Caçandoca: le premier quilombo reconnu sur zone maritime au Brésil 

Par Vincent Bosson | Publié le 07/04/2022 à 04:58 | Mis à jour le 08/04/2022 à 10:15
Photo : Plage déserte au quilombo de Caçandoca / Vincent Bosson
Plage déserte au quilombo de caçandoca

Situé sur la commune d'Ubatuba, à 3h de route de São Paulo, le quilombo de Caçandoca est le premier quilombo à avoir été reconnu sur une zone maritime par les autorités publiques. Après des années de lutte pour leur terre, la communauté de Caçandoca s’est ouverte au tourisme, entraînant le flâneur dans l’histoire et des lieux insolites.

 

Les quilombos au Brésil

Pendant l'air colonial, les quilombos désignaient des lieux isolés où se réfugiaient les esclaves noirs. Le plus célèbre étant le quilombo de Palmares, à Alagoa, qui comptait plus de 50.000 réfugiés à la fin du XVIIe siècle et qui fut le théâtre d'affrontements sanglants.

Comme pour les territoires indiens, la constitution brésilienne prévoit et garantit le droit des terres quilombolas, dont l'occupation est basée sur l'ancestralité et des traditions culturelles propres. C'est l'INCRA, sous l'autorité du ministère du développement agraire, qui est responsable des démarcations et des recherches anthropologiques et historiques des quilombos. Ces travaux ont permis, en outre, de recueillir de nombreuses informations liées aux périodes esclavagistes et post-esclavagistes au Brésil.

 

Le terme « quilombo » vient de la langue Bantou, un peuple d'Afrique de l'Ouest, qui signifie « campement », ou encore « fort à l'accès difficile ».

Quant au nom Caçandoca, son origine provient du tupi-guarani, le suffixe « oca » désignant la maison, et du bantou, dont le terme signifie « Gabon de la forêt », en référence aux pays d'origine de certains esclaves.

À Caçandoca, le territoire fait partie d'une ancienne plantation esclavagiste, qui produisait de la canne à sucre et du café. Maria Gabriel do Prado, l'une des doyennes de la communauté se rappelle encore que son grand-père était esclave dans la plantation, lorsqu'un portugais nommé José Antunes de Sá avait acheté le domaine de Caçandoca. À la suite de l'abolition de l'esclavage en 1888, la plantation est démantelée et certains esclaves fuit, d'autres restent. Une partie se joindra aux petits-enfants de José Antunes de Sá et une autre formera un groupe descendant de deux familles d'anciens esclaves, pour enfin composer les 50 familles qui vivent actuellement dans le quilombo de Caçandoca.

 

Quilombo Caçandoca
Maria Gabriel do Prado, la doyenne de la communauté de Caçandoca / Vincent Bosson

 

Conflit pour les terres

Suivant le BR-101, la route littorale rejoignant Rio de Janeiro, il faut ensuite prendre une route de terre pendant 6 km, jonchée de trous et entourée d'une forêt luxuriante. La plage de Caçandoca est un petit paradis où s'agglutinent l'été les familles brésiliennes.

João et son chien Billy vont nous guider dans cet endroit particulier, chargé d'histoire, afin de mieux comprendre les événements qui se sont déroulés ces dernières années. Et la BR-101, que nous avons empruntée pour rejoindre le quilombo, a été le début des problèmes, attirant le secteur immobilier.

João nous explique que dans les années 60, les « caiçaras », des personnes humbles et souvent peu lettrées vivant sur le littoral, ont été victimes de nombreuses pressions et menaces de la part des sociétés privées, pour leur soustraire leurs terres. Par peur, ou après quelques verres de trop, nombreux sont ceux à avoir vendu leurs biens pour une bagatelle. Certains imaginaient offrir une vie meilleure à leurs enfants, certains croyaient même que, grâce au document qu'il venait de signer, il allait obtenir un titre de propriété. En réalité, il s'agissait d’un contrat de vente.

Plus de la moitié des familles de Caçandoca ont perdu ou ont été forcée de quitter leur terre, en raison de la spéculation immobilière. En 1974, une entreprise s'approprie plus de 400 hectares, dont la plage de Caçandoca, et interdit l'accès aux pêcheurs locaux jusqu'en 1985. L'école, quant à elle, est abandonnée par les pouvoirs publics.

À partir de 1997, date de la création de l'association de la communauté de Caçandoca, les habitants occupent les terres réclamées. Après 20 ans de lutte et de procédures juridiques, en 2006 et par décret du président de la République, l'entreprise est désappropriée et l'INCRA reconnaît officiellement le quilombo.

 

quilombo de caçandoca
João et son chien Billy, au quilombo de caçandoca / Vincent Bosson

 

Caçandoca : Une mémoire encore à retrouver

L'association permet à la communauté de gérer le territoire du quilombo, d'être reconnue par les autorités publiques et, surtout, de faire vivre à nouveau une culture propre, attachée à l'histoire et à la terre. Le projet d'un musée est en cours de construction, utilisant la technique traditionnelle du torchis, constitué de morceaux de bois entrelacés et attachés par des lianes, les panneaux ainsi élevés sont alors remplis de terre argileuse.

L'ancienne ferme de la plantation n'existe plus, mais plusieurs ruines de l'époque coloniale subsistent encore, notamment l'endroit où les esclaves arrivaient à l'époque par bateau. Le long de la côte, quelques maisons traditionnelles sont encore occupées et un ancien cimetière d'esclave se cache sous une forêt secondaire épaisse. La plupart des habitations se concentrent aujourd'hui à Caçandoca et les enfants, généralement, n'habitent pas le quilombo et habitent dans la cité à proximité. La communauté vit essentiellement du tourisme et de jardins de subsistances, nombre d’entre eux travaillant à l’extérieur.

Il est possible de demander les services d’un guide à la plage de Caçandoca pour une visite en bateau ou en randonnée.

Vincent Bosson

Vincent Bosson

Formé en science de l’éducation et en sociologie, Vincent Bosson est photojournaliste installé à São Paulo, correspondant de lepetitjournal.com pour ses éditions au Brésil (Rio de Janeiro et São Paulo).
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