

Mercatino americano
Pour célébrer son fameux Mercatino américano, à travers lequel chocolat, cigarettes, aspirines... puis Levi's et Ray-Ban entrèrent dans la vie des Italiens, Livourne a souhaité organiser une exposition. Elle se tient du 30 juillet au 9 août, à la Bottega del Caffè. Outre la centaine de photos, cartes d'époque et documents historiques exposés, vous pourrez découvrir une exposition de tableaux de Giuseppe Cavalleri qui reproduit le mercatino et la place Venti Settembre surnommée également place de la contrebande. Il y a quelques jours, le nouveau siège du marché américain a été inauguré, à la citadelle maritime. Après environ dix ans d'attente, les Livournais vont enfin revoir ce qui a fait leur fierté. Sur plusieurs banderoles ont pouvait lire: "bon retour au marché américain"ou encore "Depuis 1947 l'histoire continue". Mais il y a un problème, il est désormais impossible pour ceux qui débarquent des navires d'atteindre le mercatino en passant par le port. Un choix rapidement expliqué par les intéressés: "Par sécurité, nous devions faire en sorte que les touristes sortent du passage du port".

Intitulé "Mercatino americano e dintorni - una storia della dopo guerra", le livre d'Ursula Galli raconte à l'aide d'images, interviews, extraits de journaux d'époque, l'histoire du mercatino de la Piazza Venti Settembre jusqu'à son transfert à l'intérieur du port. Un déplacement qui représente un évènement historique.
En effet, la majorité des Livournais n'ont pas connu l'ancienne place. Pour les plus âgés, il reste difficile de se rappeler de la place dans les années 1950-1960. Cette période où chaque matin était déversé aisément des tonnes de marchandises provenant majoritairement d'Outre-Antlantique. Les contrôles étaient quasiment inexistants car toute la population voulait profiter du rêve américain. Un véritable âge d'or, né des cendres de l'après-guerre, qui a permis à Livourne de se développer. Avec la contrebande de cigarettes et les biens de premières nécessités, le mercatino americano est devenu la principale attraction touristique de Livourne et ce jusqu'au début des années 1980.
Le miracle italien
Des débuts de la Callas à la Scala aux Jeux Olympiques de Rome en 1960, l'Italie, inondée d'argent par le plan Marshall, entre avec une rapidité prodigieuse dans l'époque moderne.
Formidable transformation d'un pays qui part de l'image rurale de Gino Bartali jusqu'au moteur Coppi. Dans le corps du premier coule le sang, dans le corps du second coule l'essence. Saisissant raccourci, qui symbolise le passage de l'Italie agricole au pays prospère de la dolce vita. Deux visages qui aiment s'opposer pour mieux s'unir et donnent à l'Italie cette beauté inégalée.
Tout démarre avec la géniale invention de la Vespa, le scooter de Piaggio, conçu, en 1946, par l'ingénieur aéronautique Corradino D'Ascanio, à partir de la récupération de roues d'avions. Peu de temps après, c'est la Lambretta qui voit le jour, l'autre cyclomoteur mythique des années 1950. "Vespa et Lambretta donnèrent à l'après-guerre une vitesse insoupçonnée. Jusqu'alors, l'Italie était un peuple de cyclistes avec ses 6 millions de bicyclettes sur lesquelles comptait le pays pour se rendre au travail, aller aux réunions politiques ou faire l'amour dans les prés, le dimanche", se souvient Guido Vergani, journaliste au Corriere della Sera. En 1965, à la mort d'Enrico Piaggio, 3,5 millions de Vespa ont été vendues dans la péninsule, soit une Vespa pour 12 Italiens ! Entre-temps, la Fiat de Gianni Agnelli avait amorcé une autre révolution en Italie : la naissance de l'automobile de masse, avec le lancement de la Fiat 600 au Salon de Genève en 1955. Deux ans plus tard, c'est l'arrivée de la fameuse Cinquecento de l'ingegnere Dante Giacosa. Les Italiens se découvrent automobilistes: 700.000 en 1955, ils deviennent 10 millions à la fin de la décennie. "Ces deux voitures ont révolutionné les moeurs du pays. On découvre la Cinquecento comme une garçonnière mobile dans un pays où le degré d'émancipation sexuelle était proche de zéro. C'est un changement radical qui coïncide avec la fermeture des maisons closes en 1958", raconte Guido Vergani.
La créativité italienne s'opère dans tous les domaines (architecture, design, musique...) 
Dans les années 1970, le mercatino de Livourne est la réserve de chasse des pionniers des radios italiennes: ils trouvent ici les transmetteurs FM de la base américaine qui vont leur permettre de réaliser la célèbre "Alta Frequenza"des premières Radio Libres en Italie. De nos jours, Renzo Arbore, en concert à Livourne le 21 aout, fréquente toujours le mercatino à la recherche de reliques destinées à son extraordinaire collection d'objets kitschs.
Période des trois grands génies de "l'Italie d'exportation"( Federico Fellini, Gianni Agnelli et Enzo Ferrari) et de la sulfureuse Lollobrigida comme la qualifiait Enzo Biagi, les années 1950 à la sauce italienne suscitent encore et toujours un brin d'émerveillement.
Alexis Conquet (lepetitjournal.com/Toscane) Lundi 3 Aout 2009
Photo: La terrazza Mascagni (crédit: Lpj.Toscane);images du Livre de Ursula Galli;Renzo Arbore
Info: La Bottega del Caffè, viale Caprera


































