

A 69 ans, Jean-Loup Dabadie a fait son entrée à l'Académie française. La "vieille dame"se paye un coup de jeunesse avec ce saltimbanque de génie. Scénariste de Sautet et Truffaut, parolier de Polnareff et Julien Clerc, difficile de faire plus populaire (Rediff)
Jean-Loup Dabadie occupe le fauteuil de l'écrivain Pierre Moinot, décédé en mars 2007 (photo AFP)
L'Académie française a comblé l'un de ses sept sièges vacants en la personne, plutôt surprenante de Jean-Loup Dabadie. Plus dandy que sage, plus saltimbanque que pur écrivain, il a obtenu 14 voix, contre deux à l'essayiste Jean-Pierre Lassalle, sur un total de 25 votants. Un retour en grâce après un échec en 1989.
A 69 ans, Dabadie incarne, en plus d'une rupture de style avec les occupants habituels de la Coupole, un véritable coup de jeune -la moyenne d'âge est de 79 ans. Pour couronner le tout, son arrivée symbolise le retour du cinéma à l'Académie, absent depuis la mort de René Clair en 1981.
Il est à l'origine des dialogues ou scénarios d'une trentaine de films marquants de ces 40 dernières années. Il a notamment écrit César et Rosalie, Les choses de la vie ou Vincent, François, Paul et les autres pour Claude Sautet, Une belle fille comme moi pour Truffaut...
Romancier aussi, Dabadie
Dabadie, c'est avant tout un grand sens de la comédie. Associé à Yves Robert, on lui doit Un éléphant, ça trompe énormément (1976) et Nous irons tous au paradis (1977), interprétés notamment par Guy Bedos. Fidèle ami de l'humoriste justement, il lui a concocté deux sketchs cultes : Bonne fête, Paulette et Le boxeur. Pierre Palmade et Muriel Robin ont aussi bénéficié de ses talents.
Alors qu'il était encore en Khâgne à Louis-le-Grand, Dabadie s'est d'abord essayé au roman. Bac en poche à 15 ans, il a raté de peu une première édition chez Grasset, avec Le roi est mort. S'étant dit "soufflé"par certains passages, Hervé Bazin devait retravailler le manuscrit. Mais l'écrivain a cessé toute collaboration sans crier gare. Dabadie a finalement abandonné cet ouvrage, pour sortir en 1958 chez Seuil, Les yeux secs. A la suite de ce roman à la fois romantique et cynique, il a été salué par la critique avec Dieux du foyer (1960). Ce succès lui a ouvert les pages de la revue avant-gardiste Tel quel, créée par Philippe Sollers et Jean-Edern Hallier.
Mais son élection surprise va surtout faire résonner sous la Coupole, des paroles aussi populaires qu'entêtantes. Ma préférence et Femmes, je vous aime de Julien Clerc, c'est lui. On ira tous au paradis et Lettre à France de Polnareff, c'est lui aussi. Sardou, Reggiani et tant d'autres l'ont inspiré. De quoi transformer la "vieille dame"en une star académie. Une vraie.
Nicolas MANGIN. (www.lepetitjournal.com) lundi 14 avril 2008
En savoir plus
L'Express - Le dandy et la "vieille dame"
Le Télégramme.com - Dabadie fait entrer chanson et cinéma






















