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Dans les coulisses de la Feria de San Miguel: la corrida sévillane entre controverse et art du geste

À Séville, la corrida fait partie du décor. Dans les rues, les bars et les restaurants du centre historique, les références à la tauromachie s’affichent partout sur les murs. Et, à l’approche de la Feria de San Miguel, les conversations se concentrent uniquement sur les taureaux. Dans les tribunes, certains connaissent chaque code de la tauromachie, tandis que d’autres découvrent pour la première fois ce spectacle si particulier et de plus en plus critiqué. Pendant plusieurs jours, Le Petit Journal d’Andalousie s’est installé dans les arènes de Séville pour tenter de comprendre ce qui se joue derrière les gestes du torero et pourquoi cette tradition, malgré de nombreux opposants, continue d’attirer un public venu de toute l’Espagne, mais aussi de France.

Feria de San Miguel, dans les arènes de la MaestranzaFeria de San Miguel, dans les arènes de la Maestranza
Feria de San Miguel, dans les arènes de la Maestranza (CC/ LAHMAM Sami)
Écrit par Sami LAHMAM
Publié le 28 septembre 2026

Séville : une ville profondémment lié à la corrida

Impossible de parler de corrida à Séville sans évoquer la Maestranza. Située au bord du Guadalquivir, dans le quartier de l’Arenal, la plaza de toros est aujourd’hui l’un des lieux emblématiques de la tauromachie espagnole. Mais l’histoire taurine de la ville est bien plus ancienne que l’arène elle-même. En 1670, la Real Maestranza de Caballería de Sevilla est fondée et organise déjà des fêtes taurines et équestres dans les principales places de la ville.

Il faut attendre 1730 pour que la Maestranza obtienne le privilège royal d’organiser des corridas et fasse construire une première arène en bois dans le secteur de l’Arenal. Quelques décennies plus tard, en 1761, débute la construction de l’actuelle plaza de toros en pierre. Les travaux vont s’étendre sur plus d’un siècle, avant l’achèvement de l’arène en 1881.

Depuis, la Maestranza s’est imposée comme l’un des grands rendez-vous de la tauromachie espagnole. Elle accueille notamment les corridas de la Feria de Abril et de la Feria de San Miguel, faisant de Séville une ville où la culture taurine reste particulièrement présente.
La ville entretient depuis longtemps un lien particulier avec la culture taurine. Dès les années 1670, ils organisaient déjà les premières fêtes taurines et équestres dans les principales places de la ville avant même la construction de son arène. Son rôle dans l’histoire de la tauromachie sévillane devient particulièrement important au XVIIIe siècle.

Codes et étapes pour comprendre la corrida

Mais pour un spectateur qui ne connaît pas les codes de la corrida, entrer dans la Maestranza peut aussi donner l’impression d'arriver au milieu d’un spectacle dont les règles sont inconnues. Qui fait quoi ? Pourquoi le taureau entre-t-il seul dans l’arène ? Quel est le rôle du cavalier ? Pourquoi les spectateurs applaudissent-ils à certains moments et restent-ils silencieux à d’autres ?

Pour comprendre ce qui se passe sous les yeux du public, il faut d’abord revenir aux différentes étapes de celle-ci.

Le spectacle commence avec le paseo, le moment où les toreros et les différentes équipes entrent dans l’arène sous les yeux du public. Le taureau fait ensuite son entrée. Pendant le premier tercio, le picador, installé sur un cheval protégé par une épaisse cuirasse, intervient avec une longue pique. Son rôle est notamment de tester la réaction du taureau et sa manière de charger.

Viennent ensuite les banderilleros qui s’approchent du taureau à pied pour planter trois paires de petits bâtons décorés dans le haut de son dos. Cette étape permet notamment de poursuivre le travail engagé lors du premier tercio et d’observer la manière dont l’animal réagit aux sollicitations.

Enfin arrive le troisième tercio, celui de la faena. C’est le moment où le matador se retrouve au centre de l’arène avec sa muleta, cette pièce de tissu rouge qu’il utilise pour guider les charges du taureau. Il enchaîne alors différentes passes en cherchant à contrôler les mouvements de l’animal tout en conservant une certaine proximité avec lui. Cette partie est particulièrement observée par les aficionados, qui jugent la précision, la maîtrise et l’élégance des gestes du matador.

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À ce moment-là, les conversations diminuent dans les gradins. Les regards se concentrent sur le centre de l’arène. Pour un spectateur novice, les mouvements peuvent parfois sembler difficiles à décrypter. Pour les aficionados, chaque détail compte.

« Il faut regarder les pieds, la distance, l'allure et le geste »

Dans les gradins de la Maestranza, plusieurs spectateurs français ont fait le déplacement spécialement pour l’occasion. Certains viennent de villes du sud de la France où la culture taurine est également présente, comme Nîmes, Arles, Montpellier ou Palavas. Parmi eux, Yves et Mathieu, habitués à fréquenter les arènes françaises, sont venus à Séville pour assister à la Feria de San Miguel.

Pour Yves, la corrida ne se regarde pas sans quelques clés de compréhension. Au fil de la soirée, il n’hésite d’ailleurs pas à les transmettre aux autres spectateurs. Lorsqu’il entend parler français autour de lui et comprend que certains découvrent la corrida, il prend le temps de leur expliquer les rudiments et de leur donner quelques conseils pour mieux observer ce qui se déroule dans l’arène. Une façon de faire découvrir au spectateur novice des détails qui pourraient autrement lui échapper.

Car pour un aficionado, regarder une corrida ne consiste pas uniquement à suivre les déplacements du taureau. Le regard se porte aussi sur le matador : sa position, ses pieds, la distance qu’il conserve avec l’animal, la manière dont il utilise la muleta et surtout la fluidité de ses mouvements.

Mathieu, lui, insiste davantage sur l’élégance des toreros. Il a notamment apprécié le moment de la novillada, une corrida mettant en scène de jeunes toreros encore au début de leur carrière. Parmi eux, Ignacio Garibay et Olga Casado ont particulièrement retenu son attention. Cette dernière présente une particularité : elle évolue en tant que femme torero dans un milieu historiquement très masculin. Mathieu a notamment apprécié chez elle son élégance et la finesse de ses gestes, tout en relevant certaines limites techniques selon lui, notamment au moment de l’estocade, qu’il attribue en partie à une force physique différente.

Dans les gradins, les réactions permettent parfois de mesurer l’importance de ces détails. Un mouvement particulièrement maîtrisé déclenche les applaudissements du public qui observe, réagit et participe dans une moindre mesure à une corrida réussie.

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