Classée parmi les destinations émergentes de Thaïlande, Koh Chang continue d’attirer les voyageurs. Mais sur place, entre fréquentation en baisse et craintes liées à la proximité du Cambodge, le tourisme marque le pas.


Depuis la mer, Koh Chang déploie un décor presque irréel. Une île montagneuse couverte d’une jungle dense, des plages de sable clair bordées de palmiers, des cascades dissimulées dans la végétation et des eaux turquoise qui longent des routes sinueuses. Située à l’est de la Thaïlande, dans le golfe de Siam, l’île donne l’image d’un paradis tropical préservé, loin de l’agitation urbaine et des grands flux touristiques.
Cette attractivité naturelle est d’ailleurs reconnue à l’international. Selon un classement du site de réservation Agoda, Koh Chang est désignée comme la première destination émergente de Thaïlande, signe d’un intérêt croissant des voyageurs pour cette île encore perçue comme plus authentique et moins saturée que d’autres destinations du pays. Pourtant, sur le terrain, la réalité économique est plus nuancée.
Une fréquentation en baisse malgré les infrastructures
Sur les plages et dans les rues de l’île, le contraste est frappant. De nombreux hôtels sont en construction, les bars et restaurants se multiplient autour des zones touristiques mais, à l’intérieur, les établissements sont souvent loin d’afficher complet. Les professionnels rencontrés, vendeuse de scooters, serveuse de café, employée à l’accueil d’un hôtel, dressent tous le même constat : la fréquentation est en baisse par rapport à l’année précédente.

Cette situation locale s’inscrit dans un contexte national plus large. Après une forte reprise en 2024, avec plus de 35,5 millions de touristes internationaux, le tourisme thaïlandais marque le pas. En 2025, les arrivées étrangères reculent, autour de 33 millions de visiteurs, soit une baisse d’environ 7%, selon le ministère des Finances de Thaïlande. Un ralentissement qui se ressent particulièrement dans certaines zones balnéaires secondaires, comme Koh Chang.
Le poids du baht et la peur du voisin cambodgien
Plusieurs facteurs expliquent cette baisse d’activité. Le baht thaïlandais fort réduit le pouvoir d’achat des touristes occidentaux, rendant les séjours plus coûteux qu’auparavant. Mais à Koh Chang, un autre élément revient régulièrement dans les discussions : la proximité géographique avec le Cambodge, situé à quelques centaines de kilomètres seulement.
Même si les tensions et conflits ne concernent pas directement l’île, cette proximité alimente une forme de prudence chez certains voyageurs étrangers, notamment occidentaux : « On sent une inquiétude chez certains visiteurs étrangers. La proximité avec le Cambodge revient souvent dans les discussions, surtout au moment de la réservation », confie une employée à l’accueil d’un hôtel de l’île. « On a hésité avant de réserver pour Koh Chang, parce qu’on a vu que ce n’était pas loin du Cambodge, surtout pour les trajets en ferry », confie un couple de touristes français rencontré sur place. « On a vérifié les informations sur le site de l’ambassade de France et, a priori, il n’y avait pas de danger. Alors on s’est lancés. »
Un témoignage révélateur d’un sentiment partagé par plusieurs visiteurs : la perception du risque, même éloigné, suffit parfois à freiner les réservations. Une inquiétude souvent amplifiée par les médias internationaux, qui tendent à regrouper l’Asie du Sud-Est sous une même zone d’instabilité, sans toujours distinguer les réalités locales.
Des profils de voyageurs qui évoluent
Si l’île continue d’attirer des visiteurs, les profils et les attentes ont changé. Koh Chang séduit particulièrement les retraités ou les voyageurs en quête de calme, souhaitant prolonger leur séjour sans multiplier les traversées en ferry vers d’autres îles, jugées fatigantes sur la durée. La plupart privilégient alors des excursions à la journée, vers des îles voisines comme Koh Mak ou Koh Kood, accessibles en bateau depuis Koh Chang, permettant de découvrir l’archipel sans les contraintes d’un changement constant d’hébergement.
Les jeunes touristes, eux, décrivent souvent l’île comme un « bon compromis » entre plages paradisiaques et animation, tout en regrettant une vie nocturne moins développée que sur d’autres îles thaïlandaises réputées pour la fête.
Un tourisme tourné vers le confort balnéaire
Du bungalow niché dans la nature à l’hôtel de luxe en bord de plage, l’offre d’hébergement est variée mais clairement orientée vers le confort plutôt que le tourisme routard. Tout est pensé pour le tourisme balnéaire : détente, excursions, activités nautiques et séjours prolongés. Un modèle économique qui reste toutefois très dépendant de la fréquentation étrangère.
Entre visibilité internationale et réalité économique
Malgré son classement comme destination émergente, Koh Chang peine encore à transformer cette visibilité en retombées économiques concrètes pour l’ensemble des acteurs locaux. Entre un contexte géopolitique régional anxiogène, un pouvoir d’achat en baisse pour les touristes occidentaux et une concurrence accrue en Asie du Sud-Est, l’île se trouve à un tournant.

Koh Chang reste un décor de rêve, mais derrière les paysages de carte postale, le tourisme avance aujourd’hui avec prudence, suspendu aux équilibres économiques et géopolitiques de la région.










