Les polémiques ont démarré lorsqu’un législateur chypriote a pointé du doigt le projet de rénovation d’un village du centre du pays, et se sont par la suite étendues à plusieurs cas similaires dans d’autre régions.


Tout a démarré lorsque Fidias Panayiotou, député européen indépendant, a mis en lumière lors d’une session parlementaire le risque de transformation socio-économique de son pays, suite à l'augmentation des investissements et des acquisitions foncières israéliennes.
Il a affirmé que l'administration chypriote grecque était devenue de plus en plus dépendante des capitaux israéliens, notamment dans l'immobilier et l'aménagement du territoire, et s'est inquiété d’une concentration des acquisitions immobilières, qui créerait des « cercles résidentiels fermés dans des zones spécifiques ».
Les acquisitions immobilières alimentent le débat politique
S'exprimant sur X, monsieur Panayiotou a déclaré que les investisseurs israéliens étaient devenus parmi les principaux acheteurs étrangers à Chypre ces dernières années, en particulier dans le secteur foncier et immobilier. Tout en reconnaissant que la propriété étrangère en soi n'était pas nécessairement problématique, il a soutenu qu'un manque de transparence, une surveillance insuffisante et une dépendance économique vis-à-vis des investissements étrangers pourraient engendrer des vulnérabilités si les acquisitions à grande échelle restaient incontrôlées.
Le député a également évoqué les investissements provenant de pays comme la Russie, l'Ukraine, la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni, affirmant que les autorités devraient renforcer les mécanismes de transparence encadrant les acquisitions foncières, et mettre en place des garanties pour assurer le respect des lois nationales. Il a ensuite soutenu que les communautés israéliennes présentes sur Chypre construisaient de plus en plus d'infrastructures distinctes, notamment des écoles fréquentées principalement par leurs enfants, et a appelé les autorités locales à soutenir l'économie afin de réduire leur dépendance extérieure.
La question d’une stratégie israélienne
Le débat autour des investissements israéliens a commencé suite aux révélations concernant le village abandonné de Trozena, situé entre Limassol et Paphos. Selon Politis, l'homme d'affaires hungaro-israélien Uriel Kertesz a acheté environ 70 % des maisons abandonnées de Trozena, ainsi que de vastes étendues de terrain alentour, avec l'intention de reconstruire le village dans le cadre d'un projet baptisé « Nouvelle Trozena ».
Le journal turc Yeni Safak a affirmé que les investisseurs israéliens visaient à transformer la partie grecque de Chypre en un « État satellite » de Méditerranée orientale. Les médias chypriotes, cependant, ont contesté ces affirmations, les qualifiant d’absurdes, et ont rejeté les allégations plus générales d’un agenda israélien délibéré.
Le projet prévoit notamment des hébergements de courte durée, un site de camping et un domaine viticole. Des restaurants et des cafés devraient également ouvrir leurs portes. Uriel Kertesz a rejeté les accusations liant cet investissement à de quelconques ambitions géopolitiques, soulignant qu'il souhaitait créer un havre de paix où les gens pourraient « oublier le tumulte du monde ». Il a également précisé que la nationalité ne serait pas un critère de choix pour les résidents, ajoutant que ces derniers seraient seulement tenus de respecter les lieux et l'environnement.
Des questions environnementales
Selon Politis, un journal chypriote, plusieurs habitants des communes voisines ont exprimé leur soutien à l'investissement, affirmant que Trozena avait longtemps été négligée et que sa réhabilitation pourrait contribuer à relancer l'emploi et l'activité économique de la région. Certains anciens propriétaires auraient déclaré avoir accepté de vendre car le village était dépourvu d'électricité et d'eau, tandis que l'investisseur aurait proposé des prix supérieurs à la valeur estimée des biens.
Dans le même temps, des préoccupations environnementales ont commencé à émerger : Politis a ainsi rapporté que les permis essentiels pour la construction et les études d'impact environnemental n’ont pas encore été délivrés, bien que les autorisations pour le défrichement et les travaux d'entretien des terrains aient pu être accordées.
Face à l'ampleur croissante du débat public, l'ambassadeur d'Israël à Chypre, Oren Anolik, a qualifié la rhétorique entourant les investissements israéliens de « discours clivant » et a appelé les dirigeants politiques et le public à la rejeter. Il a aussi indiqué que les propos présentant les investissements et la présence israélienne à Chypre de manière négative ou menaçante étaient préoccupants, arguant que des termes tels que « prise de contrôle » risquaient d'alimenter les préjugés.


















