Édition internationale

Le « Paspoortgate » : l’imbroglio du foot néerlandais qui embarrasse l’Indonésie

Au Pays-Bas, c’est une affaire très sérieuse qui secoue le monde du football mais qui a des répercussions jusqu’en Indonésie. Des joueurs de l’Eredivisie, le championnat de football de première division, sont accusés de ne pas être en règle d’un point de vue du droit du travail après avoir acquis la nationalité indonésienne pour pouvoir jouer dans l’équipe nationale de l’archipel. En devenant Indonésien, ces footballeurs auraient dû demander un permis de travail et ne pouvaient être alignés sans ce sésame. Au Pays-Bas, des centaines de matchs pourraient être rejoués, en Indonésie cela questionne la stratégie de naturalisation de joueurs dans le but de se qualifier à la coupe du monde. 

PasspoortgatePasspoortgate
Image d'illustration

Un podcast à l’origine d’un tremblement de terre footbalistique

L'histoire commence le 16 mars 2026, au lendemain d'un match banal de l'Eredivisie. Rogier Jacobs, intervenant dans le podcast De Derde Helft, lâche une remarque qui va faire l'effet d'une bombe : il s'interroge sur la titularisation de Dean James avec le Go Ahead Eagles lors du match tout juste disputé contre le NAC Breda, perdu 0-6 par ce dernier.

Dean James est né aux Pays-Bas mais a obtenu la citoyenneté indonésienne en mars 2025 pour représenter la sélection nationale de l'Indonésie, faisant ses débuts sous ce maillot face à l'Australie en mars 2026. Ce détail, anodin en apparence, va déclencher une crise sans précédent. En droit néerlandais, choisir de prendre une nationalité étrangère prive automatiquement la personne de sa citoyenneté néerlandaise. Elle devient alors un travailleur non-ressortissant de l'UE, soumis à l'obligation d'un permis de travail pour exercer professionnellement aux Pays-Bas. Sans ce sésame, en théorie pas le droit de jouer. 

La boîte de Pandore

Quatre jours après la diffusion du podcast, le NAC Breda dépose un recours auprès de la KNBV (Fédération royale néerlandaise de football) concernant l'éligibilité du joueur. Dean James est dépassé par la situation. « Je n'avais aucune idée de ce qui se passait », confie-t-il aux médias.

L'affaire dépasse très vite le seul cas de ce défenseur de 26 ans. Selon ESPN, le problème concerne des joueurs ressortissants d'Indonésie, du Suriname et du Cap-Vert, anciennes colonies néerlandaises dont les sélections ont activement recruté des joueurs nés aux Pays-Bas afin de fortifier leur équipe nationale. Le problème toucherait au moins onze joueurs de l'Eredivisie issus de huit clubs, couvrant 133 matchs du championnat élite. D'autres sources évoquent jusqu'à 25 joueurs concernés toutes compétitions confondues. La plainte déposée par le NAC Breda menace d’annulation de centaines de matchs avec des conséquences sportives et financières conséquentes.  

Je vis ici depuis 20 ans et soudainement je suis en situation irrégulière aux Pays-Bas.

La connexion indonésienne

Cette affaire retentit jusqu’en Indonésie où la Fédération indonésienne de football mène depuis plusieurs années une politique massive de naturalisation de joueurs nés aux Pays-Bas ayant des origines indonésiennes. Cette stratégie a été conçue pour qualifier l'Indonésie à la Coupe du monde 2026. Si les rouges et blancs n’ont pas décroché leur billet pour les Etats-Unis, l’équipe espère le faire pour la compétition de 2030 qui aura lieu en Espagne, au Portugal et au Maroc.

Quatre joueurs naturalisés de l'équipe nationale indonésienne se retrouvent au cœur des difficultés : Dean James (Go Ahead Eagles), Nathan Tjoe-A-On (Willem II), Justin Hubner (Fortuna Sittard) et Tim Geypens (FC Emmen). Leur situation est kafkaïenne. Le défenseur Tim Hoeijmans résume le choc : « Je vis ici depuis 20 ans et soudainement je suis en situation irrégulière aux Pays-Bas. » En contraste, Maarten Paes, le gardien vedette de la sélection indonésienne, avait rejoint l'Ajax Amsterdam sans problème : le club l'avait enregistré dès le départ comme joueur non-UE, en parfaite conformité avec les règlements.

Le verdict

Les clubs néerlandais se sentant floués dénoncent un vide d'information : « Pas une seule agence gouvernementale n'a dit quoi que ce soit à ce sujet au cours des deux dernières années. Nous avons tous agi de bonne foi. » Mais ce 4 mai 2026, le tribunal d'Utrecht a donné raison à la KNVB : « La direction des compétitions était en droit de décider que le match n'avait pas besoin d'être rejoué, malgré le fait qu'un des joueurs n'était pas éligible », les mesures prises par la fédération étant jugées suffisantes et raisonnables. Le juge précise que l'intérêt du NAC à rejouer un match « ne l'emporte pas automatiquement sur l'intérêt de la KNVB à éviter des problèmes potentiellement majeurs lors de la conclusion du championnat ». 

Pas de matchs à rejouer mais une grosse frayeur et des interrogations pour la suite. Car cette situation place ces internationaux dans dans une insécurité qui pourrait remettre en cause le choix d’acquérir une autre nationalité que celle des Pays-Bas. Et pour les équipes nationales comme celle de l’Indonésie à revoir leur stratégie de sélection.

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