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CULTURE - 500 ans d'histoire entre la Thaïlande et l'Europe en une journée

Par Lepetitjournal Bangkok | Publié le 02/03/2011 à 00:00 | Mis à jour le 14/11/2012 à 11:30

Des premiers Portugais à Ayutthaya aux hordes de touristes de Pattaya, le symposium des NMV consacré jeudi aux relations vieilles de 500 ans entre la Thaïlande et l'Europe, a tenté d'analyser les échanges culturels et économiques entre ces deux parties du monde. Une douzaine d'intervenants, écrivains de renom, historiens et ancêtres de personnalités importantes de Thaïlande ont questionné l'apport de la culture européenne dans le développement du Siam

En quoi les Européens ont-ils influencé le développement du Siam durant 500 ans à son contact ? Telle était la grande question à laquelle a tenté de répondre un panel d'une douzaine d'experts et témoins privilégiés de l'histoire de Siam, jeudi dernier lors du symposium organisé par les Volontaires du Musée National de Bangkok.
L'arrivée de ces "peaux blanches" a bien évidemment attisé la curiosité des habitants du Siam. A travers les archives du royaume et les différentes fresques dépeignant les moments importants du pays, Chris Baker, écrivain reconnu pour ses ouvrages sur l'histoire et la vie politique thaïlandaise, a néanmoins tendu à démontrer le peu d'impact qu'ont eu selon lui ces étrangers sur les Siamois. Toujours représentés avec des chapeaux, les Européens ont souvent été selon lui perçus comme une menace pour le bouddhisme, et comme des personnes sans politesse dont il était bon de se moquer.

De la mode anglaise au dessert portugais
En rupture avec ce constat, Chakrarot Chitrabongs et Chittawadi Chitrabongs, tous deux membres de la famille royale thaïlandaise, ont tour à tour rappelé que la mode britannique fut très importante sous le règne du roi Chulalongkorn qui avait institué à ses vassaux l'obligation de s'habiller correctement en cachant certaines parties du corps. L'amour du roi pour les vêtements anglais, en particulier les chapeaux, l'a en partie incité à envoyer ses enfants étudier en Angleterre. Depuis, la plupart des élites thaïlandaises vont faire leurs études en Grande-Bretagne, cette éducation leur fournissant une ouverture d'esprit qu'ils n'auraient sûrement pas eu avec un enseignement dans leur pays natal.
Les Portugais, officiellement les premiers Européens à être entrés en contact avec les Siamois, semblent eux aussi avoir entretenu des relations étroites avec le royaume. "Des relations d'amitié uniques sans équivalent avec aucun autre pays européen",  selon l'écrivain portugais Miguel Castelo-Branco, qui s'est attaché jeudi à défendre la validité des traités entre les deux pays. Un état de fait illustré en douceur par l'experte en histoire du Siam, Bulong Srikanog, qui a consacré une conférence toute entière au Foi Thong, spécialité portugaise présente en Thaïlande de longue date et que l'on retrouve dans les cérémonies les plus importantes de la société thaïlandaise, dont les mariages.

 

Lesquels ont été les premiers ?

Les Portugais ont-ils oui ou non été les premiers Européens à avoir établi un contact avec le royaume de Siam ? C'est la question épineuse à laquelle s'est attaché de répondre Giacomo Mauri, ancien homme d'affaires italien féru d'histoire.
En 1511, Alfonso de Alboquerque s'empare de la ville de Malacca, pénétrant ainsi pour la première fois dans le royaume de Siam afin de faciliter le transport des épices. Un émissaire, Duante Fernandez, est envoyé à Ayutthaya pour établir un contact avec le roi. Les premiers échanges commerciaux sont arrangés et le Portugal s'engage à fournir des armes à feu au royaume ainsi que des mercenaires chargés d'enseigner l'utilisation de ces armes.
Homme d'affaire à la retraite et historien amateur, Giacomo Mauri a mis en lumière deux explorateurs Italiens, présent au Siam avant les Portugais, alimentant ainsi la polémique. Ludivico de Varthema et Nicolo De Conti, voyageurs incognitos en Orient, ont en effet foulé le sol thaïlandais à la fin du 15eme et au début du 16ème siècle.

 

La France et le Siam
Arrivée plus tardivement, la présence française en Thaïlande a néanmoins été importante, bien que ponctuée de conflits et de malentendus, a fait remarquer Claire Keefe lors de son intervention d'une vingtaine de minutes. Obnubilé par l'idée de convertir le pays au christianisme, le roi Louis XIV n'a cessé d'envoyer des missionnaires qui se sont heurtés à une religion bouddhiste très bien ancrée dans la culture du pays. Après une disparition progressive des Français en Thaïlande jusqu'à la fin du 18e siècle, la directrice de l'Alliance Française, auteure de romans historiques sur la Thaïlande, note un net retour au 19ème siècle, à la faveur de la colonisation de la péninsule indochinoise, ce qui a été sujet à de nouveaux rapports de force.

Des figures importantes
Bien que l'influence des nations était à l'honneur, les organisateurs du symposium ont aussi tenu à mettre l'accent sur les personnalités européennes qui ont marqué la civilisation thaïlandaise, telles que Constantin Phaulkon, conseiller particulier du roi Narai d'Ayutthaya qui a fait l'objet d'une lecture disponible sur disque, réalisée par Alain Forest, professeur d'histoire.
L'historien John Toomey a d'ailleurs proposé au public de voter afin d'élire le "farang" perçu comme ayant le plus pesé dans l'histoire de la Thaïlande. Dix Européens étaient présentés parmi lesquels le chevalier de Chaumont, premier ambassadeur français au Siam, Constantin Phaulkon, conseiller politique du roi Narai, la fameuse Anna Leonowens, tutrice à la Cour du Roi Mongkut, qui a inspiré le film interdit "Anna et le roi", ou encore Mario Tamagno, architecte du nouveau Bangkok. Le gagnant a finalement été le belge Gustave Rolin-Jaequemyns, conseiller juridique du roi Chulalongkorn.
Ancien ministre de l'Intérieur belge, Gustave Rolin-Jaequemyns a été le conseiller politique et juridique du roi Chulalongkorn - recruté par ce dernier - de 1892 à sa mort en 1902. Ses réformes du système judiciaire et l'ouverture des premières écoles de droit sur le sol thaïlandais en ont fait une personnalité majeure dans le monde moderne thaïlandais.
Avec des documents d'archives familiales à l'appui, son descendant, le comte Gerald van der Straten Ponthoz a relaté avec passion, jeudi, la vie de son ancêtre.
Cette journée riche en anecdotes historiques aura été très instructive, même si, curieusement, de grandes marques d'influence extérieures comme la politique de grands travaux de Chulalongkorn, le modèle constitutionnel, ou encore le modèle administratif inspiré de la France, ont été peu ou pas évoqués.
M.B. (http://www.lepetitjournal.com/bangkok.html) mercredi 2 mars 2011

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