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FRANCOPHONIE – Yamina Benguigui : "les Chinois nous demandent la recette" !

Par Pierre QUEFFELEC | Publié le 21/10/2013 à 22:00 | Mis à jour le 01/09/2019 à 05:08
Photo : Camille GAZEAU - Au cours de sa visite officielle en Thaïlande, Yamina Benguigui a rencontré trois ministres avant d’inaugurer la nouvelle Alliance française de Bangkokurrir son projet de faire in
Yamina-Benguigui-Thailande

La Ministre déléguée chargée de la Francophonie, Yamina Benguigui semble très confiante pour l’avenir de la langue française dans le monde. Y compris en Thaïlande où le tropisme récent pour une Afrique en forte croissance apparait à ses yeux comme un important atout de circonstance face à une Chine qui peine semble-t-il à s’imposer culturellement. Elle était en visite officielle la semaine dernière. LePetitJournal.com l’a rencontrée

En visite officielle à Bangkok du 14 au 16 octobre, Yamina Benguigui, Ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, a rencontré pas moins de trois ministres : le vice-Premier ministre Pornthep Thepkanjana, le ministre des Affaires étrangères Surapong Towichakchaikul et enfin le ministre de l’Education Chaturon Chaisang, avec lequel une déclaration d’intention a été signée visant au renforcement de la coopération éducative.

C’est la deuxième visite officielle de Yamina Benguigui dans le royaume depuis février, quand elle avait accompagné le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. La ministre et son équipe se sont dits très agréablement surpris par l’accueil que leur ont réservé les membres du gouvernement thaïlandais et par l’intérêt que leurs interlocuteurs respectifs ont manifesté pour la langue française, et la formation linguistique en général.

Direction l'Afrique !

"Il y a une grosse demande pour le français ici", a indiqué Yamina Benguigui, soulignant la relation particulière qu’entretient la Thaïlande avec la langue française. "Il s’agit ici d’une francophonie de choix - la Thaïlande n’a jamais été colonisée, le français ne lui a donc pas été imposé", dit-elle. Yamina Benguigui partage par ailleurs l’enthousiasme de certains hauts fonctionnaires thaïlandais francophones vis-à-vis de l’atout que constitue le tropisme croissant de la Thaïlande pour l’Afrique. "Le continent africain affiche une croissance que personne n’a vue venir et qui intéresse manifestement de plus en plus les Thaïlandais", explique la ministre. Un sommet Thaïlande-Afrique est d’ailleurs en préparation pour la mi-février 2014 à Chiang Mai. Le gouvernement thaïlandais aurait invité, selon des sources d’ambassade, tous les chefs d’Etats des 54 pays africains pour discuter de coopération sur des secteurs tels que la santé, l’agriculture ou encore le tourisme. "Nous serons 800 millions de francophones en 2050, dont 80 % en Afrique(1), il pourra être bon de parler français pour y faire des affaires", insiste Yamina Benguigui.

Les Chinois tirent la langue

Quant à l’omniprésence chinoise dans ces contrées, Yamina Benguigui s’en sert pour illustrer la force culturelle du français. "En Afrique, la Chine est très présente économiquement et rafle des marchés, mais elle n’a pas de prise du point de vue de la langue. Les Chinois qui vont travailler dans les pays francophones ont un vrai problème de langue et doivent passer par le français", dit-elle. Et de raconter la visite d’une délégation chinoise dans ses bureaux pour lui avouer que les centres Confucius ne fonctionnaient pas en Afrique :"Ils sont venus et nous ont demandés la recette du succès du réseau culturel français !".

"La langue française est à un carrefour, elle connait un regain d’intérêt depuis peu", assure Yamina Benguigui, qui souligne que le français commence à être considéré comme une langue économique dans certains pays où elle ne l’était pas, prenant l’exemple, certes facile du Ghana, pays anglophone entouré de pays francophones.

En ce qui concerne le statut de la Thaïlande au sein de l’Organisation Internationale de la Francophonie, la ministre a indiqué que la France soutiendrait toute demande de la Thaïlande pour passer du statut de membre observateur à celui de membre associé, si cette dernière en émettait le souhait. Il semblerait néanmoins que, si l’idée aurait en effet traversé les esprits de nos amis Thaïlandais, le "prix du ticket d’entrée" (engagement financier et autres obligations, ndlr) suscite encore quelques hésitations.

La Francophonie et les femmes

Yamina Benguigui a également rencontré un panel d'une demi-douzaine de femmes francophones et thaïlandaises invitées lors d’un déjeuner pour discuter du 2e Forum mondial des femmes francophones qui se tiendra à Paris en mars 2014. Il y avait notamment l'ancienne ministre de l'Education, le Dr Sirikorn Maneerin, l’artiste française Val, la professeure d'université franco-thaïlandaise Emilie Testard, la femme d’affaires thaïlandaise Sukanya Uerchuchai, qui fut un temps directrice de la chambre de commerce franco-thaïe. "Il s’agit de rassembler des têtes de pont au sein des pays de l’OIF pour monter dans l’espace francophone un formidable réseau de femmes actrices de paix et de sécurité", a expliqué Yamina Benguigui, qui avait appelé à une "révolution civique de la Francophonie", dans une déclaration sur la situation des femmes dans l'espace francophone, à New York le 26 septembre dernier, à l'occasion de la 68éme session de l'Assemblée générale des Nations unies.

Yamina Benguigui s’est donnée pour objectif de faire intégrer le respect du droit des femmes dans les textes fondamentaux de l'OIF. "Je souhaite que soit inscrit dans la charte de l’OIF un article relatif au respect du droit de femmes. L’espace francophone, c’est un ensemble de 77 pays membres de l’Organisation Internationale de la francophonie (OIF), qui partagent une langue commune qui véhicule les valeurs des droits de l’homme, d’égalité et de solidarité. Hélas, dans de nombreux pays les droits des femmes ne sont pas respectés, et j’ai pu constater des atrocités qu’il est intolérable de voir se dérouler dans cet espace".

Voilà plus de vingt ans que Yamina Benguigui cinéaste, réalisatrice et productrice de films documentaires et séries télévisées, œuvre à sensibiliser la société sur le recul du droit des femmes dans le monde. En prenant le poste de ministre de la francophonie, elle entendait donc bien poursuivre ce combat. "Avec mes films, j’ai pu dire. Avec l’engagement politique, je peux agir", avait-elle déclaré au magazine Femina début octobre.

Le premier forum le 20 mars dernier (jour de la Fête de la francophonie) avait réuni 700 femmes à Paris avec pour objectif de faire que les droits de la femme soient le thème central du prochain Sommet de la francophonie, en 2014. Le sommet des chefs d'État francophones, qui se tiendra à Dakar, au Sénégal, en novembre 2014, aura pour thème "Femmes, jeunesse, paix et sécurité".

La ministre a également participé à l’inauguration, le 16 octobre, des nouveaux locaux de l’Alliance française de Bangkok, sous le haut patronage de la Princesse Sirindhorn.

Renforcement de la coopération éducative

Une déclaration d’intention a été signée entre Yamina Benguigui et le ministre de l’Education Chaturon Chaisang visant au renforcement de la coopération éducative. Cela porte sur un programme de formation de 60 enseignants thaïlandais de français en 4 ans (15 par an) qui comprendrait un an de formation au sein d’institutions pédagogiques thaïlandaises, un passage de deux mois par l’Alliance française avant le stage final de deux mois en France avec logement chez l’habitant pour une immersion totale. Cette décision intervient alors qu’environ un quart des effectifs d’enseignants thaïlandais de français sont sur le point de partir en retraite. La Thaïlande compte un peu plus de 900 enseignants de français. "Nous avons quatre ans pour préparer la relève", nous a confié la ministre, ajoutant qu’elle envisageait de s’inspirer du modèle du programme intitulé "100.000 professeurs de français pour l’Afrique" destiné à former par le biais du réseau culturel français des professeurs qui seront eux-mêmes formateurs. "Ce problème des départs massifs de professeurs à la retraite est un problème que je vais souligner à Paris car cela doit très certainement se produire aussi ailleurs. Je n’avais pas imaginé que le programme "100.000 professeurs de français pour l’Afrique" serait à faire ici", a déclaré la ministre aux journalistes francophones, soulignant l’intérêt particulier qu’y a porté le ministre thaïlandais de l’éducation, Chaturon Chaisang.

La francophonie de la Thaïlande

En 2013, l’OIF recense 562.000 francophones en Thaïlande (soit 0.8% de la population, contre 0.7% au Vietnam, 3% au Cambodge et au Laos).
Un peu plus de 40.000 Thaïlandais apprennent aujourd'hui le français.
Il y a aujourd'hui un peu plus de 900 enseignants de français

LIRE AUSSI
Notre interview le 1er février 2013 de Jérémy Opritesco, Conseiller pour la coopération et l'action culturelle

VOIR AUSSI
Le site Internet de l'OIF
www.francophonie.org

La page Facebook de Yamina Benguigui
www.facebook.com/yamina.benguigui

Le site Internet Terriennes, "le site francophone pour la condition des femmes dans le monde"

Pierre QUEFFELEC mardi 22 octobre 2013

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Pierre QUEFFELEC

Originaire du sud de la France, il fait ses premières armes dans le journalisme avec la Nouvelle République des Pyrénées en 1996. Arrivé en Thaïlande en 2004, il est en charge des opérations du bureau de Bangkok depuis janvier 2006.
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