Jeudi 24 juin 2021

Où en est la communauté française de Thaïlande dans la crise du Covid?

Par Catherine Vanesse | Publié le 13/05/2021 à 02:28 | Mis à jour le 17/05/2021 à 00:38
Photo : Reuters
Touriste-Thailande-Coronavirus

En quoi l’épidémie de Covid-19 et ses conséquences économiques ont-elles modifié la carte de la communauté française de Thaïlande? Lepetitjournal.com fait un premier point d’ensemble

Plus d’un an après le début de l’épidémie du coronavirus et alors que la Thaïlande connaît une troisième poussée épidémique, les mesures économiques et les restrictions de voyages continuent d’affecter la communauté française en Thaïlande avec des conséquences différentes selon les catégories de la population. 

Lepetitjournal.com a interrogé le consul de France à Bangkok, les consuls honoraires, les conseillers consulaires et plusieurs présidents d’associations de Français en Thaïlande afin de faire un tour d’horizon pour tenter d’établir un profil de la communauté. 

“Dans l’ensemble, la communauté est stable entre ceux qui partent de Thaïlande et ceux qui arrivent. Nous estimons que l’ensemble de la communauté s’élève entre 30.000 et 35.000 personnes. La seule différence par rapport à la situation avant le Covid-19 est qu’il n’y a plus de touristes”, commente Christophe Hemmings, consul à l’ambassade de France à Bangkok.

Nombre d’inscrits stable

Selon les registres de l’ambassade de France en Thaïlande, il y avait 13.029 Français inscrits au consulat au 30 avril 2021, soit une augmentation de 0,88% par rapport aux 12.915 inscrits l’an dernier. En 2020, le nombre d’inscrits avait augmenté de plus de 23% par rapport à 2019. 

Une augmentation qui peut s’expliquer en partie par la nécessité de s’inscrire pour bénéficier des aides sociales de l'ambassade régulières et exceptionnelles. Au 5 mai par exemple, un budget de 46.468 euros a été attribué à quatre associations pour aider les Français en difficulté. Des bourses scolaires ont été accordées à 261 familles, parmi lesquelles 53 familles faisaient une demande de bourse pour la première fois. 151 personnes ont bénéficié du secours occasionnel de solidarité (SOS), une aide sociale ponctuelle de 126.61 € pour le foyer et 84.41 € par enfant à charge.

Néanmoins, l'écart entre le nombre d’inscrits et la population estimée (du simple au triple) permet difficilement d’évaluer l’impact de la crise du Covid-19 sur l’ensemble de la communauté française de Thaïlande.

De manière générale, la communauté peut se diviser en trois catégories : les retraités, les touristes et les personnes actives : entrepreneurs, salariés, travailleurs indépendants, professeurs, etc. Le pays peut également être divisé en deux grandes zones avec Bangkok, qui représente la majorité des inscrits et dont la population est plus jeune, généralement active et qui reste pour des périodes plus courtes. La région de l’Isan se compose majoritairement de retraités tandis qu’à Phuket, Samui et Chiang Mai, il y a un mélange de retraités et d’entrepreneurs. 

Phuket perd un tiers de ses Français

L’absence ou la quasi-absence de touristes depuis la fin du mois de mars 2020 affecte une grande partie de l’économie de la Thaïlande. Avant la crise du Covid-19, le tourisme représentait près de 20% du PIB. Agences de voyages, hôtels, restaurants sont autant d’activités mises à mal ces derniers temps, en particulier dans les zones fortement dépendantes du tourisme comme Koh Samui ou Phuket.

A Phuket, la population française est estimée à 3.000 résidents pour 1.085 inscrits. Selon le consul honoraire de Phuket, Claude de Crissey, un tiers des Français auraient quitté la péninsule. “Je dirais qu’il y a 1.000 retraités et pour eux il n’y a pas de problèmes existentiels. Pour le reste, on retrouve des salariés dont une partie a perdu son boulot parce qu’ils travaillaient pour de grandes entreprises. Ceux-là ont souvent eu des compensations, ils ont bougé ailleurs en Thaïlande ou sont rentrés. Ensuite, il y a les petits entrepreneurs, les propriétaires de restaurants, de guesthouses, etc. Certains sont partis très tôt, dès le début de la crise, d’autres ont voulu attendre et là, avec la troisième vague, certains n’ont même plus de quoi payer un billet de retour pour la France!”, explique Claude qui est également le président de l’association Bonjour Phuket. 

Si Koh Samui se retrouve dans une situation similaire à celle de Phuket, le consul honoraire Alexandre Caporalli préfère ne pas avancer de chiffre sur le nombre de personnes qui auraient quitté l’île, d’autant plus que la crise n’est pas terminée et que cette troisième vague pourrait porter un dernier coup à ceux qui avaient jusqu’à maintenant réussi à se maintenir à flot tant bien que mal. 

30% de membres en moins au Bangkok Accueil

De leur côté, Jean-Michel Perroy et le nouveau consul honoraire de Khon Kaen, Marc Nussaume, constatent une arrivée de Français de Samui, Phuket ou Pattaya. Des résidents dont la compagne est originaire de l’Isan et qui viennent s’y installer parce que le coût de la vie y est moins élevé. “Pour autant, je n’ai pas le sentiment qu’il y ait une véritable migration, cela reste encore marginal”, précise Marc Nussaume.

Au 31 décembre 2020, il y avait 5.553 Français vivant dans la capitale inscrits sur les registres de l’ambassade, un chiffre qui ne semble pas avoir évolué d’après le consul. Pourtant, de son côté, l’association Bangkok Accueil, qui regroupe principalement des familles de cadres de grands groupes et des entrepreneurs de la capitale, a perdu 30% de ses membres et compte aujourd’hui seulement 280 familles contre 400 avant la crise du Covid. “Je constate que certains entrepreneurs n’ont pas pu maintenir leur activité et ils ont dû partir. Du côté des expatriés (venus en contrat d’expatriation, ndlr), il n’y a pas eu de changement au début de la crise, mais je remarque depuis peu que certains, qui étaient arrivés en fin de contrat, n’ont pas été remplacés. Par contre, nous avons de plus en plus de personnes qui nous contactent et je pense qu’il devrait y avoir de nouvelles arrivées vers le mois d’août et septembre”, explique Didier Reck, le président de Bangkok Accueil.  

Les retraités, catégorie relativement épargnée

Bénéficiant la plupart du temps d’une pension, les retraités sont sans aucun doute la catégorie la moins affectée par la crise économique. Ils représentent 25% des inscrits au registre des Français de l’étrangers en Thaïlande (3.300 inscrits).

Pour eux, les inquiétudes sont plutôt d’ordre sanitaire avec de nombreuses questions sur l’accès à la vaccination, les assurances, la pension de réversion. “Depuis le début de l’épidémie, les gens se tracassent beaucoup plus de leur assurance santé, ceux qui n’en avaient pas ce sont mis en quête d’en avoir une, c’est surtout là que j’ai vu le changement”, confie Jean-Michel Perroy, président de l’association La France en Isan. L’association connaît une croissance parmi ces membres puisqu’elle est passée de 250 à 400 membres depuis un an.

Avec la fermeture des frontières thaïlandaises d’avril à juillet 2020, de nombreux Français s’étaient retrouvés “coincés” en France. À ce jour, certains ne sont toujours pas revenus en Thaïlande. Pour certains en effet, la quatorzaine toujours obligatoire aux frais du voyageur pour venir en Thaïlande et les coûts que cela engendre est un frein. D’autres part, certains retraités ont préféré ne pas revenir en Thaïlande pour rester au plus près de leur famille durant la crise. 

“Les départs des retraités ne sont pas forcément liés à la pandémie mais plus au désir de se rapprocher de leur famille”, explique Marie-Laure Peytel, conseillère consulaire. “Les restrictions de voyages et les quatorzaines peuvent remettre en question un contexte d’expatriation ou de retraite à l’étranger. La notion de séparation qui était assumée avant la pandémie, avec la possibilité de revenir en France plus ou moins régulièrement, est désormais différente. Il y a une sorte de bouleversement du “contrat”, des choix vont donc devoir se faire”, ajoute l'élue qui réside à Pattaya. 

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Catherine Vanesse

Installée en Thaïlande depuis 2013 après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine a collaboré avec des médias francophones locaux avant de devenir co-rédactrice en chef pour Lepetitjournal.com Bangkok (et correspondante RTL Belgium)
1 Commentaire (s)Réagir
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Rikito jeu 13/05/2021 - 19:21

Ayant vécu 30 ans en Thaïlande et maintenant retraité, j'étais rentré en France début mars 2020 pour y passer 3 mois avant de retourner en Thaïlande. Presque 15mois plus tard, j'y suis aujourd'hui toujours, dans une maison que je possède en Vendée, séparé de ma femme et de mon fils qui sont à Bangkok, mais heureusement proche de ma fille qui vit et travaille à Paris. Comme vous le mentionnez dans votre article, l'emprisonnement de 15 jours dans une chambre d'hôtel coûteuse à nos frais est rédhibitoire (je comprends et accepte une quinzaine, mais pourquoi ne pas autoriser les arrivants à la passer chez eux, avec un bracelet si vraiment nécessaire; d'autres pays appliquent cette méthode avec succès ...). Sans parler du parcours du combattant nécessaire pour obtenir de l'ambassade à Paris, le "COE" et la possibilité de prendre un vol pour Bangkok. Bien qu'ayant géré la crise sanitaire de façon drastique (mettant par ailleurs une bonne partie de l'économie du pays à bas), le pays se retrouve aujourd'hui face à cette nouvelle vague sans vaccin et en dépit des annonces optimistes du gouvernement, il est probable qu'il faudra des mois pour en obtenir suffisamment et atteindre le seuil d'immunité collective qui permettrait le retour à une normalité relative. Face à cette situation, je vise aujourd'hui un retour en novembre prochain; je croise les doigts

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