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Hakeem Al-Araibi de retour chez lui après sa libération de Thaïlande

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec AFP | Publié le 12/02/2019 à 00:00 | Mis à jour le 12/02/2019 à 05:51
Photo : WILLIAM WEST / AFP - Le footballeur Hakeem al-Araibi (C) s'adresse aux médias aux côtés de Craig Foster (G), l'ex-capitaine des Socceroos, à son arrivée à l'aéroport de Melbourne le 12 février
Hakeem-Al-Araibi

Le footballeur réfugié politique Hakeem Al-Araibi a finalement quitté la Thaïlande mardi après que Bangkok a mis fin aux procédures d'extradition dirigées contre lui à la demande de Bahreïn, mettant ainsi fin à plus de deux mois de détention angoissante qui a suscité un tollé mondial.

Après 70 jours de détention en Thaïlande, l'ex-joueur de football de l'équipe du Bahreïn Hakeem Ali Al-Araibi est rentré en Australie où il bénéficie du statut de réfugié politique, l'émirat ayant renoncé à sa demande d'extradition.

Le jeune bahreïni a été libéré de prison lundi et a été placé auprès des services de l'immigration avant d’être renvoyé vers l'Australie dans la nuit.

"Nous avons été informés par le ministère des Affaires étrangères du retrait par le Bahreïn de sa demande d'extradition... S'ils ne le réclament pas, nous n'avons aucune raison de le garder ici", a annoncé lundi le parquet thaïlandais.

Un peu après minuit heure locale, mardi (17h00 GMT lundi), le footballeur prenait un vol Thai Airways pour Melbourne.

"C’est une grande victoire pour le mouvement des droits de l'Homme", s'est félicité l'ex-capitaine de la sélection australienne de football Craig Foster, à la tête de la campagne de libération d'Al-Araibi. 

"Tous ceux qui ont consacré leur temps et leurs efforts à mettre fin à cette injustice ont été récompensés", a-t-il ajouté.

Lune de miel en Thaïlande

Hakeem Al-Araibi, 25 ans, ancien joueur de la sélection nationale de football du Bahreïn, avait été condamné en 2014 par contumace à dix ans de prison par la justice de Bahreïn. Il était accusé d'avoir endommagé un poste de police deux ans plus tôt lors de manifestations en marge du "Printemps arabe".

Il a toujours nié les faits, affirmant se trouver à l'époque à l'étranger pour jouer un match, et s'estime menacé dans l'émirat, notamment pour avoir critiqué Cheikh Salman bin Ibrahim Al Khalifa, membre de la famille au pouvoir et président de la Confédération asiatique de football.

Après avoir fui Bahreïn pour échapper aux accusations portées contre lui, il a obtenu le statut de réfugié en Australie.

Mais, à la demande de l'émirat, il a été arrêté à l'aéroport Suvarnabhumi à Bangkok le 27 novembre alors qu'il arrivait en Thaïlande pour passer sa lune de miel.

Il a été placé en détention dans une prison de Bangkok dans l'attente d'une décision de justice relative à la demande d'extradition émanant de Bahreïn. 

Soutien international

Depuis son arrestation, une campagne internationale très médiatisée réclamait son retour en Australie. La Fédération internationale de football (Fifa), le Comité international olympique (CIO) et le Premier ministre australien lui avaient notamment apporté leur soutien.

"Il est bien connu que Hakeem a survécu à la torture à Bahreïn et que ses proches continuent à y être persécutés", avait affirmé Amnesty international.

Les autorités thaïlandaises avaient quand même accepté d'examiner la demande d'extradition et l'affaire avait été renvoyée devant un tribunal pénal de Bangkok.

Début février, ce dernier a rejeté la libération sous caution de l'ancien joueur craignant qu'il fuie le royaume.

Mais lundi, un étonnant revirement de situation s’est produit lorsque le gouvernement de Bahreïn a retiré sa demande d’extradition, a indiqué Chatchom Akapin, directeur général du Département des affaires internationales du bureau du procureur.

Le retrait de la procédure d'extradition intervient au lendemain d'une rencontre à Manama entre le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Don Pramudwinai, et le prince héritier de Bahreïn, Salman ben Hamad Al Khalifa. Ils ont discuté de différentes "zones d'intérêt", selon l'agence de presse officielle de l'émirat.

La Thaïlande remerciée

Le gouvernement australien avait appelé à plusieurs reprises au retour d'Hakeem Al-Araibi et l'affaire est devenue une cause célèbre dans le monde du football. La FIFA a également exhorté les autorités thaïlandaises à intervenir.

L'instance dirigeante internationale du football a remercié lundi la Thaïlande dans une déclaration pour "avoir agi comme il convient" et a déclaré qu'elle espérait que l'athlète "pourrait reprendre sa carrière de footballeur bientôt".

Le Premier ministre australien Scott Morrison, qui avait aussi directement pressé son homologue thaïlandais Prayuth Chan-O-Cha pour obtenir la libération du jeune réfugié, a remercié lundi le gouvernement thaïlandais d'avoir "écouté les problématiques" soulevées par l'Australie.

L'ancien capitaine de football australien Craig Foster, qui menait la campagne #SaveHakeem au sein du monde du sport pour obtenir la liberté d'Hakeem Al-Araibi, a exprimé sa "plus profonde gratitude" pour cette nouvelle.

"Mes remerciements vont à la merveilleuse population thaïlandaise pour son soutien et au gouvernement thaïlandais pour avoir respecté le droit international", a déclaré Foster sur Twitter peu après l’annonce de la libération d’Hakeem.

"Cruel et inhumain"

Kasit Piromya, membre du conseil d'administration du groupe de pression "ASEAN Parliamentarians for Human Rights", a déclaré que le cas Al-Araibi révélait des failles des lois et politiques "dépassées" de la Thaïlande.

"Hakeem n'aurait jamais dû subir cette épreuve", a déclaré Piromya. "Le cas de Hakeem devrait servir d’avertissement pour que les autorités changent leur politique souvent cruelle et inhumaine envers les réfugiés."

Le traitement réservé aux réfugiés en Thaïlande a été examiné de près par la communauté internationale ces dernières semaines.

La Thaïlande n'est pas signataire de la convention sur les réfugiés et nombre d'entre eux sont renvoyés dans leur pays d'origine.

Le royaume a promis un assouplissement de sa politique migratoire après l'affaire Rahaf Mohammed al-Qunun, une Saoudienne de 18 ans que les autorités thaïlandaises ont renoncé en janvier, sous la pression des réseaux sociaux, à renvoyer dans son pays où elle se dit menacée, acceptant qu'elle soit accueillie par le Canada.

Les réfugiés ne seront plus renvoyés dans leur pays "contre leur gré", avait alors assuré le chef de la police de l'immigration, Surachate Hakparn.

Il avait à l'époque précisé que cela ne s'appliquerait pas au cas Al-Araibi car il y avait un mandat d'arrêt à l'encontre du joueur. La notice rouge d'Interpol visant le joueur avait pourtant été levée.

L'annulation par Bahreïn de l'extradition d'Al-Araibi est surprenante et tout porte à croire qu’elle vient de l’entrevue entre Don Pramudwinai et le prince héritier de Bahreïn et des fameuses "zones d'intérêt" dont ils ont discuté.

Un communiqué du ministère des Affaires étrangères de Bahreïn lundi "prend acte de l'arrêt des procédures judiciaires" sans toutefois confirmer le retrait de sa demande d'extradition.

"Le verdict de culpabilité prononcé à l'encontre de M. Al-Araibi reste en place… (Bahreïn) réaffirme son droit à engager toutes les actions judiciaires nécessaires contre (Araibi)", a souligné le communiqué.

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