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DROITS DES FEMMES - Encore un long chemin pour l’égalité des sexes

Par La rédaction de Bangkok | Publié le 07/03/2016 à 23:00 | Mis à jour le 20/02/2019 à 05:13
Photo : Jean-Louis DUZERT
Femme Thailandaise

La journée internationale de la femme est l'occasion de se plonger ou replonger dans l'histoire de la Thaïlande mais aussi des pays francophones pour faire un point sur les droits acquis au niveau de l'égalité des sexes.

Dans son rapport annuel sur les égalités entre les sexes, le Programme des Nations Unies pour le Développement classe la France en 13ème position et la Thaïlande en 76ème sur 155 pays. La Suisse, la Belgique et le Canada sont respectivement à la 2ème, 8ème et 25ème place. La Thaïlande est-elle pour autant en retard par rapport à la France ?

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Le Festival du Féminin s'invite à Bangkok

La femme sera à l'honneur les 17 et 18 mars à Bangkok lors du Festival du féminin qui se tiendra à l'hôtel Anantara Bangkok Riverside. Cet événement dédié et réservé à la femme nous vient tout droit de France. Pendant deux jours, une trentaine d'ateliers consacrés à l'épanouissement et au bien-être de la femme seront animés par des expertes venues d'Europe, d'Amérique et d'Asie.

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Quelques chiffres clés

Suite à l'abolition de la monarchie absolue en 1932, le droit de vote est accordé aux hommes et aux femmes en même temps. En France, si le suffrage universel est accordé aux hommes en 1848, il faut attendre 1944 pour que les femmes puissent voter. La Belgique suit de peu la France en leur accordant le droit de vote en 1948 tandis qu'en Suisse ce droit n'existe que depuis 1971. En revanche, en Thaïlande, il faudra attendre 17 ans avant de voir la première femme, Orapin Chaiyakan, siéger au Parlement en 1949 et 2011 pour voir une femme, Yingluck Shinawatra, Premier Ministre. Pour autant de nos jours, les femmes thaïlandaises en politique ne représentent que 6% contre 25% en France.

En 1927, pour la première fois, 7 femmes sont admises à l'université de Chulalongkorn, longtemps cantonnées à la maison, l'éducation des jeunes filles n'était pas une priorité et encore moins une obligation. En France, l'école primaire est rendue obligatoire pour les filles en 1880 (1914 en Belgique) et si l'accès à l'université ne leur était pas interdit, il a fallu attendre 1924 et l'instauration d'un baccalauréat commun entre les filles et garçons pour que les femmes aient accès à l'université, accès qui leur était refusé jusque là parce qu'elles n'avaient pas le diplôme requis. Aujourd'hui, 35% des thaïlandaises ont au minimum un diplôme de l'école secondaire (40% chez les hommes), tandis que le pourcentage monte à 75% des françaises et 80% des français ont leur bac.

Du côté de la population active, en Thaïlande, les femmes représentent 64,3% de la population contre 80,7% des hommes tandis qu'en France elles ne sont que 50,7% pour 61,6% des hommes. Selon un rapport annuel du groupe Grant Thornton qui s'intéresse à la situation des entreprises privées dans 39 pays du monde, la Thaïlande compterait 45% de femmes au sein des équipes de direction. Le royaume se positionne ainsi à la première place mondiale, suivi par la Géorgie avec 40%, et la Russie qui en compte 36%. La moyenne mondiale est de 20%. En France, les femmes sont représentées à hauteur de 21%.

Des inégalités à différents niveaux

Pourquoi une telle différence de classement dans le rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement ? Pour définir l'égalité des genres, l'étude prend en compte la sexualité, les présences des femmes au niveau politique et dans le milieu professionnel. Si la Thaïlande est dans le haut du classement pour l'intégration des femmes dans le milieu professionnel, la situation est moins glorieuse dans le domaine de la vie privée.

Alors que les jeunes Thaïlandaises sont rapidement éduquées à avoir des responsabilités dans la conduite de la famille et la gestion de l'argent, la question de la vie sentimentale et sexuelle reste en revanche complètement taboue. La question du droit à l'avortement reste toujours illégale en Thaïlande même si la grossesse peut avoir des conséquences mortelles pour la mère ou si elle résulte d'un viol (Sur 100.000 femmes, 26 meurent en couches en Thaïlande pour seulement 12 en France). Le rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement prend aussi en compte e nombre de grossesses précoces chez les adolescentes, qui en Thaïlande représente près de 20% des adolescentes entre 15 et 19 ans.

Le tabou qui entoure la sexualité peut aussi pousser les femmes à passer sous silence les cas de violence conjugale. "Il semble toutefois que le nombre de celles qui attaquent leur mari en justice soit en augmentation ces derniers temps. Et sur le plan légal, les femmes sont traitées de manière bien plus équitable qu'auparavant", notait déjà en 2009 Sirirath Adsakul enseignante en sociologie à l'université de Chulalongkorn (lire notre article). Les femmes peuvent être propriétaires au même titre que les hommes. La possibilité de divorcer à l'amiable a été introduite.

Et quand en plus, le Premier Ministre Prayut Chan-ocha, lui-même, n'hésite pas à renvoyer les femmes à la maison en insistant sur leur rôle "premier" : faire des enfants! "Tout le monde dit que nous devons créer la justice. Hommes et femmes doivent avoir les mêmes droits et peuvent faire les mêmes choses. La société thaïlandaise se détériorera si vous pensez de cette façon. Le rôle des femmes est la maternité?. Une allocution passée presque inaperçue comme le pointe la journaliste Sanitsuda Ekachai dans son éditorial du Bangkok Post du 3 février dernier et qui comme elle le souligne ?montre qu'on est encore loin d'une égalité entre les hommes et les femmes?.

Catherine VANESSE mardi 2 février 2016

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