La 9e édition du « OUI ! », festival de théâtre en français de Barcelone, se tient du 22 janvier au 7 février 2026. Un rendez-vous devenu incontournable pour la création théâtrale contemporaine francophone en Catalogne.


Depuis neuf ans, année après année, Mathilde Mottier et François Vila travaillent avec constance et acharnement pour inscrire le théâtre francophone dans le paysage culturel catalan. Avec un succès public qui récompense tous ces efforts, et qui augure d'une très belle neuvième édition du « OUI ! », jusqu'au 7 février prochain.
Un nouveau rendez-vous qui confirme la place et la dimension de cet évènement, l'un des plus importants festivals de théâtre en français hors des pays francophones, dont la ligne fondatrice est claire : rendre le théâtre contemporain accessible sans jamais renoncer à son exigence, « pour satisfaire à la fois les amateurs et habitués de spectacle vivant, comme ceux qui viennent pour la première fois au théâtre », souligne Mathilde Mottier, cofondatrice du festival ; « Chacun doit y découvrir des nouveautés et avoir envie d'y revenir ». Avec l'ambition de faire circuler les textes, les idées et les regards, au-delà des barrières linguistiques, identitaires et culturelles.
La programmation 2026 ne déroge pas à cette règle ; elle la revendique même avec force à travers un fil conducteur où prédomine la thématique des frontières, qu'elles soient géographiques, intimes, mentales ou linguistiques. Des frontières à traverser pour réaffirmer la vocation, « l'ADN » du festival, parce que « les choses ne sont jamais d'une seule couleur », note le directeur du François Vila : « Il y a des nuances, et avec une nuance, on change déjà de regard ».
Cette réflexion s'incarne dès l'ouverture de cette nouvelle édition du « OUI ! » avec « La Clairière » de Stéphane Jaubertie, création présentée pour la première fois à Barcelone. Issue d'une commande autour de la notion de mur, la pièce s'est élargie à une interrogation plus vaste : « La frontière dans nos façons de penser, de voir l'autre, de le rencontrer », commente Mathilde Mottier. Un projet ambitieux, fruit de plusieurs années de travail, qui donne le ton d'un festival résolument ancré dans son époque.

Le théâtre comme espace politique
Plusieurs spectacles de cette neuvième édition du « OUI ! » assument pleinement la dimension politique et testimoniale du théâtre, incarnée notamment cette année dans l'œuvre très personnelle de Viktor Kyrylov, « Maintenant je n'écris plus en français », qui interroge la langue comme territoire intime et outil de résistance, à partir du vécu d'un jeune Ukrainien confronté à l'explosion de la guerre, alors qu'il étudie en Russie. « En une heure de spectacle, on comprend parfois plus qu'en des dizaines d'heures d'informations télévisées », confie François Vila, soulignant la puissance du témoignage théâtral.
Cette même tension entre engagement et intimité traverse « Pourquoi les gens qui sèment » de Sébastien Bizeau, un spectacle qui explore les difficultés et enjeux de l'engagement citoyen, où se mêlent amour, politique et responsabilité individuelle. Avec un humour qui révèle plutôt qu'il ne dissimule.
À l'affiche également de ces propositions de théâtre contemporain engagé et intime : le « Léviathan » de Gwendoline Detremeau, qui revisite les mythes anciens pour questionner la violence et l'aveuglement contemporains ; Cédric Orain s'intéresse de son côté à l'anxiété chez les adolescents avec son « Journal de Maïa ») ; et Sandie Masson joue la carte de la comédie (« Avec plaisirs ») pour pénétrer et disséquer l'univers du couple... Quelques exemples parmi les neuf spectacles inédits en Espagne présentés cette année, tous surtitrés en catalan ou en espagnol.
Une liberté artistique revendiquée
Au-delà des représentations, le festival « OUI ! » revendique une dimension profondément humaine. Les échanges entre artistes et spectateurs font partie intégrante de cette expérience. « Jouer hors de son territoire, devant un public qui n'a pas les mêmes références, c'est un enjeu énorme pour une compagnie », observe François Vila.
Les discussions organisées après chaque spectacle participent aussi d'une convivialité très appréciée par le public comme par les acteurs, auteurs et metteurs en scène. Cette dynamique de rencontre se prolonge avec le concours de lecture à voix haute, et avec le dispositif Km 0, qui soutient la création locale francophone, notamment à destination du jeune public, comme ce sera cette année le cas avec « Soffio l'écho des livres oubliés », de Hélèna Thuiller et Typhaine Llinars.
Le soutien d'un réseau de fidèles partenaires culturels et institutionnels est également un gage de reconnaissance pour le festival « OUI ! », comme en témoigne - entre autres - la confiance de la municipalité et du théâtre Plaza de Castelldefels, et bien sûr l'appui de l'Institut Français de Barcelone. Des partenariats qui permettent à cet évènement de s'inscrire durablement dans le paysage théâtral catalan (77 pièces inédites présentées en Espagne depuis la création, en 2017 !), tout en conservant une liberté revendiquée.
« On nous fait confiance sur nos choix artistiques, même quand les œuvres sont inconnues », confirme Mathilde Mottier, rappelant que le risque et la découverte font partie intégrante de cette démarche du festival de théâtre en français de Barcelone, conçu comme un espace de dialogue et de réflexion. Un théâtre qui n'entend pas sauver le monde, mais qui, selon les mots de François Vila, « peut aider à mieux le comprendre ».
Retrouvez ici l'ensemble du programme du « OUI ! », festival de théâtre en français de Barcelone








