Sparte, principale concurrente d’Athènes pour l’hégémonie sur la mer Egée, a été affaiblie par un grand tremblement de terre. La réaction en chaîne qui s’est produite suite à ce désastre a mené a ainsi transformé une rivalité politique en conflit ouvert, qui se terminera en faveur des spartiates.


Au Vème siècle avant notre ère, le territoire que recouvre aujourd’hui la Grèce est loin d’être unifié : si les différentes cités-États qui s’y trouvent reconnaissent partager une culture commune, elles souhaitent cependant conserver leur autonomie. Néanmoins, les alliances sont fréquentes à cette époque, les villes les plus faibles recherchant la protection des plus influentes.
A cette période, il en existe deux. D’un côté, la ligue de Délos, menée par Athènes, ville démocratique et puissance économique majeure, a été fondée suite à la victoire face aux Perses lors des guerres médiques, permise en grande partie par les athéniens. De l’autre, la ligue du Péloponnèse regroupe les alliés de Sparte, cité autoritaire et militariste qui ne veut pas voir Athènes et sa philosophie unifier le monde hellénique.
Un évènement catastrophique
C’est donc dans ce contexte de tensions qu’un séisme frappe la région de Sparte, en 464 avant J.-C. Il causa d'importants dégâts et de lourdes pertes humaines, même si les chiffres restent incertains : les sources antiques annoncent environ 20 000 morts, alors que les historiens modernes estiment que ce chiffre est très probablement exagéré. Cela montre néanmoins à quel point ce drame fut pris au sérieux par ses contemporains, d’autant plus que d'autres cités-États en ont été victimes.
Thucydide, historien grec de la fin du Ve siècle avant notre ère, est l'une des sources les plus anciennes relatant cet événement. Il écrivit : « les Lacédémoniens [habitants de la région de Sparte] avaient jadis fait sortir des hilotes [esclaves] du temple de Poséidon à Ténare, et les avaient tués ; ils pensaient que le grand tremblement de terre de Sparte était une punition pour cela. » Plus précisément, les spartiates croyaient que Poséidon, dieu entre autre des mouvements de terrain, s’était vengé suite à l’assassinat de ses fidèles.
Les conséquences du tremblement de terre
Cependant, d’autres problèmes se sont rapidement ajoutés aux morts mutliples et aux dégâts matériels : les hilotes profitèrent de l'occasion pour se révolter. Étant principalement les habitants autochtones de Messénie, région adjacente à celle de Sparte, ils ont été conquis et réduits en esclavage par cette dernière. Ils aspiraient donc à se libérer de l'oppression spartiate, qui les faisait travailler la terre toute leur vie sans espoir de libération.
Face à cette émeute, la cité décida de faire appel à ses alliés, et donc à la Ligue du Péloponnèse. Peu de temps auparavant, les Perses, sous Xerxès le Grand, avaient tenté de conquérir la Grèce. Ainsi, face à la menace de cet ennemi extérieur, les Grecs étaient soucieux de se protéger mutuellement, et étaient plus enclins à porter secours à une ville amie qui rencontrait des difficultés.
Le renvoi fatidique des Athéniens
Les Spartiates, à l’époque, n’ont pas repoussé l’aide d’Athènes. Au contraire, iks espéraient que la puissance économique de la ville srait utilisée à leur profit. Cependant, Thucydide explique ensuite que « les Lacédémoniens commencèrent à craindre que, s'ils restaient [les athéniens], ils ne soient tentés [...] d’imposer des changements politiques».
Autrement dit, Sparte craignait que les hilotes ne persuadent les Athéniens de se joindre à leur rébellion contre une Sparte affaiblie, afin de compléter leur domination du monde grec. Par conséquent, les Spartiates renvoyèrent les Athéniens sans leur dire la vérité, en prétextant que leur aide n'était plus requise alors qu’ils furent les seuls à être remerciés.
De fil en aiguille
Athènes ne fut pas dupes de cette supercherie, d'après Thucydide : « conscients que leur renvoi ne provenait pas de la raison la plus honorable des deux, mais de soupçons bien fondés, [ils] s'en allèrent profondément offensés et dès leur retour, ils rompirent l'alliance conclue contre les Mèdes [les Perses] et s'allièrent à Argos, l'ennemi de Sparte.» Il note lui-même qu'il s'agissait du premier conflit ouvert entre les Spartiates et les Athéniens.
L'hostilité entre ces deux cités-États s'intensifia jusqu'à dégénérer en la première guerre du Péloponnèse en 460 av. J.-C., qui prit fin en 445 av. J.-C sans réel vainqueur. Le conflit se poursuivit avec le déclenchement de la seconde Guerre du Péloponnèse (souvent appelée simplement Guerre du Péloponnèse) en 431 avant notre ère, que Sparte remportera haut la main, mettant fin à cinquante domination athénienne au bénéfice de sa propre hégémonie, qui s’avérera être à peine plus longue.
Une petite uchronie
Le séisme de -464 eut ainsi une très grande influence sur l’avenir de la péninsule hellénique, et possiblement au-delà. En effet, les deux cités auraient pu se rapprocher s’il ne s’était pas produit, car un tel courant de pensée existait des deux côtés, et Sparte ne se serait pas sentie à le merci d’une Athènes amatrice de changements institutionnels. Si les deux villes en étaient néanmoins venues à se faire la guerre, elle n’aurait probablement pas eu lieu à cette époque, les athéniens ne voulant pas affronter des spartiates mieux entraînés qu’eux au niveau militaire.
Enfin, si l’on va encore un peu plus loin, en considérant un victoire spartiate facile en l’absence du tremblement de terre, les différentes cités-États helléniques auraient pu être réunies sous une même bannière bien avant notre réalité, et étendre leur influence à travers l’Europe. Sans les aléas de la nature, nous aurions peut-être tous connu par cœur la langue d’Homère...


















