L’introuvable diamant bleu attise l’impatience de l’Arabie saoudite

Par Eric DESEUT | Publié le 12/03/2013 à 00:00 | Mis à jour le 09/04/2019 à 11:37

En maintenant ostensiblement la porte fermée aux travailleurs thaïlandais, les autorités saoudiennes pressent Yingluck Shinawatra d'activer l'enquête rouverte récemment sur les meurtres liés à la ténébreuse affaire du diamant bleu.

Rien n'y fait ; pas même la pénurie de main-d'œuvre dont pâtit le royaume saoudien après que les Philippines, l'Indonésie et le Sri Lanka ont imposé une meilleure protection légale de leurs ressortissants à la suite d'abus et d'exécutions capitales controversées. Les cerbères du ministère saoudien de l'Intérieur viennent de doucher une nouvelle fois les espoirs des employeurs comme de leurs collègues du ministère du Travail qui espérait pouvoir recruter à nouveau des employés de maison d'origine thaïlandaise. Depuis 1990 le royaume wahhabite ferme ses frontières aux travailleurs immigrés comme aux touristes thaïlandais. Quant aux voyages de ses ressortissants en Thaïlande pour affaires ou raisons médicales, ils sont soumis à des contrôles stricts.

Ce froid diplomatique est directement lié à la complexe affaire dite du diamant bleu dont le scénario imbrique une disparition, plusieurs meurtres et un vol que la Thaïlande est mise en demeure d'élucider. En février 1990 Mohammad al-Ruwaili, un proche de la famille royale saoudienne disparaissait à Bangkok après avoir été interrogé par des policiers thaïlandais. Auparavant trois diplomates saoudiens avaient été abattus à Bangkok. L'enquête menée par le chargé d'affaires saoudien Mohammed Said Khoja conclura qu'ils ont été réduits au silence, car ils avaient retrouvé la trace des fabuleux bijoux volés en 1989 à une princesse saoudienne par un serviteur thaïlandais. Ce butin comprend notamment un rare diamant bleu de 50 carats aussi inestimable qu'invendable.

L'espoir d'une timide éclaircie est apparu en septembre 2012 lorsque les représentants officiels des deux pays s'étaient rapprochés pour la première fois depuis plus de vingt ans en marge d'une assemblée générale des Nations Unies. Une commission d'enquête a même été spécialement formée, qui poursuit la piste d'un des policiers impliqués dans la disparition de Mohammad al-Ruwail. Repéré dans un pays voisin le lieutenant colonel Suwichai Kaewphaluek pourrait ainsi apporter des éléments nouveaux. Las ! Les autorités thaïlandaises débattent encore des possibles modalités de son audition en tant que témoin tout en garantissant son immunité, car ce fugitif est inculpé de meurtre dans un autre dossier. Ce processus aussi long que tortueux exaspère l'Arabie Saoudite qui manifeste aujourd'hui bruyamment son impatience en claquant la porte au nez des travailleurs thaïlandais contre toute logique économique.

E.D. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mercredi 13 mars 2013

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