Si l’utilisation de remèdes naturels revient à la mode depuis quelques années, elle n’a jamais vraiment disparu dans la région de Pialeia, où les habitants continuent à faire vivre sa légende.


Ce genre de lieu se découvre souvent à travers une histoire, et la pharmacie d’Asclépios ne fait pas exception à la règle. Le petit village de Pialeia en Thessalie serait ainsi le lieu de naissance du dieu éponyme, et ce jardin en est la preuve. Le mont Koziakas, qui domine la localité, en témoigne également : dans l'Antiquité, il était connu sous le nom de mont Kerkétion, d’après Kerkétis, l'assistant d'Asclépios.
Selon Dimitris Pappagianopoulos, un instituteur retraité qui a toujours vécu dans la région, la divinité aurait choisi Pialeia pour la profusion de plantes médicinales aux alentours, ainsi que la beauté de ses paysages. De fait, on trouve encore aujourd'hui sur la montagne les plantes qu'Asclépios utilisait en son temps, et les habitants y ont recours depuis des temps immémoriaux.
Un sentier des plus sacrés
Dans le village voisin de Gorgogyri, on peut même emprunter le chemin qui l’emmenait jusqu’à sa pharmacie naturelle. Spiros Govinas, un habitant du village, se souvient : « Nous n’avons aucune preuve qu’il [Asclépios] l’ait réellement parcouru avec son assistant Kerkétis. C’est pourquoi les anciens ont nommé la montagne en son honneur. Il y a une vingtaine d’années, le maire l’a rebaptisé Sentier d’Asclépios, car il regorge de plantes médicinales utilisées par les habitants», ajoute-t-il.
Le mont Kerkétion (aujourd’hui Koziakas) abrite 1 200 espèces de plantes, principalement aromatiques et médicinales, dont beaucoup auraient été utilisées par le dieu de la médecine. De nos jours, les habitants continuent de les cueillir pour leur usage personnel, pour offrir en cadeau ou pour les vendre, selon monsieur Pappagianopoulos.
Les Asclépiades des temps modernes
Les traces du passage d’Asclépios sont visibles à Paléokastro, site de l'ancienne pharmacie perché sur l'acropole de Pialeia. « Il ne cueillait pas les herbes uniquement à cet endroit ; il le faisait sur tout le mont Kerkétion ainsi que près du fleuve, où il a établi son repaire», explique Dimitris Pappagianopoulos. « Il ne les cueillait pas seul non plus », ajoute-t-il. « Il avait des assistants, les Asclépiades. Ces natifs de la région cueillaient les herbes, les broyaient ou les faisaient bouillir, puis les transformaient. » Aujourd'hui, les locaux ont pris le relais, perpétuant l'œuvre de la divinité en collectant et en commercialisant les herbes.
« La pharmacie d'Asclépios a été découverte il y a 120 ans par l'archéologue Panagiotis Kastriotis (1859-1931). Depuis 1975, nous célébrons les Asclépiéia en l'honneur du lieu de sa naissance », raconte le professeur retraité. « Asclépios y préparait ses remèdes et les transportait rituellement à Trikki (Trikala), tel que décrit par Strabon. » Selon lui, plus de 130 lieux affirment être le berceau du dieu de la médecine. « Bien sûr, toutes ces hypothèses ne sont étayées par aucune preuve », ajoute monsieur Pappagianopoulos. « Nous n’en avons pas non plus à Pialeia, mais nous avons la pharmacie de Paléokastro, qui indique qu'il a vécu ici. »
La genèse d’un dieu
Apollon est principalement associé aux arts et à la musique, mais il est aussi une divinité, de la guérison, de la prophétie, du soleil et de la lumière. Asclépios est né de l'amour d'Apollon pour Coronis, une mortelle de sang royal dont il tomba amoureux au premier regard. Il lui laissa ainsi un corbeau, dont le plumage était blanc, pour veiller sur elle. Peu après, encouragée par son père Phlégyas, roi des Lapithes, Coronis épousa un mortel nommé Ischys. Le corbeau vola vers Apollon pour lui annoncer la nouvelle, et celui-ci le punit en noircissant son plumage, pour avoir failli à sa mission. Depuis ce jour, le noir est devenu l’apparat du corbeau.
Apollon savait que Coronis portait son enfant et, pris d'une rage folle, banda son arc pour la punir de sa trahison. Il regretta aussitôt sa décision, mais il était trop tard : une flèche tirée par un dieu ne manque jamais sa cible. Accablé de chagrin et de remords, Apollon courut embrasser la femme qu'il aimait, et elle mourut dans ses bras. Pour expier sa faute, il déposa son corps sur le bûcher funéraire, comme l'exigeait le rituel. Cependant, à la vue des flammes, il retira le bébé de son ventre pour le sauver, puis le prit sous son aile, lui enseignant sa connaissance des plantes médicinales.
Une variété d’herbes stupéfiantes
Ayant parcouru le sentier d’Asclépios et visité sa pharmacie des centaines de fois, Dimitris Pappagiannopoulos doit sûrement en savoir autant que lui. Il s’avère qu’il possède quelques variétés favorites, dont il dit se servir encore aujourd’hui. Ainsi, une variété d'origan appelée tragorigani peut se consommer en infusion pour éliminer les vers intestinaux. Les tiges de la lathania, ainsi nommée en raison de ses feuilles huileuses (« lathi » signifiant « huile » en grec), sont réputées pour stimuler la fonction cardiaque et la circulation sanguine.
Le chardon, plante aux multiples bienfaits qui améliore la santé de la peau, ainsi que les systèmes digestif et immunitaire, possède une capitule pourpre qui, une fois bouillie, permet de préparer un remède efficace. On peut également peler la tige et consommer la partie tendre à l'intérieur. Enfin, le taraxacum, une chicorée verte, peut être utilisé en salade ou en boisson, plusieurs fois par jour, étant un excellent cardiotonique. La fougère qui en est dérivée est connue comme plante ornementale, mais elle doit être utilisée avec précaution, du fait de sa toxicité et de son effet laxatif. La pharmacie d’Asclépios vaut donc le détour si vous vous rendez en Thessalie, en particulier si vous êtes amoureux de randonnées et de mythologie grecque, et quelque peu lassé de la médecine moderne.


















