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Dans l'oeil du "réal" : l'interview de Richard Tindiller

Par Maé Castellet | Publié le 18/07/2018 à 05:23 | Mis à jour le 19/07/2018 à 05:13
Photo : Richard Tindiller - Crédit photo Rebekah Parsons-King
Richard Tindiller Radio NZ Pounamu Jande Campion Nouelle-zélande

Vous avez peut-être vu son nom défiler furtivement lors du générique d'un documentaire. Vous avez certainement regardé l'interview de Bernard Laporte réalisée lors du Renault French Festival. Richard Tindiller réalisateur et amoureux du Pacifique Sud se confie aujourd'hui au Petit journal Auckland sur son expérience de journaliste reporter d'image en Nouvelle-Zélande. 

 

Bonjour Richard, raconte-nous le parcours qui t'a conduit jusqu'ici, en Nouvelle Zélande. 

Richard Tindiller : Ca fait environ 10 ans maintenant que je suis réalisateur. J'ai commencé en France chez Upside Television qui produit majoritairement des documentaires, et je me suis pas mal baladé dans le Pacifique. J'ai commencé par la Nouvelle-Calédonie en 2012, là-bas je bossais pour France TV et TeTemba Production. Ensuite, j'ai tenté l'aventure free-lance en Australie. Après je suis rentré en France, j'ai bossé pour TF1 quelques temps, mais je crois que c'était juste pour mieux repartir. Ca va faire 3 ans maintenant que je me suis installé en Nouvelle-Zélande.

 

Justement, peux-tu nous parler de ton activité en ce moment ?

Alors actuellement je travaille pour Radio New Zealand. Je suis ce qu'ils appellent un "visual journalist", rien à voir avec des atouts physiques (rire). Il s'agit juste d'un "titre" pour définir un journaliste photographe et vidéographe.

 

 Pourquoi la Nouvelle-Zélande ? 

Je ne sais pas, la suite logique je pense ! Nouvelle-Calédonie, Australie, c'était le seul chaînon manquant ! Enfin non, je pense que c'est pas spécialement la Nouvelle-Zélande, mais plutôt que je suis tombé amoureux du Pacifique Sud : j'y ai découvert de nouvelles cultures qui sont tellement différentes des cadres occidentaux et puis c'est vraiment beau ! A part la dimension esthétique, c'est aussi que ces expériences de vie m'ont sûrement un peu révélées et puis les océaniens sont des gens merveilleux. 

Pour être tout à fait honnête, il y a aussi eu un concours de circonstances. Un de mes anciens collègues préparait une série de docs pour Faut pas rêver (France 3) sur la Nouvelle-Zélande et voilà ! Deux mois plus tard, on tournait l'hélitreuillage de vaches dans les terres sauvages de la West Coast (île du sud). 

 

Quelle est la différence entre la France et la Nouvelle-Zélande dans l'audiovisuel ?  

Il y a tout de même une marge énorme entre l'audiovisuel kiwi et français. Déjà en France, le paysage est extrêmement riche dans sa variété. Il y a en plus une qualité audiovisuelle et éditoriale, dans les JT, qui est extraordinaire. 

Personnellement je préfère me poser devant une télé française qu'australienne ou néo-zélandaise, vraiment ça n'a rien à voir ! Par contre il y a des choses extraordinaires qui sont produites sur internet dans le Pacifique, c'est parfois même meilleur que la télé !

 

Et au niveau des opportunités, le marché de l'audiovisuel est-il plus accessible ? 

Je pense qu'il est assez simple de trouver un boulot après l'école en Nouvelle-Zélande. Je ne suis pas à plaindre car j'ai eu un contrat à la fin de mes études en France. Mais j'en ai vu aussi beaucoup qui ont galéré. Depuis que je bosse à Radio New Zealand, j'ai vu tous les stagiaires obtenir un contrat à la fin de leur stage. De manière générale, je pense qu'il est facile de signer un contrat en Nouvelle-Zélande quand on sort de l'école, plus qu'en France. 

 

Tu as eu de très belles opportunités notamment avec Arte depuis que tu es en Nouvelle-Zélande, peux-tu nous en parler un peu ? 

Oui c'est fantastique ! Alors j'ai tourné un docu sur Jane Campion, la réalisatrice de The piano, ça s'appelle "L'île grandiose de Jane Campion"! Ca n'a pas été linéaire comme tous les projets, ça fait partie du jeu. Sur ce documentaire en particulier certaines choses ont été difficiles à caler mais paradoxalement très simple à tourner. Les gens ont vraiment été intéressés par le sujet et se sont vraiment rendus disponibles. Ca a été une très belle expérience humaine et professionnelle. L'un de mes meilleurs souvenirs c'est la séquence au Moke Lake, autour de Queenstown sur les lieux de la série Top of the Lake. C'était vraiment quelque chose : la lumière, le personnage (Robyn Malcolm), les paysages, tout y était ! Jane m'a aidé pour le calage et m'a donné quelques bons contacts. Même si elle n'a pas souhaité être dans le sujet, j'étais très content du résultat. 

 

Ca fait partie des projets qui t'ont le plus marqué ? 

Forcément ! Mais bon tu sais comment ça se passe, on est toujours un peu obsédé par le dernier projet qu'on a en tête ! Enfin moi c'est le cas ! Rien de pathologique, mais on cherche toujours à anticiper. On est toujours un peu dedans. Presque tout est fait avec et par le sujet tant il est dans nos têtes, tout le temps... Comment tourner cette séquence, ou placer ce personnage.

Mais je pense que s'il y a un docu dont je suis particulièrement fier, et c'est pas forcément pour les souvenirs, c'est celui sur la pierre de Jade. Cette pierre représente tellement ici. Je voulais faire ce sujet depuis très longtemps, j'y pensais déjà en France. Je suis ravi qu’Arte y ait cru.

Après tu vois, on est pas toujours marqué pour les mêmes raisons. Par exemple en février dernier je suis parti au Tonga pour couvrir les ravages du Cyclone Gita. C'était des conditions très difficiles, on a été pendant plusieurs jours sans eau potable ni électricité. C'était très impressionnant. Et dis toi que nous, ça va parce que c'était temporaire mais ça a duré des semaines pour les locaux.

 

Quels sont les grands qui t'inspirent dans ton travail? 

Cartier-Bresson et Doisneau, peut-être pour leur côté pionnier du photojournalisme. Puis Patrick Chauvel pour la passion du partage et le côté brut de ses reportages. Le réalisateur Michel Viotte qui a d'ailleurs réalisé un film sur les Maoris m’inspire beaucoup également. Son travail sur les peuples premiers est exceptionnel dont le film Les Autres Hommes qui retrace l’évolution du regard occidental sur les autres cultures. Et toujours un petit clin d’œil pour Robert J. Flaherty, qui fut l'un des premiers à réaliser des films documentaires sur des peuples indigènes. 

 

Les conseils du vieux singe pour les gens qui ont envie de se lancer ? 

J’entends toujours le redondant : "il faut être curieux". J’imagine que ça va de pair, si l'on veut faire ce métier on est de nature plutôt curieuse et on s’intéresse à tel ou tel sujet. J’imagine que dire qu’il faut "être pugnace" n'est pas très surprenant non plus et que de "croire en soi-même" n'a rien de très neuf. Peut-être qu'il faut simplement être vous-même et vous verrez si ça marche ou pas !

Après je pense qu'il faut garder à l'esprit qu'être capable de retranscrire ce que l'on voit par un objectif c'est quelque chose d'assez unique. On ne s’en rend pas toujours compte, avec le temps c'est devenu quelque chose de banal, mais je trouve ça fantastique ! Il s'agit de le faire bien pour que celui qui regarde sente l'émotion. Or, à mon sens l'étape clé c'est vraiment le montage, et c'est pas la partie la plus fun je vous l'accorde mais pour que ça soit plus facile il faut absolument mettre de la méthode et de la discipline dans ses images. En tout cas ça a été le déclic pour moi. 

 

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Maé Castellet Le Petit Journal Auckland

Maé Castellet

Étudiante en Journalisme à Lyon 2 et stagiaire au sein de la rédaction Lepetitjournal.com. Je suis passionnée de voyages avec un vif intérêt pour les questions de société.
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