Face à une récolte exceptionnellement abondante, le gouvernement espagnol impose le stockage temporaire de 12 % de la production d’huile d’olive, soit quelque 188.000 tonnes. Objectif : soutenir les producteurs et stabiliser le marché. Mais l’autorité de la concurrence alerte sur un risque de hausse des prix pour les consommateurs.


Une récolte abondante, des stocks déjà élevés et des producteurs qui redoutent une nouvelle chute des cours. Pour éviter que le marché ne soit submergé, le gouvernement espagnol a décidé de retirer temporairement de la vente 12 % de la production d’huile d’olive de la nouvelle campagne.
La mesure, publiée vendredi 6 novembre 2026 au Boletín Oficial del Estado (BOE), représenterait environ 188.000 tonnes, selon les estimations du ministère de l’Agriculture. L’objectif est de limiter la pression à la baisse sur les prix payés aux producteurs.
Une question, tout de même, soulevée par l’autorité espagnole de la concurrence : en réduisant les quantités commercialisées, cette décision pourrait-elle aussi faire grimper les prix dans les supermarchés ?
Pourquoi l’Espagne retire-t-elle 188 000 tonnes d’huile d’olive du marché ?
La réponse tient d’abord aux perspectives de récolte. Selon les estimations transmises par les communautés autonomes, l’Espagne pourrait produire 1 602 596 tonnes d’huile d’olive en 2026-2027, soit 23 % de plus que lors de la campagne précédente. Si ces prévisions se confirment, ce serait la quatrième récolte la plus importante jamais enregistrée dans le pays.
Le printemps a été favorable aux oliveraies. Des températures relativement douces et des pluies abondantes ont permis une bonne floraison et un développement satisfaisant des fruits, selon le ministère de l’Agriculture.
À cette production attendue s’ajoutent 357.040 tonnes de stocks en début de campagne, soit 23,3 % de plus qu’un an auparavant. Au total, l’Espagne pourrait disposer de près de deux millions de tonnes d’huile d’olive, en additionnant les réserves existantes et la nouvelle récolte. De quoi inquiéter une partie des producteurs. Car une offre aussi importante risque de faire baisser les cours, au moment où les exploitations doivent absorber leurs coûts de production.
Pour limiter ce risque, Madrid active un mécanisme prévu par les réglementations européenne et espagnole, mais encore jamais appliqué dans le pays. Il permet de restreindre temporairement les volumes commercialisés lorsque la disponibilité d’huile atteint un seuil calculé à partir des stocks et des récoltes précédentes.
Comment fonctionne le stockage obligatoire de 12 % de la production ?
La mesure concerne directement les almazaras, les moulins où les olives sont transformées en huile. Chaque établissement devra conserver en stock 12 % de sa production déclarée à partir de novembre 2026. Le calcul portera sur la production mensuelle cumulée pendant la campagne. L’huile produite en octobre, premier mois de celle-ci, n’est pas concernée.
Les moulins pourront stocker les volumes dans leurs installations ou chez des opérateurs extérieurs, et choisir les catégories d’huile qu’ils souhaitent immobiliser. Il ne s’agit donc ni de détruire l’huile ni de la retirer définitivement de la consommation. Les quantités concernées devront simplement rester hors du marché jusqu’au 30 septembre 2027.
Le ministère prévoit un suivi des déclarations et des stocks, avec des contrôles coordonnés au niveau national et réalisés par les communautés autonomes. Le dispositif pourra être réexaminé à partir du 31 décembre 2026, en fonction de la récolte effective et de l’évolution du marché.
Le prix de l’huile d’olive va-t-il augmenter dans les supermarchés espagnols ?
C’est toute la question. Pour le gouvernement, le stockage temporaire doit limiter les variations brutales de prix et protéger les producteurs. Le ministère estime qu’un marché plus stable peut aussi bénéficier aux consommateurs.
Le principe consiste à retenir une partie de la récolte pour éviter qu’un afflux d’huile ne fasse chuter les cours. Les volumes stockés pourront être vendus ultérieurement. Mais la Commission nationale des marchés et de la concurrence (CNMC) se montre plus réservée.
Dans un avis publié le 5 octobre, avant l’entrée en vigueur de la mesure, elle avertissait qu’une restriction de l’offre pouvait entraîner une hausse des prix pour les consommateurs, tout en réduisant la variété et la qualité des produits disponibles.
L’autorité recommandait de mieux évaluer les conséquences du dispositif sur les prix, la consommation et la rentabilité des différents acteurs du secteur. Elle demandait aussi une attention particulière aux ménages les plus modestes. Cet avertissement ne constitue toutefois pas une prévision. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que les bouteilles d’huile d’olive vont automatiquement coûter plus cher dans les supermarchés espagnols.
Entre le moulin et le rayon, les prix dépendent aussi de la transformation, du conditionnement, du transport, des marges commerciales et de la demande. Une évolution des cours à la production ne se répercute donc pas nécessairement, ni immédiatement, sur les étiquettes.
Une décision qui divise producteurs et industriels
Plusieurs organisations agricoles soutiennent le dispositif. Les syndicats COAG, UPA et Asaja y voient un moyen de défendre les prix à la production, alors que certains exploitants estiment vendre leur huile à des niveaux insuffisants pour couvrir leurs charges. Début novembre, les cours de l’huile d’olive vierge extra se situaient autour de trois euros le kilo, selon les données rapportées par El País. Un niveau jugé préoccupant par une partie des producteurs.
Les industriels de l’embouteillage sont beaucoup moins convaincus. L’Association nationale des industriels embouteilleurs et raffineurs d’huiles alimentaires, Anierac, a annoncé son intention de contester la décision par un recours administratif. Elle juge la mesure disproportionnée et redoute des effets négatifs sur la compétitivité de l’huile d’olive espagnole.
Avec l’association des exportateurs Asoliva, elle défend plutôt une stratégie de long terme fondée sur le développement de la consommation, des débouchés internationaux et de la valeur ajoutée. Le désaccord porte donc sur la meilleure façon de soutenir la filière : limiter provisoirement les quantités mises en vente ou chercher à élargir les marchés.
Pour les consommateurs, les conséquences restent incertaines. Le gouvernement entend d’abord soutenir les prix à la production, sans fixer ceux des bouteilles vendues en magasin. Il faudra suivre l’évolution des cours et des prix de détail dans les prochains mois pour mesurer les effets réels de cette intervention.
Sources et cadre réglementaire
Les volumes, les dates et les modalités de stockage proviennent de la résolution du 4 novembre 2026, publiée au BOE le 6 novembre, et du communiqué du ministère de l’Agriculture. Le mécanisme repose sur l’arrêté APA/1145/2026 du 29 octobre. Les risques pour les consommateurs sont exposés dans l’avis de la CNMC du 5 octobre 2026. Les réactions des organisations agricoles et des industriels sont rapportées par El País, le 6 novembre 2026.
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