Mercredi 8 juillet 2020

Julio Bruno, PDG de Time Out: "Nous apprenons à nous réinventer"

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 30/04/2020 à 13:04 | Mis à jour le 01/05/2020 à 11:29
Photo : DR
Julio Bruno time out

Face au Covid-19, le PDG de l'un des plus importants groupes de médias du monde, Time Out Group, a accepté d’expliquer au site lepetitjournal.com ses mesures pour se réinventer. Time Out, devenu Time In, montre qu’il est possible d’adapter la stratégie de l’entreprise en ces temps difficiles. 


Time Out, mondialement connu, rime sans nul doute avec voyages et loisirs. La crise du Covid-19 aurait donc pu signifier la fin d’une belle histoire commencée il y a 50 ans, mais c’était sans compter avec son PDG, l’Espagnol Julio Bruno, qui a immédiatement relevé le défi. Après le début de l'alerte pour Coronavirus, Julio Bruno a eu l'idée de parier sur le nouveau concept "Time In", en se concentrant sur des contenus plus pertinents à consommer chez soi, et il l'a donc proposé au reste des équipes. 

"Début mars -explique Julio Bruno- nous avons commencé à réfléchir à ce que nous allions faire et le 13 mars, nous avions déjà envoyé, pour leur sécurité, tous les employés chez eux et lancé une nouvelle approche. Comme je l'ai dit à Eduard, directeur exécutif de Time Out Spain, si nous nous confinons, nous devrons être 'Time In' et non 'Time Out', et raconter ce qu'il vaut mieux faire à la maison plutôt qu’en ville, comme apprendre des langues, de nouvelles formations ou la cuisine ; d'abord par responsabilité et ensuite comme une façon de se réinventer". 


Tirer profit du confinement

Dans cette nouvelle optique, le groupe s'est risqué à essayer de nouvelles choses pour "tirer profit" de ce confinement. Time In a ainsi adapté son contenu pour aider ses lecteurs à trouver un peu de lumière et de divertissement à la maison, et aussi soutenir les entreprises locales. En Espagne, par exemple, ils ont lancé Time In Pocket, un nouveau format qui s'adapte parfaitement à l'écran du smartphone et de la tablette et qui rompt avec la ligne des magazines traditionnels, pour offrir une expérience beaucoup plus interactive avec les contenus.

Time Out, présent en 13 langues dans 327 villes de 58 pays, est né à Londres en 1968 comme un mini magazine de contre-culture pour expliquer ce qu'on pouvait faire dans la capitale britannique. "Dans le passé –rappelle Julio Bruno- il était très difficile de savoir ce qui était 'cool', et aujourd’hui Time Out continue, en cherchant, recommandant et inspirant ce qu'il y a de mieux dans les villes". Et cela marche. L’audience mondiale mensuelle est de 63,2 millions d'utilisateurs par mois sur toutes les plateformes, avec une croissance de 18% en un an.


Que personne ne s'attende à un retour soudain de la consommation

Alors que le nouveau mot à la mode est celui du déconfinement, le PDG de Time Out pense que l'impact de la crise du Covid-19 pourrait durer plus d'un an et que la consommation sera réduite du fait que les gens auront un pouvoir d'achat moindre après cette crise. "Que personne ne s'attende à un retour soudain de la consommation -prévient Julio Bruno. Il y aura bien sûr de belles journées ensoleillées où les gens sortiront, mais cela dépendra aussi de s'il y a ou non une deuxième vague. Tout indique que pendant près d’un an et demi, nous devrons contrôler les dépenses". 

Il encourage d’ailleurs les entrepreneurs à repenser leur stratégie commerciale s'ils n'ont pas encore de présence en ligne. "Si une société n’a pas de stratégie numérique, qu'attend-elle ? Je répète cela depuis 15 ans, mais maintenant, c'est encore plus vrai. Tout ce qui est économie immédiate et à domicile compte, et je le recommande à tout entrepreneur". 


63,2 millions d'utilisateurs par mois

Time Out est d’ailleurs devenu un média à prédominance numérique. Depuis le lancement de leur première plateforme sur la toile en 1995, le passage au numérique s'est accéléré au fil des ans, et en 2019, le magazine imprimé ne représentait plus que 23% des ventes totales du groupe. "Nous sommes une entreprise orientée vers le consommateur -explique le PDG de Time Out- et ce dernier est aujourd'hui davantage dans le monde numérique et les réseaux sociaux, où nous nous développons fortement et encore plus maintenant après la crise du Covid-19". 

Il semble que ce nouveau pari de Time In ne soit pas quelque chose de temporaire. "Une fois que nous aurons surmonté la peur -affirme le PDG de Time Out- nous reviendrons pour voyager et consommer, mais Time In est là pour rester. Nous pensons qu'une partie de notre contenu Time In restera pertinent après la crise et nous le conserverons comme contenu régulier. Nous avons lancé notre campagne 'Love Local' pour soutenir les petites entreprises locales. Nous avons également créé un portail d'information 'Time In Daily' et 'The best of the city - straight to your sofa'. Je vois donc un avenir avec Time In une fois que nous pourrons à nouveau avoir Time Out".

Outre le célèbre magazine, le groupe a lancé en 2014 la division Time Out Market avec une première ouverture à Lisbonne, le seul marché de la restauration et des loisirs au monde basé sur les critiques professionnelles. "En 2019 -signale Julio Bruno- nous avons eu 4,1 millions de visiteurs sur notre marché de Lisbonne. Le concept est une restauration de très haute qualité, la meilleure de la ville selon nos critiques, mais en la rendant accessible à tous les consommateurs. Nous avons ensuite ouvert des marchés à New York, Boston, Miami, Chicago et Montréal. Dans les mois et les années à venir, nous ouvrirons à Dubaï, Porto, Prague et Londres, et la liste des villes ne cesse de s'allonger car il existe une demande pour ce concept unique".

Le groupe travaille actuellement sur des plans de réouverture de tous ses restaurants, qui sont au nombre de 150 dans le monde, en ajoutant des mesures de sécurité comme retirer la moitié des tables, mettre des thermomètres à l'entrée, donner des informations à chaque client, fournir des gants et des masques, etc. Encore et toujours apprendre à se réinventer.
 

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Armelle pvd

Armelle Pape Van Dyck

Après 15 ans à la direction de la communication de la 1ère banque espagnole, elle a décidé de concilier vie pro & perso, comme journaliste freelance en français ou espagnol. Elle est vice-présidente de l’Association des Correspondants de Presse Étrangère.
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