Édition internationale

ENTRETIEN - Didier Lauras, nouveau directeur du bureau de l’Agence France Presse à Bangkok

Écrit par Lepetitjournal Bangkok
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 16 octobre 2009

A 40 ans, le journaliste Didier Lauras a "traîné ses guêtres"dans la région depuis 1993. Après des débuts au Vietnam, prolongés plus tard par un poste de directeur du bureau de l'AFP à Hanoï, il succède aujourd'hui à René Slama au même poste à Bangkok. Enchanté par cette nouvelle aventure en Asie du Sud-Est, il se "jette sur l'actualité de la région"avec passion

Didier Lauras dans son nouveau bureau de Bangkok (Photo AFP)

Lepetitjournal.com : Vous dirigez l'AFP Bangkok depuis un mois et demi, mais votre histoire avec l'Asie du sud-est remonte à plus de 15 ans?
Didier Lauras : Je suis arrivé à Bangkok en 1993, avec un aller simple et la vague idée de vouloir rester quelques temps dans la région. J'avais 24 ans, de l'argent pour six mois et pas d'attaches. Je pensais barouder tout en faisant des articles, mais je me suis vite rendu compte que ce ne serait pas possible. En février 1994, quand j'ai atterri à Saïgon (Ho-Chi-Minh-Ville, Vietnam), les journalistes occidentaux étaient interdits. Je me suis donc vite "planqué"chez Vietnam News, le quotidien anglophone de l'agence de presse officielle. Avec cette couverture, j'ai commencé à travailler pour la presse française, l'AFP et le journal cambodgien Le Mékong. Je ne voulais pas me faire expulser du pays;donc pendant deux ans et demi, je n'ai fait que des papiers économiques, signés d'un pseudo. Je me suis occupé de sujets plus répréhensibles dans un livre publié après mon départ....

Lepetitjournal.com : Qu'est-ce qui vous a fait rentrer à Paris ?
L'épuisement. C'était une expérience formidable mais aussi un combat quotidien ! Je n'aurais pas eu l'énergie, comme d'autres correspondants, de ne jamais rentrer. Saigon m'a pris, m'a tordu et j'y suis encore ! Mais je suis bien plus amoureux du journalisme que du Vietnam, je voulais tenter ma chance à l'AFP, à Paris. Huit mois plus tard, grâce à mon expérience du terrain, l'agence m'a envoyé à Kigali, au Rwanda. C'était très dur. J'ai un peu perdu foi en la nature humaine pendant huit mois. Au retour, j'ai atterri à la documentation de l'AFP, puis aux "écoutes"(surveillance des concurrents) avant d'être titularisé au service "justice". A 32 ans, j'ai été nommé directeur du bureau de l'AFP à Hanoï. La direction voulait rajeunir la pyramide des âges de l'agence;cette boîte est géniale, tout est possible !

Lepetitjournal.com : Comment s'est déroulé ce retour au Vietnam ?
Il s'agissait plus d'une nouvelle expérience que d'un retour. Déjà, Hanoï n'a rien à voir avec Saigon. J'étais aussi passé d'un statut de journaliste débutant à un poste en pleine lumière : j'étais sur écoute, suivi, mais j'avais le droit de faire des papiers politiques. J'ai eu plaisir à retrouver les histoires que j'avais traitées quelques années plus tôt. Et puis, alors que j'étais célibataire à l'époque, je suis revenu avec ma femme enceinte. Être à Bangkok aujourd'hui se place dans la continuité de notre expérience vietnamienne. C'est aussi le prolongement de la claque que j'ai prise en arrivant dans cette ville en 1993, mon histoire avec l'Asie a commencé à Bangkok. Même si ce n'est pas Saigon, je ne peux m'empêcher de me sentir un peu à la maison, comme mon épouse et mes enfants de 6 et 4 ans.

Lepetitjournal.com : Quel est votre regard sur l'actualité de la zone (Thaïlande, Birmanie, Cambodge) que vous allez couvrir pendant quatre ans ?
Depuis un mois et demi, je me régale. Cette région a pour moi un intérêt très ancien, mais son traitement journalistique est relativement nouveau. Il y a énormément d'informations à traiter en ce moment en Birmanie. Au Cambodge, le procès des Khmers rouges me fascine : il est prodigieux de complexité, d'insatisfaction et en même temps d'espoir. En Thaïlande, je m'intéresse bien sûr à la politique, à l'héritage de Thaksin, au Sud musulman et aux sujets dont on ne peut pas parler ouvertement. Malgré tout, je trouve qu'on a déjà plus les coudées franches à Bangkok qu'au Vietnam, où il est très difficile d'avoir une information fiable. Pour être honnête, je pense que ce poste est le plus beau que j'aie jamais eu et je suis ravi d'être là.
Propos recueillis par Marie NORMAND (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) vendredi 16 octobre 2009
"Saigon. Le chantier des utopies", Didier Lauras, 1997, Editions Autrement.

L'AFP à Bangkok
L'histoire de l'Agence France Presse remonte à la création, en 1835, de l'agence Havas, pionnière des agences de presse internationales. Aujourd'hui, son réseau couvre 165 pays (110 bureaux et plus de 50 correspondants locaux). En Asie, l'agence compte 15 bureaux principaux, dont celui de Bangkok, et 11 bureaux secondaires. L'AFP Bangkok couvre trois pays : la Thaïlande, la Birmanie et le Cambodge. L'équipe est constituée de trois journalistes anglophones, trois journalistes thaïlandais, trois photographes et un vidéaste, sans oublier trois journalistes au Cambodge et un en Birmanie. L'AFP amorce en ce moment un vrai virage multimédia : désormais "un bon texte n'existe que s'il est accompagné de photos, d'infographie, voire de vidéo", indique Didier Lauras. "En termes de sujets, ajoute-t-il, on nous demande, au-delà de l'actualité, de mettre l'accent sur les sujets lifestyle, santé ou encore environnement".

Propos recueillis par Marie NORMAND (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) vemdredi 16 octobre 2009

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Publié le 16 octobre 2009, mis à jour le 16 octobre 2009
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