Le Premier ministre thaïlandais suspendu en attendant le verdict de la cour

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 25/08/2022 à 02:56 | Mis à jour le 26/08/2022 à 02:53
Photo : Photo REUTERS/Soe Zeya Tun
Manifestants-Thailande-Prayuth

La Cour constitutionnelle thaïlandaise a suspendu mercredi le Premier ministre Prayuth Chan-O-Cha le temps qu’elle statue sur la durée légale qui lui est impartie en tant que chef de gouvernement

La Cour constitutionnelle thaïlandaise a ordonné mercredi la suspension du Premier ministre Prayuth Chan-O-Cha après avoir accepté une requête du principal parti d'opposition demandant son éviction au motif qu'il avait atteint la limite des huit ans impartie par la Constitution.

Le parti Pheu Thai, qui avait été évincé du pouvoir il y a huit ans par la junte militaire de Prayuth Chan-O-Cha, alors chef de l’armée, a en effet déposé la semaine dernière au Parlement une requête en ce sens adressée à la Cour constitutionnelle.

Selon un sondage récent, près des deux tiers des Thaïlandais interrogés partageraient le même avis.

"La cour a examiné la requête et les documents joints et considère que les faits portés par la requête sont un motif de questionnement comme demandé", a déclaré la Cour constitutionnelle, ajoutant que sur les neuf juges ayant délibéré, cinq se sont prononcés pour la suspension contre quatre qui s’y sont opposés.

Prayuth Chan-O-Cha a 15 jours pour répondre, a indiqué la cour aux médias dans un communiqué.

Même si les rênes du pouvoir ne changent pas de camp et que l’intéressé peut toujours être rétabli dans ses fonctions selon le jugement final de la cour, cette suspension a surpris une partie des Thaïlandais habitués à ce que les décisions de justice penchent en faveur de l’establishment militaro-royaliste.

Le porte-parole du gouvernement, Anucha Burapachaisri, a déclaré que Prayuth Chan-O-Cha respectait la décision et avait cessé ses fonctions, ajoutant que le vice-Premier ministre Prawit Wongsuwan assurerait l’intérim et que la suspension n'aurait aucun impact sur le travail du gouvernement.

"Le Premier ministre Prayuth a également exhorté le peuple à respecter la décision de la cour et à éviter de critiquer la décision, ce qui pourrait créer davantage de division", a déclaré Anucha Burapachaisri.

Aucune date n’a toutefois été fixé pour le verdict.

Prayuth Chan-O-Cha, qui avait renversé par un coup d’Etat militaire en 2014 le gouvernement élu de Yingluck Shinawatra, avait été nommé Premier ministre en août de la même année par un Parlement désigné par le conseil militaire qu’il dirigeait lui-même.

En 2017, la junte a mis en place une nouvelle Constitution qui, tout en reconnaissant la continuité du gouvernement en place au moment de la promulgation du texte, limite à huit ans la durée totale au cours de laquelle un individu peut exercer la fonction de Premier ministre.

Deux ans plus tard, Prayuth Chan-O-Cha a été reconduit dans ses fonctions, en tant que Premier ministre civil cette fois, à l’issue des élections de mars 2019.

Les prochaines élections générales en Thaïlande doivent en principe avoir lieu en mai de l'année prochaine.

Le chef du Pheu Thai, Chonlanan Srikaew, a déclaré que la décision de la cour reflétait jusqu’ici les préoccupations du parti quant à la légalité et la légitimité de certaines lois dans le cas où il n’y aurait pas de suspension. Il n’a pas souhaité commenter davantage.

Les partisans de Prayuth Chan-O-Cha estiment pour leur part que la durée de son mandat doit être prise en compte au plus tôt à partir de 2017, lorsque la nouvelle Constitution est entrée en vigueur, voire après les élections de 2019. Cela signifierait qu'il lui resterait jusqu'en 2025 ou 2027.

Demande d’élections anticipées

Cette controverse est un théâtre politico-juridique de plus dans l’histoire troublée de la Thaïlande qui a été rythmée par de nombreux soubresauts ces seize dernières années, avec notamment deux coups d'État militaires, trois Premier ministres évincés par la justice, et une série de manifestations violentes provoquées tour à tour par les deux camps, les uns dénonçant l’implication de l’armée dans la politique du pays, les autres l’invoquant.

En 2020, le camp pro-démocratie emmené par la nouvelle génération a vaillamment fait campagne contre Prayuth et son gouvernement, arguant que les élections de 2019 n'étaient pas légitimes, et allant jusqu’à houspiller le palais royal, chose inédite. Il aura fallu une vaste répression judiciaire fin 2020 au nom de la loi de lèse-majesté puis l’épidémie de SARS-CoV-2 pour étouffer le mouvement.

Mais les militants se sont de nouveau mobilisés ces jours-ci en prévision de la décision de la cour, et certains ont commencé à se rassembler au début de cette semaine, en nombre réduit toutefois.

Mercredi, une centaine de manifestants pro-démocratie au Monument de la démocratie de Bangkok a salué la suspension de Prayuth Chan-O-Cha. Ils ont toutefois déclaré que ce n'était pas suffisant et qu'ils prévoyaient d’autres manifestations pour faire entendre leur point de vue.

"Nous ne nous contentons pas de suspendre Prayuth de ses fonctions, nous voulons la dissolution du Parlement et des élections anticipées", a déclaré une militante qui s'est présentée simplement sous nom de Manee.

"Prayuth a volé le pouvoir à une femme et est devenu Premier ministre par un coup d'État", a-t-elle ajouté.

Prayuth Chan-O-Cha, qui est également ministre de la Défense, doit en principe pouvoir continuer d’œuvrer au sein du gouvernement à ce poste.
 

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