Les femmes asiatiques au pouvoir : une affaire de famille

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 04/08/2011 à 00:00 | Mis à jour le 20/02/2019 à 05:35
Photo : Victorieuse aux élections du 3 juillet, Yingluck Shinawatra a bénéficié de l'image de son frère pour conquérir une certaine partie de l'électorat thaïlandais (Photo Yann Fernandez)
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La future nomination cette semaine de Yinglick Shinawatra comme Premier ministre de la Thaïlande confirme les dires de certains analystes qui estiment que de nombreuses femmes leaders de pays accèdent au pouvoir grâce à leur nom de famille. Si dans la politique asiatique les femmes sont encore bien trop minoritaires, la tendance semble s'inverser de plus en plus

La première femme Premier ministre de Thaïlande va cette semaine rejoindre la longue liste des femmes leaders en Asie dont le pouvoir vient des liens familiaux. Les analystes estiment que ce phénomène représente une bénédiction mitigée pour l'égalité des sexes. La novice en politique, Yingluck Shinawatra, est passée d'inconnue à heureuse victorieuse des élections législatives en quelques semaines après que son frère, l'ancien Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra, a approuvé sa candidature pour le Puea Thai, assurant aux électeurs qu'elle était son ?clone".

Au pouvoir grâce à la famille

Son ascension fulgurante, qui doit officiellement s'achever cette semaine, fait écho à de nombreuses histoires en Asie, où de nombreuses femmes sont propulsées au pouvoir par leurs noms de famille, et souvent aussi par la mort d'un prédécesseur masculin. L'assassinat d'un mari a vu Sirimavo Bandaranaike du Sri Lanka devenir la première femme Premier ministre du pays en 1960 et, deux décennies plus tard, la venue de Corazon "Cory? Aquino des Philippines sous les projecteurs. En Inde, Indira Gandhi a hérité du pouvoir de son père, Jawaharla Nehru, tout comme la Pakistanaise Benazir Bhutto et l'Indonésienne Megawati Sukarnoputri. Aung San Suu Kyi aurait pu suivre les traces de son père, héros de l'indépendance birmane, mais la junte militaire a refusé la victoire de son parti aux élections de 1990.

Les analystes croient que le phénomène a beaucoup plus à voir avec la prévalence des dynasties politiques dans la région qu'à une amélioration de l'égalité des sexes. Paul Chambers, chercheur à l'Université de Chiang Mai, explique que les femmes traditionnelles asiatiques "ne sont pas censées être des leaders politiques" dans ces régions "machos", à la culture patriarcale. Mais des partis "sous-développés", qui permettent à de riches familles de dominer, ont crée des opportunités pour les femmes, comme dernier recours. "L'hérédité est importante car les leaders de partis font confiance à leurs proches pour garder le pouvoir au sein de la famille. Quand les hommes à la tête d'un parti n'ont pas de successeurs mâles, ils se tournent vers leurs filles", déclare-t-il. Bridget Welsh, professeur associée en sciences politiques à l'Université de management de Singapour, précise que les hommes, comme le mari de Bhutto, Asif Ali Zardari, actuel leader pakistanais, arrivent au pouvoir de la même manière. "Le fait est que ces systèmes sont dominés par les élites, et les hommes, aussi bien que les femmes, accèdent au pouvoir grâce aux élites", indique-t-elle.

Les femmes thaïlandaises, plus business que politique

Les dynasties politiques se trouvent dans d'autres parties du globe, mais l'Asie manque de femmes leaders arrivées au pouvoir d'une façon différente. En Thaïlande, les analystes disent que Yingluck a été aidée par les électeurs attirés par sa féminité, sa jeunesse et son look. Welsh déclare qu'elle sera au final jugée sur ses compétences, ajoutant qu'une fois qu'elles sont au pouvoir, les femmes asiatiques laissent souvent un bilan mitigé.

Yingluck était une femme d'affaires respectée avant d'arriver à la tête d'un pays qui se vante d'avoir le plus grand pourcentage de femmes cadres supérieures dans le monde, selon une recherche effectuée en début d'année par Grant Thornton. Mais sa victoire aux élections, sous le slogan "Thaksin pense, le Puea Thai exécute", a été perçue comme une victoire de son frère, plus qu'un pas en avant pour le féminisme en Thaïlande. La représentation des femmes en politiques est en décalage avec seulement 13% de femmes siégeant à la Chambre basse lors des élections de 2007, selon les chiffres de l'Union interparlementaire (UIP). Selon l'UIP, la moyenne mondiale est de 19,5%, en Asie de 18,3% et de 12,4% dans le Pacifique.

Le sexisme toujours présent

L'apparence peut être un atout pour les femmes politiques, comme quand la presse indienne s'est retrouvée dans un état d'excitation lors de la visite de l'élégante ministre des Affaires étrangères du Pakistan, Hina Rabbani Khar, âgée de 34 ans. Selon le journal indien Navbharat Times, la présence de la jeune femme a eu un impact direct sur les relations entre les deux pays, parmi les plus tendues au monde. La Nouvelle-Zélande et l'Australie ont vu des femmes diriger les deux pays sur leur propre mérite. Mais même avoir une femme leader ne garantit pas l'égalité ou des attitudes libérales. En Australie, où Julie Gillard est Premier ministre, une vague de sexisme a été déclenchée lorsqu'un sénateur a miaulé devant une ministre.

Néanmoins, les choses sont en train de changer dans la région. A Taiwan, la leader de l'opposition est en passe de devenir la première présidente de l'île pour les élections de janvier 2012, sans avoir le soutien d'un prédécesseur de la même famille. "Maintenant qu'ils ont vu des femmes leaders, les électeurs asiatiques sont plus susceptibles d'accepter de plus en plus de femmes politiques. L'avenir est mûr pour un plus grand nombre de femmes en politique en Asie", déclare Chambers.

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