Mardi 1 décembre 2020

COVID-19 - Infections, dépistage et traitement: le point du Dr Lalande

Par Catherine Vanesse | Publié le 04/03/2020 à 00:00 | Mis à jour le 04/03/2020 à 10:09
Photo : Courtoisie Dr Gérard Lalande
Dr Gerard Lalande

Le waï semble le moyen le plus hygiénique pour se saluer, pourtant il ne justifie pas la différence entre le nombre de cas d’infections en Europe par rapport à la Thaïlande. Le Dr Gérard Lalande fait le point sur les moyens mis en place pour dépister le virus, les protocoles en cas d’infection et les traitements possibles.

Alors que le nombre de personnes infectées par le Covid-19 ne cesse de croître en Europe, la Thaïlande a désormais placé la France sur la liste des pays à risque aux côtés de la Chine, Hong Kong, Macao, Taiwan, Corée du Sud, Japon, Singapour, Italie, Iran et Allemagne.

Pour tenter de comprendre pourquoi le virus semble se propager plus vite en Europe qu’en Thaïlande et pour en savoir plus sur les moyens de dépister le virus, le protocole en cas d’infection en Thaïlande et les traitements possibles en sachant qu’un vaccin ne verra probablement pas le jour avant plusieurs mois, Lepetitjournal.com a interrogé le Dr Gérard Lalande, médecin français basé à Bangkok, directeur de la société CEO Health et auteur d’un livre sur les problèmes de santé spécifiques à l’Asie.

Lepetitjournal.com/bangkok : Aujourd’hui, le nombre de personnes infectées par le Covid-19 évolue assez peu en Thaïlande alors que d’autres pays comme l’Italie connaissent de plus en plus de cas, qu’en pensez-vous ?

Dr Gérard Lalande : L’une des raisons évoquées serait le plus grand nombre de tests qui ont été réalisés en Italie en comparaison avec les pays européens avoisinants. Ainsi les médecins italiens ont-ils peut être diagnostiqué des personnes qui ne l’auraient pas été ailleurs. 

Par ailleurs, il y a eu certainement un plus grand nombre de cas importés dans le nord du pays dont le diagnostic a été fait tardivement ce qui aurait pu faciliter une transmission insoupçonnée et conséquente du virus. Les très nombreux cas italiens restent néanmoins mal expliqués à ce jour.

Y a-t-il un manque de contrôle de dépistage dans certains pays ?

Le dépistage doit répondre à une logique médicale et économique. Il n’est pas réellement possible de réaliser ce type de tests sophistiqués à toutes personnes, compte tenu du coût et des moyens techniques et humains nécessaires. Ceci dit, afin de répondre au mieux à la propagation de l’épidémie, la plupart des pays ont mis en place une stratégie en lien avec les recommandations de l’OMS, mais aussi en fonction de leurs moyens disponibles. 

En Thaïlande, les autorités ont pratiqué ces tests en fonction des cas identifiés lors des nombreux contrôles réalisés dans les aéroports et les ports ainsi que sur les cas référés par les hôpitaux et les hôtels. Le protocole actuel avec analyse de sang et tests rhinopharyngés et nasaux est immédiatement activé pour des personnes présentant des symptômes évocateurs et revenant de l’une des zones à risque (liste qui évolue de jour en jour et qui inclut actuellement, Chine, Hong Kong, Macao, Taiwan, Japon, Singapour, Corée du Sud, Iran, Italie, Allemagne et France) ou ayant été en contact avec un patient suspect ou infecté. Au premier mars 2020, sur plus de 3.250 cas remplissant les critères de suspicion, 43 personnes infectées par le Covid-19 ont été confirmées en Thaïlande.

Pourrait-on craindre plus de cas en Thaïlande que ceux annoncés par les autorités ?

Il est bien évidemment possible qu’un certain nombre de cas présents ne soient pas encore détectés par les services thaïlandais de la santé. Il est aussi concevable que des personnes peu symptomatiques n’ont pas été consulter et ainsi ne soient pas identifiées.

À l’inverse, il semble peu envisageable qu’un nombre important de malades – quelques centaines voire milliers supplémentaires, puissent être “non comptabilisés” par les autorités. 

L’épidémie de coronavirus actuelle, comme toute menace sanitaire majeure, est une préoccupation tout autant nationale qu’internationale. Depuis l’épisode du SRAS en 2003 pendant lequel les premiers cas ont été communiqués bien trop tardivement aux organisations de santé, la transparence concernant la déclaration des cas positifs identifiés est devenue une règle honorée par l’immense majorité des nations.

Par ailleurs, dans un contexte local où les réseaux sociaux sont particulièrement réactifs, il apparaît très peu probable que les chiffres annoncés par les pays d’Asie du sud-est soient significativement écartés de la réalité.       

Quel est le protocole de prise en charge des patients français en Thaïlande ?

La prise en charge en France et en Thaïlande est totalement différente. En France, il est recommandé de ne pas se rendre à l’hôpital ou chez son médecin généraliste. Il faut contacter le 15 – numéro d’urgence médicale nationale - et le médecin régulateur du SAMU va évaluer la situation, puis dépêcher les moyens appropriés à chaque cas. 

En Thaïlande, il n’y a pas de système centralisé des urgences médicales. La recommandation est de consulter dans un l’hôpital, peu importe qu’il soit gouvernemental, universitaire ou privé car tous ces établissements suivent le même protocole d’évaluation et de prise en charge du risque d’infection au Covid-19 mis en place par le ministère de la santé publique. 

Si vous présentez des symptômes évocateurs (fièvre, toux et éternuements, mal de gorge, difficultés respiratoires, fatigue excessive, diarrhée et vomissements) et que vous vous êtes rendus dans une zone à risque, vous serez pris en charge par du personnel entraîné et mis en salle d’isolement afin de prévenir des contaminations. Des tests, sanguins et écouvillonnages (dans le nez et la gorge), seront effectués selon des directives précises. Si les résultats sont négatifs pour le Covid-19, vous serez, le cas échéant, traité dans ce même hôpital et vous devrez rester à votre domicile au moins 14 jours après la date de retour en Thaïlande. Si les résultats sont positifs, vous serez alors transféré et pris en charge dans l’un des hôpitaux habilités pour le Covid-19. 

Est-ce que certaines habitudes culturelles pourraient influencer la propagation du virus ? 

On sait que les mains contaminées par le toucher ou par la projection de gouttelettes de toux ou d’éternuement émises par des malades sont l’un des modes de transmission de l’infection du Covid-19. De plus, la contamination semble nécessiter des contacts fréquents et rapprochés. 

Ainsi, les contacts «chaleureux» avec embrassades multiples chers aux Italiens en particulier, représentent un risque infectieux bien plus conséquent que la méthode thaïlandaise du waï, de loin la plus hygiénique. À l’inverse, le partage du même plat avec ses propres couverts lors des repas traditionnels asiatiques est un comportement susceptible de favoriser des contaminations.  

Aujourd’hui, quels sont les traitements efficaces ?

Pour le moment, il n’existe pas de traitement contre le Covid-19 dont l’efficacité a été évaluée scientifiquement et donc acceptée par les sociétés savantes. De très nombreuses études sont bien sûr en cours. Dans un premier temps, la logique est de tester des molécules existantes qui ont un effet thérapeutique connu sur d’autres virus. Certaines équipes évaluent des antirétroviraux, médicaments utilisés dans l’infection au VIH, associés ou non à d’autres molécules à profile antiviral.   

Outre les antiviraux, la chloroquine, est un médicament bien connu, utilisé de longue date pour la prophylaxie du paludisme. Une équipe chinoise a évalué ce médicament chez des patients infectés par le Covid-19 et des bons résultats auraient été obtenus. 

Bien sûr, la mise au point d’un vaccin est intense dans plusieurs pays. Néanmoins, le temps de développement, c’est-à-dire, la confirmation d’une efficacité suffisante associée à une très bonne tolérance (absence d’effets secondaires), nécessitera de longs mois de recherche.   

catherine_vanesse-LPJ-Bangkok

Catherine Vanesse

Installée en Thaïlande depuis 2013 après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine a collaboré avec des médias francophones locaux avant de devenir co-rédactrice en chef pour Lepetitjournal.com Bangkok (et correspondante RTL Belgium)
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