Nord Thaïlande : Derrière le tourisme, la réhabilitation de l’éléphant

Par La rédaction de Bangkok | Publié le 08/05/2008 à 02:00 | Mis à jour le 15/07/2022 à 04:36
Photo : Pierre QUEFFELEC - Le Thai Elephant Conservation Center accueille chaque année des touristes venus du monde entier pour des stages de trois jours
Centre-Elephants-Lampang

Bénéfique pour l'éléphant, ludique pour les enfants, le Thai Elephant Conservation Center est bien plus qu'un simple complexe touristique. Le centre utilise le tourisme comme terreau financier afin de réhabiliter l'éléphant dans la société thaïlandaise et ainsi sauvegarder l'espèce

Perdu dans une nature verdoyante à 35 kilomètres au nord de Lampang, le Thai Elephant Conservation Center est un véritable havre de paix pour l'éléphant.

Créé en 1993, le centre compte 70 éléphants, recueillis ou nés sur place, et fonctionne avec une centaine d'employés répartis sur trois secteurs : l'Hôpital pour éléphant, le centre de formation des mahouts (dresseurs), et la partie touristique destinée à émerveiller et sensibiliser les nombreux visiteurs dont les droits d'entrée contribuent à faire vivre le centre.

Chaque jour, le Thai Elephant Conservation Center propose en effet des spectacles impressionnants et amusants qui révèlent les extraordinaires capacités de l'éléphant ainsi que l'étroite complicité qu'il peut entretenir avec le mahout.

Les duos s'adonnent notamment à des démonstrations de force en poussant, roulant et soulevant des troncs d'arbres. Les spectacles sont également le lieu d'exploits sportifs, avec du tir au but ou encore de l'équilibrisme. Certains mahouts vont même jusqu'à mettre un pinceau dans la trompe de leur compagnon pour réaliser une peinture? figurative !

Des soigneurs d'éléphants mobiles

C'est d'ailleurs un mahout qui à développé le Thai Elephant Conservation Center. Prasop Tipprasert a consacré toute sa vie au majestueux pachyderme. Alors que la place de l'éléphant dans le monde des hommes était de plus en plus remise en question (voir encadré), Prasop a su trouver dans le filon touristique, un terreau pour ce refuge et aussi un formidable tremplin pour la réhabilitation du pachyderme.

En plus des soins prodigués aux 70 locataires permanents, les recettes du parc touristique, agrémentées d'une aide gouvernementale, permettent au Thai Elephant Conservation Center d'assurer l'hospitalisation de dizaines d'éléphants chaque année. Le centre s'est même doté de deux unités mobiles d'intervention, la Mobile clinic team et la Rescue team. Composées d'une dizaine de spécialistes chacune, ces équipes interviennent dans tout le pays chez les particuliers ayant des problèmes avec leur éléphant. "Aujourd'hui ces unités ont acquis une véritable notoriété et l'on fait appel à elles chaque semaine"confie Prasop.

La thérapie : le nouvel avenir de l'éléphant thaïlandais

Toujours en quête de moyens pour réintégrer l'éléphant dans la société thaïlandaise, Prasop Tipprasert a lancé il y a deux ans un programme de recherche en collaboration avec l'université de Chiang Mai sur la thérapie des enfants autistes grâce aux éléphants. "L'éléphant est un animal sensible, doté d'une intelligence particulière. A son contact, les enfants autistes dépassent leur peur et se libèrent", explique Prasop. La réhabilitation de l'éléphant thaïlandais semble donc sur la bonne voie. Mais Prasop Tipprasert et les 102 personnes de l'équipe du Thai Elephant Conservation Center entendent poursuivre le combat pour ouvrir de nouvelles perspectives pour leur protégé. "Il faut aussi penser à l'environnement naturel de l'éléphant, ce qui permettra de préserver le peu d'éléphants sauvages qui restent en Thaïlande", souligne Prasop. Selon l'association ElefantAsia, il resterait environ 1.500 éléphants à l'état sauvage en Thaïlande et 2.700 domestiqués.

Aurélien BARBIN jeudi 8 mai 2008

The Thai Elephant Conservation Center
Wiang Tan (30 km de Lampang), Hang Chat, Lampang 52190
Tel: 0 5424 7871-6, 0 5422 8108       
www.thailandelephant.org

Retour sur les origines du centre
Au début des années 90, Prasop Tipprasert constate que l'éléphant n'a plus sa place dans la société thaïlandaise : utilisé à l'origine pour les travaux en forêt, l'éléphant subit de plein fouet la destruction de son environnement naturel et la mécanisation de l'industrie forestière. Prasop va alors utiliser le tourisme comme tremplin pour réhabiliter l'éléphant. "Ce que j'ai voulu faire avec ce centre, c'est intégrer l'éléphant dans la société thaïlandaise moderne"explique Prasop. "Dresser les éléphants pour en faire une activité touristique était une excellente solution pour récolter des fonds et leur trouver des alternatives". Dès les premières années, l'école de mahouts est créée;c'est la première du pays. Ce centre de formation au dressage démarrera avec une base de 40 éléphants récupérés et soignés à l'hôpital, infrastructure à l'origine du centre. Au fil des années, le parc touristique se développera, connaissant un succès rapide. Aujourd'hui, le Thai Elephant Conservation Center accueille 120.000 à 150.000 visiteurs par an. Dorénavant c'est le touriste qui viendra à l'éléphant et non l'inverse.

Un dressage dans les règles
Prasop veut nuancer les idées reçues qui font du dressage des éléphants une pratique barbare "l'éducation d'un éléphant est parfois un peu dure, mais elle n'est jamais violente, dit-il, dans notre centre, il n'y a que des professionnels et ils considèrent les éléphants comme leurs propres enfants. Son éducation est d'ailleurs comparable à celle de l'homme,"explique Prasop. Le dressage commence généralement vers l'âge de trois ans. "Il ne faut pas séparer trop tôt l'éléphanteau de sa mère car il apprend les bases du dressage à ses côtés."Il y a deux mahouts par éléphant. Un professionnel et son assistant, qui après 4 ans d'apprentissage aura son propre éléphant. "Il y a des gens qui ne savent pas faire alors il utilise la force, souligne Prasop, il faudrait d'abord éduquer certains dresseurs avant les éléphants", plaisante le mahout.

Deux hôpitaux pour une passion
Le Thai Elephant Conservation Center est voisin de la fondation Friends of the Asian Elephant (FAE) qui accueille gratuitement les éléphants malades ou blessés de toute l'Asie du sud-est et leur prodigue des soins médicaux. Bien que situés sur le même site, les deux organismes sont pourtant complètement indépendants. "La FAE est le premier hôpital pour éléphant à avoir été crée dans le monde, explique Prasop, il est très respecté par les amoureux de l'éléphant". Créée en 1993 par une jeune Thaïlandaise, Soraida Salwal, la FAE est un organisme privé qui ne propose aucune attraction touristique. "Nous partageons le même parc pour la tranquillité et le bien être de nos éléphants, confie Prasop, nous ne sommes pas concurrents puisque nous défendons la même cause : la sauvegarde de l'espèce". La FAE indique sur son site Internet avoir sauvés 2.265 pachydermes depuis sa création.
Site officiel de la FAE

0 Commentaire (s) Réagir
À lire sur votre édition locale