Édition internationale

ARGENTINE – Championne des OGM mais aussi du "Bio"

L'Argentine, pays des OGM et des productions écolos? De fait, ce pays est l'un des premiers exportateurs "bio" au monde. En vedette, la laine et la viande du mouton patagon… Explications d'Aude de Kermadec, attachée sectorielle Agriculture et agroalimentaire au Service Economique Régional de l'Ambassade de France

L'Argentine a certifié "bio" 4,4 M d'ha en 2009. C'est énorme !
C'est vrai, l'Argentine occupe le deuxième rang mondial pour la surface allouée à l'agriculture biologique, derrière l'Union européenne (7,2 Mha). Mais attention, elle n'est pas pour autant un grand producteur "bio" à l'échelle mondiale ! En effet, l'immense majorité des surfaces certifiées correspond aux terres d'élevage du mouton, en Patagonie : 3,9 M d'ha, soit 88% du total des surfaces certifiées (notamment dans les provinces de Chubut, Santa Cruz et la Terre de Feu). Seuls 56.000 ha sont effectivement consacrés à la culture "bio", ce qui est très inférieur au chiffre équivalent en France [plus de 500.000 ha, ndlr]. Ajoutons que seulement 0.5% du nombre total d'exploitations agricoles (telles que recensées en 2002) sont certifiées "bio".

Pourquoi avoir certifié ces terres ?
La certification vise à développer les exportations, puisque les produits "verts" sont mieux valorisés sur le marché international que leurs équivalents "non-bio". Dans les années 90, le gouvernement argentin a donc adopté de nouvelles dispositions réglementaires sur la certification "bio", notamment le non-usage de traitements phytosanitaires chimiques de synthèse (insecticide, pesticide, engrais) ou vétérinaires (vaccins, antibiotiques) et le respect de l'écosystème. Cette certification a obtenu la reconnaissance de l'Union européenne, permettant à l'Argentine d'y exporter ses produits "bio".

Pourquoi les terres "bio" se concentrent-elles en Patagonie ?
En réalité, une partie du cheptel ovin patagon était déjà "bio" dans les faits : laissé en liberté dans la nature, il s'alimente d'herbages naturels. Mais la certification facilite la vente de la viande et de la laine sur les marchés étrangers. La surface moyenne de l'exploitation "bio" de Santa Cruz est d'ailleurs de… 80.000 ha ! On est loin de l'image d'Epinal du petit maraîcher français cultivant ses patates et ses tomates sur quelques ha…

Et le cheptel bovin?
Le cheptel bovin "bio" est marginal. Il ne représente que 170 têtes pour les vaches laitières, sur un total de 3 millions de bêtes. Cela tient à la complexité de l'élevage laitier bio (aujourd'hui, les vaches argentines sont souvent nourries d'un mélange d'ensilage et d'herbe), mais aussi à l'absence de valorisation des produits laitiers bio en Argentine. Idem pour les vaches à viande : on dénombre 105.000 têtes "bio" sur un total de 50 millions de bêtes.

Comment expliquer que l'Argentine, dans ce cas, occupe un des premiers rangs mondiaux pour l'exportation de produits agricoles "bio" ?
La consommation intérieure est très limitée : environ 2% de la production, essentiellement les productions maraîchères. Seuls les petits producteurs de légumes installés à la périphérie de Buenos Aires, Rosario et Córdoba alimentent le marché local. Le reste – 98% de la production, 125 000 tonnes en 2009 – part à l'exportation : viande et laine de mouton, mais aussi poires et pommes, céréales et oléagineux (blé, riz) et de plus en plus, vin bio…

Et cette faible consommation, à quoi tient-elle ?
D'une part, du côté des producteurs, l'agriculture biologique est surtout un concept marketing peu compatible avec l'objectif de nourrir la population. Du côté du consommateur, il y a une méconnaissance du sujet. L'Argentine est fermée sur elle-même, peu de produits alimentaires arrivent de l'étranger. En outre, les habitudes alimentaires privilégient l'abondance – de la viande de préférence – et son faible coût. J'ai souvent entendu : "C'est bio, ça ne fait pas grossir". Or les concepts de biologique et de diététique n'ont rien à voir !

Vous évoquez aussi le rôle des autorités publiques…
La France et l'Europe soutiennent leur agriculture "organique" : aide à la reconversion (en terres "bio"), soutien au maintien de l'activité dans les zones difficiles, dispositions de la PAC etc. La situation est très différente en Argentine : le soja transgénique, l'option la plus rentable, concentre les investissements.
Mais attention, on ne peut pas plaquer le système français sur le système argentin. Si ce dernier repose sur un paquet technologique fortement controversé en Europe (OGM, glyphosate et semis direct), la réduction du labour que permet cette technique agricole a un impact indéniablement positif sur l'environnement (notamment le maintien de la fertilité des sols). En outre, conscients des dangers de la monoculture, les producteurs argentins calculent leurs épandages en fonction des ressources disponibles, le "sur-épandage" de produits chimique n'est donc pas chose commune. A cet égard, l'Argentine respecte davantage l'environnement que nous !

Propos recueillis par Barbara VIGNAUX (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires pour Santiago ) mercredi 27 octobre 2010

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