

Guillaume Bontoux, 31 ans, est originaire d'une petite ville proche d'Avignon. Depuis cinq ans, il est journaliste à Radio Nacional Española (RNE). Question-réponse avec ce Français "infiltré" dans les médias espagnols, qui nous apporte son regard sur la presse, sur l'actu et revient sur ses expériences les plus fortes.
lepetitjournal.com : Quel est ton parcours professionnel et quelles études as-tu suivies ?
Guillaume Bontoux : J'ai été étudiant à Avignon en Histoire. Pendant ma maîtrise, j'ai passé un an à Séville en échange Erasmus. L'Espagne m'a beaucoup plu, j'y suis resté deux ans au lieu d'un. Par la suite, je suis retourné en France, à Paris, pour y préparer le concours d'entrée des écoles de journalisme. J'ai été pris à Lille. Mon stage de fin d'études, je l'ai fait à Madrid pendant trois semaines en 2007 dans une émission de RNE en langue française qui pourrait être l'équivalent de RFI en France. Quand une place s'est libérée en janvier 2008, ils m'ont rappelé pour que je vienne travailler avec eux et j'y suis allé.
Peux-tu nous présenter ton programme à RNE Exterior ?
Les choses ont évolué depuis mon arrivée en 2008. Je suis maintenant coordinateur à 20 % de l'émission Europa Abierta sur Radio Exterior. Cette émission traite de l'Union Européenne, de l'actualité politique et économique de l'Europe. Le choix des sujets est libre et varié, on traite l'actualité européenne comme par exemple les élections italiennes ou les négociations de la Serbie pour son entrée dans l'Union Européenne. On travaille beaucoup sur les différents pays d'Europe et les institutions avec une liberté de ton assez agréable. En total, nous sommes quatre en studios, un Anglais, deux Espagnols et moi-même. Nous possédons aussi un réseau de correspondants. L'émission est quotidienne, de 11 heures à midi, du lundi au vendredi. Elle est diffusée en direct sur internet et plait beaucoup à l'étranger, en Amérique du Sud et en Europe. Je suis aussi correspondant pour le quotidien belge Le Soir et la RTBF depuis janvier 2008.
Quels ont été les moments forts de ton séjour en Espagne ?
Tous les ans, il y a deux ou trois moments forts comme les élections en mars 2008 avec la réélection de Jose Luis Rodríguez Zapatero, les victoires de l'Espagne au mondial et à l'Euro de football. Cela a créé de l'effervescence pour les journalistes. Il y a eu le mouvement du 15M et la première manifestation des Indignés. Personne ne pouvait imaginer que le mouvement allait fasciner le monde entier. Plus récemment, au mois de juillet dernier a eu lieu la marche des mineurs d'Asturies. Ils ont fait leur entrée à Madrid avec des lampes frontales en chantant. Ce sont des moments ponctuels, mais intenses...
Tes interviews les plus marquantes ?
Dernièrement, lorsque je suis allé à la rencontre de familles qui allaient être expulsées de leur logement. Un homme, chez lui avec ses cartons, te raconte son histoire en pleurant. Avec la crise économique, on se trouve face à des personnes en grande difficulté et en détresse. Les Espagnols gardent un côté très fataliste. Ils essaient de vivre au jour le jour et qui profitent de ce qu'ils ont malgré la crise.
Peux tu revenir sur ton expulsion d'El Aaiun, au Sahara Occidental ?
En 2010, il y a eu des protestations venant d'un camp de réfugiés à l'extérieur d'El Aaiun. Les Sarahouis contestaient le régime marocain et dénonçaient de mauvaises conditions de vie. Le gouvernement central ne voulait pas aborder ni traiter le problème. Le camp a été démantelé violemment, et les journalistes espagnols présents sur place, expulsés. Je me suis proposé pour y aller en tant que Français. Je voulais me faire passer pour un touriste ou un étudiant. J'ai réussi à passer les contrôles en bus et en taxi. En tout, je suis resté huit heures au Sahara Occidental. J'ai pu faire une chronique pour la radio en espagnol. Finalement, j'ai été expulsé. En pleine nuit, ils sont venus me chercher à l'hôtel et m'ont confisqué mon passeport. Au niveau journalistique, c'était assez frustrant. Je n'ai pu sortir que deux fois de l'hôtel. Cette histoire a eu beaucoup de répercussion médiatique parce que c'est un sujet sensible en Espagne. Le Sahara Occidental est une ancienne colonie espagnole et le Maroc l'a toujours considéré comme une partie de son territoire. Pour l'ONU, ce dernier est toujours en processus de décolonisation, elle ne reconnait pas le régime en place. La France, elle, reconnait l'autorité du Maroc.
Quelle est à ton sens la différence entre les médias espagnols et les médias français ?
C'est une comparaison difficile. En France, l'éventail est varié, tandis qu'ici, il y a une hégémonie des médias conservateurs, de droite. Le traitement de sujets comme l'ETA ou Cuba est parfois surprenant. Les médias sont très politisés en Espagne, beaucoup plus qu'en France. Cela s'explique en partie parce que l'Espagne est une jeune démocratie.
En règle générale, le grand virage, dans le journalisme, a eu lieu à la fin de la Seconde guerre mondiale et provenait des pays anglo-saxons. Les médias se sont modifiés et on a vu un nouveau journalisme apparaître dans les années 50-60. A cette époque, l'Espagne n'a cependant pas connu la mutation du journalisme, à cause de la dictature. Cette nouvelle façon de traiter l'information est arrivé plus tard qu'en Europe, et du coup l'évolution a été très rapide, mais incomplète. Il manque la réflexion de base qu'ont pu connaître les autres pays, après guerre. Cela dit, je pense qu'il existe de grandes plumes en Espagne, même s'il faudrait tendre vers plus d'objectivité.
Milia Colombani (www.lepetitjournal.com - Espagne) Vendredi 15 mars 2013
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