur sens pas de base légale. Reste donc à savoir si Roger Torrent se plie à leur avis, ou s'il décide de passer outre et accepte un discours d'investiture lu à distance -ou lu par un autre député.

 

Le gouvernement central représenté par Mariano Rajoy et actuel gestionnaire de la région, du fait de l'application toujours d'actualité de l'article 155, et qui devrait prendre fin lors de l'élection effective d'un nouveau Président de la Generalitat, a déjà annoncé qu'il utiliserait tous les recours devant le Tribunal constitutionnel pour contester la validité de cette démarche. Le cas échéant, le niveau de confrontation entre l'Exécutif espagnol et les instances catalanes n'en monterait pas moins encore de plusieurs crans, ce que certains stratèges indépendantistes semblent depuis plusieurs mois considérer favorable à leur cause.

 

La possibilité d'un retour en Espagne de Carles Puigdemont

 

Dans un article publié ce week end sur les différents scénarios liés à la présentation de la candidature de Carles Puigdemont, El Pais évoque la possibilité d'un retour en Espagne de l'intéressé, sa mise en prison, puis la demande de ce dernier d'une permission, pour pouvoir lire au Parlement son discours. Le scénario semble viable, car il existe un précédent, avec le cas du prisonnier de l'ETA Juan Carlos Yoldi, en 1987, souligne le quotidien. Dans cette éventualité, Carles Puigdemont pourrait être élu Président de la Generalitat et se trouver derrière les barreaux. On se doute que dans ce cas, la gouvernabilité de la région est fortement compromise et que le niveau de tension évoqué un peu plus haut atteindrait aussi son comble.

 

L’ancien Vice-président de la Généralitat, Oriol Junqueras est quant à lui toujours en prison, en dépit d'avoir demandé sa libération pour pouvoir exercer ses fonctions. Le 4 janvier dernier, il s’est présenté au tribunal comme "homme de paix, aux fortes convictions religieuses, disposé à entamer 'un dialogue bilatéral' avec Madrid afin de résoudre la crise catalane". Mais cela n’a pas été suffisant pour la justice qui a refusé sa mise en liberté sous caution jugeant qu’il n’avait pas abandonné les ambitions unilatérales de sécession. Au total 8 députés sont absents, parmi eux 3 sont en prison, dont Oriol Junqueras, les autres se sont exilés à Bruxelles avec Carles Puigdemont la veille de leur mise en examen.

 

Or, si l'élection de Carles Puigdemont n'est pas menée à bien, pour les raisons suscitées ou dans le cas où le candidat ne réussissait pas à obtenir la majorité nécessaire à ses fins, il est probable qu'ERC souhaite présenter un candidat alternatif issu du parti, à l'instar de l'ex Vice-président. Là-encore, on peut imaginer sa mise en liberté, le temps d'un discours devant le Parlement, et dans le cas d'une élection de ce dernier, se poser la question des conditions de la gouvernabilité de la région. 

 

Tourner la page et rétablir une relation avec Madrid

 

Face à ces scénarios peu aptes à débloquer la situation, de plus en plus de voix s'élèvent au sein du bloc indépendantiste, défendant le retrait des responsables ayant mené la déclaration unilatérale d'indépendance d'octobre dernier, au profit de nouvelles figures, ce qui permettrait de tourner la page et rétablir une relation avec Madrid, plus axée vers la négociation des conditions de l'autonomie catalane. Le débat d'investiture du candidat qui sera présenté ce lundi doit en tous les cas se clore avant la fin du mois. Et si au terme de deux mois après le premier vote d'investiture les députés n'ont pas réussi à élire un Président, le parlement sera automatiquement dissous et de nouvelles élections convoquées. Le cas échéant, elles se tiendraient au printemps, fin mai, début juin.

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