Chaque mois, des centaines de milliers de tonnes d’huile de cuisson usagée sont générées en Indonésie par les foyers ou les restaurants. Une ressource abondante, mais très peu exploitée voire dangereusement réutilisée. Face à ce constat, la startup Noovoleum a développé "ucollect" une solution innovante pour collecter et valoriser ce déchet, tout en générant des revenus pour les populations locales.


Une prise de conscience née du terrain
À l’origine de Noovoleum, il y a le parcours du Québécois Philippe Micone, ancien cadre du groupe Shell installé en Indonésie depuis 2018. Spécialiste des technologies de biocarburants, il découvre, au fil de ses missions, les coulisses du marché de l’huile usagée.
Ce qu’il observe le choque profondément : un système très inégalitaire au niveau de la répartition de la valeur ajoutée. Dans le même temps, Philippe estime que les volumes réellement collectés restent dérisoires. De ce constat naît une idée : structurer une filière plus équitable et plus efficace en matière de collecte. C’est ainsi qu’il fonde en 2022 avec son associé Olivier Biot, Noovoleum, avant d’être rejoint par Egis Rimkus.
Un gisement colossal, des impacts environnementaux et sanitaires majeurs
L’Indonésie produit environ 200 000 tonnes d’huile usagée par mois, soit entre deux et quatre litres par foyer, dont près des deux tiers proviennent des ménages et des petits restaurateurs. Pourtant, seulement 5 à 10 % de cette huile est aujourd’hui collectée.
Lorsque l’huile usagée est rejetée dans l’environnement, les conséquences sont multiples. Dans les villes, elle contribue au blocage des canalisations et des égouts. Dans les milieux aquatiques, elle crée un film en surface qui perturbe l’oxygénation de l’eau, affectant la faune et favorisant la prolifération d’algues et de micro-organismes.
Mais le risque est aussi sanitaire. En Indonésie, une partie de l’huile usagée est parfois réintroduite illégalement dans la chaîne alimentaire, après avoir été filtrée ou mélangée à de l’huile neuve. Sa réutilisation répétée produit des composés toxiques (aldéhydes, acides, etc.) néfastes sur la santé humaine.
Une solution technologique accessible
Pour répondre à ces enjeux, Noovoleum a développé un réseau de bornes de collecte connectées, appelées ucollect. Le principe est simple : les utilisateurs localisent une borne via une application mobile, déposent leur huile usagée, et reçoivent une compensation financière en quelques minutes. Chaque machine analyse rapidement le liquide pour vérifier qu’il s’agit bien d’huile usagée, puis crédite l’utilisateur (Environ 5500 IDR par litre)
Aujourd’hui, plus de 250 bornes ont été déployées dans plusieurs grandes villes indonésiennes, notamment Jakarta, Bandung ou Bali. Des bornes que l’on trouve dans les stations Pertamina ou les magasins Alfamart partenaires de Noovoleum.
Un modèle à fort impact social, une ressource clé pour la transition énergétique
Au-delà de l’aspect environnemental, le modèle repose sur une logique d’incitation économique. Pour les populations les plus modestes, la rémunération tirée de l’huile usagée peut représenter un complément de revenu significatif, une partie de la population indonésienne vivant avec moins de 2 dollars par jour. Philippe estime ainsi que 85 % des usagers de Noovoleum proviennent de milieux défavorisés.
Une fois collectée, l’huile est principalement destinée à la production de biocarburants, notamment le carburant aérien durable (Sustainable Aviation Fuel). Noovoleum est la seule entreprise indonésienne a avoir signé un contrat avec pertamina pour la vente de biocarburant notamment car c’est la seule entreprise a pouvoir garantir la traçabilité de l’huile depuis sa collecte jusqu’à sa transformation. Une condition sine qua-non pour répondre aux normes ISCC (International Sustainability Carbon Certification).
Par ailleurs, contrairement aux biocarburants de première génération (colza, soja…), issus de cultures agricoles, cette filière repose sur un déchet existant, ce qui limite son impact sur les terres et l’alimentation. L’huile peut également être utilisée pour produire du savon ou, plus marginalement, de l’alimentation animale.
Des défis encore nombreux
Malgré son développement rapide — une cinquantaine d’employés et des partenariats avec des acteurs majeurs indonésiens — Noovoleum reste une entreprise en croissance, encore non rentable. Elle doit notamment faire face à des obstacles réglementaires. L’interdiction récente d’exporter l’huile usagée en Indonésie a réduit les débouchés et les marges. Mais la startup vise malgré tout le déploiement de 800 à 1 000 bornes pour structurer une véritable filière nationale de collecte et est déjà présente en Thaïlande avec dix boites de collecte.
Pour en savoir plus sur Noovoleum : Instagram
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